Bilan

Vera Michalski, la Femme 2013

Bilan LUXE a élu l'éditrice passionnée "Femme de l'année 2013". Rencontre.
Crédits: Photo: Sébastien Agnetti / Maquillage et coiffure : Arnaud Buchs / Assistant photo : Mathilda Olmi

Grâce à sa dizaine de maisons d’édition réunies en partie sous la holding Libella, Vera Michalski-Hoffmann a su nourrir sa passion littéraire et mettre ses ambitions au service de cet art, avec pour fil rouge la conviction que l’intégration entre peuples passe par le partage des cultures. La Maison de l’écriture à Montricher en sera le prolongement concret dès 2014. Vaste complexe architectural au service de l’écrivain et de la littérature, il offrira un cadre idéal de rencontres et de dialogue.

D’où vous vient cette passion pour la littérature?

Elle commence à l’enfance. Imaginez une époque où il n’y avait pas d’écran, pas de télévision. Nous habitions une maison en Camargue, à 28 km de la ville d’Arles, dans une station d’ornithologie plongée en pleine nature. Le livre était très présent!

Et la littérature des pays de l’Est?

Ma grand-mère maternelle était Russe. J’ai étudié cette langue pendant mes études universitaires et lorsque j’ai rencontré mon mari Jan Michalski, d’origine polonaise, cela m’a fait bifurquer vers la Pologne. Lorsque nous avons créé les Editions Noir sur Blanc en 1986, nous avions pensé alors qu’il était bon d’occuper une niche dans la littérature.

Est donc née cette idée de combler le fossé entre l’Europe de l’Est et de l’Ouest alors séparées par le rideau de fer et de publier en français témoignages, documents historiques, romans classiques ou de jeunes auteurs polonais dans un seul but: faire comprendre aux Européens de l’Ouest à quel point l’histoire, compliquée dans cette partie de l’Europe, avait pu influencer les gens, influer sur leurs comportements.

Notre force unique, puisque la maison d’édition existe aussi en Pologne, a été d’avoir fait ce travail dans les deux sens. En Pologne, nous publions des textes d’auteurs de l’Ouest.

Combien de sociétés d’édition vous appartiennent aujourd’hui?

Nous avons une dizaine de maisons d’édition partagées entre la Suisse, la France et la Pologne. Sous la holding Libella, nous comptons Noir sur Blanc, Buchet/Chastel, Phébus, Robert Delpire, une édition très classique de photographies rachetée l’an dernier, les Cahiers Dessinés, les Editions Favre rachetées en 2012, le Temps Apprivoisé, Photosynthèses, créée il y a quatre ans à Arles et spécialisée en photographie.

Il y a aussi Libretto qui édite du semi-poche. Puis en Pologne, nous possédons une filiale de Noir sur Blanc à Varsovie et l’une des plus grandes maisons d’édition polonaise, Wydawnictwo Literackie, rachetée il y a quelques années. A Paris, nous avons acquis en 1991 la très belle librairie polonaise du boulevard Saint-Germain, qui a fêté le 12 septembre ses 180 ans.

Vous tenez à la rentabilité de ces sociétés et à distancer cette activité de la Fondation Jan Michalski, qui finance la Maison de l’écriture.

Si l’on compte les Editions Favre, nous éditons environ 350 livres par an. Il faut pouvoir trouver un équilibre entre tous, certains livres sont profitables, d’autres non. Mais je dois dire que celle qui joue le rôle de locomotive est Libretto, active également en Pologne, car ce sont des livres de poche avec une belle identité graphique et un catalogue complet.

En 2011, nous avons eu la chance d’éditer un gros best-seller en Pologne, le livre de Danuta Walesa, la femme de l’ancien président Lech Walesa, qui ne s’était encore jamais exprimée. C’était elle qui avait reçu le Prix Nobel de la paix à la place de son mari, alors encore emprisonné. C’est un livre d’entretien.

Nous en avons vendu à peu près 400 000 en plus d’un an. Et le livre revient sur le devant de la scène aujourd’hui grâce au film d’Andrzej Wajda consacré à la vie de Lech Walesa. Le cinéaste s’est largement inspiré du best-seller, qui sera traduit l’an prochain en français. Aujourd’hui, mon ambition n’est pas de grandir, mais de travailler de manière plus efficace.

La Maison de l’écriture était-elle un rêve partagé avec Jan Michalski déjà?

Nous avions évoqué ensemble la possibilité d’un lieu de rencontre, de débats. Aujourd’hui, il intègre une bibliothèque, un auditorium et des logements pour écrivains. Onze ans après sa mort, la Maison de l’écriture a pris de l’ampleur, tout en conservant les mots-clés: littérature, intimité, lumière, liberté et dialogue.

Cette idée d’accrocher des cabanes en hauteur est un défi…

Oui, et ce défi est vraiment mon idée! C’est en hommage à Jan, mon mari, qui aimait beaucoup la forêt et les cabanes dans les arbres. Cette idée est pensée comme un rêve de petit garçon.

Comme nous ne pouvions pas réaliser ce projet au milieu des arbres, nous avons imaginé, avec les architectes Mangeat et Wahlen, ces piliers en béton auxquels seront accrochées ces cabanes… que je vois pour certaines perchées assez haut, au grand dam de mes interlocuteurs (rire).

Dans le meilleur des cas, les premiers écrivains y logeront en 2014. Il faut encore déposer les permis de construire et discuter avec les six architectes choisis, dont trois sont Suisses. Chacun interprétera sa cabane idéale.

Vous aurez la vôtre?

Non… j’ai quand même demandé une petite alvéole séparée dans ce que l’on nomme la cabane des bureaux de la fondation. Mais je ne l’occuperai pas pour écrire. J’ai traduit et publié le journal que ma grand-mère avait tenu pendant la Révolution russe et j’ai écrit ma thèse, que je n’ai d’ailleurs jamais finie… j’ai trop la tête dans les affaires pour penser à cela.

La Maison de l’écriture est-elle pensée en hommage à l’esprit humaniste de votre père, Luc Hoffmann, cofondateur du WWF?

C’est un héritage familial, bien sûr. Du côté de ma mère, la famille était composée de mécènes dans le milieu de la musique, avec une commande faite à Beethoven, et, du côté de mon père, il y a d’abord l’art contemporain et tout ce qui a été fait à Bâle.

Sans oublier la protection de la nature, bien sûr, le grand cheval de bataille de mon père. Il nous a tous convaincus, d’ailleurs! La Maison de l’écriture comptera des panneaux photovoltaïques qui nous permettront de produire plus d’électricité que nous en consommerons.

Votre plus grande fierté ?

C’est difficile, parce qu’il y en a tellement ! De si nombreux ouvrages, tous si magnifiques. Mais c’est peut-être le tout premier livre que l’on a publié en 1987 chez Noir sur Blanc. Il s’agit de Proust contre la déchéance, de Józef Czapski. Parce que, après vingt-six ans, nous venons enfin d’en vendre les droits aux Américains ! Il sortira finalement en anglais.

 

Cristina d’Agostino

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