Bilan

Vertiges dans les Alpes

Ces dernières années, les ponts au-dessus du vide se sont multipliés. Sélection d’ouvrages spectaculaires qui donnent accès à de nouveaux points de vue.

Le pont de Randa, près de Zermatt, s’étire sur 494 mètres.

Crédits: VALENTIN FLAURAUD

«De nombreuses passerelles ont été inaugurées dans les Alpes ces dix dernières années. Ces ponts sont des attractions touristiques appréciées qui attirent des visiteurs dans les montagnes tout au long de l’année, et non plus seulement pour la saison de ski. C’est une réussite», se félicite Vincent Pellissier, responsable du Service de la mobilité à l’Etat du Valais. Le succès de l’itinéraire du Tour du Mont-Blanc s’avère emblématique de cet engouement pour les balades au-dessus du vide. Plus de 100 000 visiteurs par an empruntent les sentiers balisés reliés par des ponts suspendus de ce site. Fils tendus au-dessus des abîmes, ces ouvrages offrent, en plus de sensations fortes, de nouveaux points de vue sur les sommets montagneux. Ils présentent comme autre avantage d’être ouverts toute l’année, sous réserve des conditions météo.

Dans la région de Glacier 3000 aux Diablerets (VD), le télésiège Ice Express vous emmène directement à la passerelle Peak Walk, qui relie le View Point au sommet du Scex Rouge. Les remontées mécaniques de cette station permettent également d’atteindre le domaine skiable Glacier 3000, ouvert dès octobre. A quelque 3000 mètres d’altitude, le pont s’allonge sur 107 mètres et 5 mètres de dénivelé. Ouvert en 2014, cet ouvrage est le seul au monde qui relie deux sommets. Depuis le pic du Scex Rouge, le visiteur embrasse d’un regard le Cervin, le Mont-Blanc et la Jungfrau, disséminés parmi quelque 24 sommets de plus de 4000 mètres d’altitude. Le pont peut supporter jusqu’à 300 personnes, mais son accès est limité à 150 individus, pour des questions de confort. L’année dernière, le Peak Walk a généré près de la moitié de l’affluence à Glacier 3000, avec 40% des utilisateurs de remontées mécaniques qui n’étaient pas des skieurs mais des piétons.

Niouc (VS) accueille l’un des plus hauts ponts suspendus d’Europe. On peut y pratiquer le saut à l’élastique ou faire de la tyrolienne. (Pascal Miéville)

Dans le val d’Anniviers (VS), à Niouc, le pont de l’Araignée a été surnommé ainsi en raison de sa structure métallique qui rappelle les fils d’une toile. Cet ouvrage se trouve à quelque 200 mètres du sol, ce qui en fait un des plus hauts ponts suspendus d’Europe. Son plancher en bois de 50 centimètres de large se balance doucement au gré du vent et des pas des autres visiteurs. Depuis 1997, on peut y pratiquer le saut à l’élastique afin d’effectuer 190 mètres en chute libre, dans le parc naturel sauvage surplombant le val d’Anniviers. Ces dernières années, les activités se sont multipliées avec du saut pendulaire, soit une discipline où l’on peut voltiger dans l’air attaché à deux cordes statiques. On peut aussi glisser sur une tyrolienne située au-dessus du pont, puis revenir à pied par la passerelle. Avec 320 jours de soleil par an, le val d’Anniviers bénéficie en outre d’un microclimat exceptionnel.

Au nom du mécène

Passerelle la plus longue du monde jusqu’en été dernier, où elle a été détrônée par un ouvrage au Portugal, le pont de Randa, près de Zermatt, s’étire sur 494 mètres. La traversée se fait sur une surface en caillebotis, à 85 mètres de hauteur au point le plus haut. Baptisé Charles Kuonen du nom d’un citoyen qui a contribué à hauteur de 100 000 francs à son édification, le passage a été inauguré en 2017. Les autorités avaient promis à tout mécène offrant cette somme de voir son nom inscrit sur l’ouvrage. La traversée s’inscrit dans l’itinéraire touristique de l’Europaweg, une randonnée de deux jours entre Grächen et Zermatt. Mais le pont peut aussi être visité isolément. Depuis la gare de Randa, il faut emprunter un sentier abrupt de 700 mètres de dénivelé qui vous mène au pont en deux heures de marche environ. Lors des week-ends ensoleillés, jusqu’à 500 personnes tentent cette aventure à une altitude de 2020 mètres. Il est alors difficile de se croiser sur les 65 centimètres de largeur de la passerelle. Il est pourtant tentant de s’y arrêter pour apercevoir le Weisshorn, cinquième plus haut sommet des Alpes suisses, qui culmine à 4505 mètres.

La passerelle Peak Walk, aux Diablerets (VD), offre une vue sur quelque 24 sommets de plus de 4000 mètres d’altitude. (DR)

Et puis,entre Belalp et Riederalp (VS), une passerelle surplombe le glacier d’Aletsch au-dessus des gorges de la Massa. Ce trajet de 124 mètres permet d’observer le recul des glaces dû au réchauffement climatique. Au départ de Belalp en sortant du téléphérique, descendre sur la gauche le long d’un chemin accidenté n’est pas à sous-estimer. Le grondement de l’eau dévalant du glacier se fait de plus en plus distinct à mesure que l’on s’approche. Ce trait d’union entre Belalp et l’Aletsch Arena a été bâti en 2008 pour relier les deux rives des gorges de la Massa, qui étaient jusque-là comblées par la glace.


Une stratégie payante

Plus d’une dizaine de nouvelles passerelles doivent ouvrir ces prochaines années dans les Alpes. Ces projets présentent l’avantage d’être bon marché et à faible impact sur l’environnement. Les procédures sont en outre relativement rapides, ce qui raccourcit considérablement les délais de réalisation. Si entre l’idée et la concrétisation d’un projet touristique standard, il se déroule ordinairement une vingtaine d’années, ouvrir un pont suspendu peut se faire à une échéance de cinq ou six ans. Ces ouvrages constituent un résultat tangible du changement de cap de l’industrie touristique de montagne, obligée par le réchauffement climatique à miser sur le développement durable et la croissance qualitative.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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