Bilan

Vacances, j’oublie tout...

Comment profiter au mieux de ces moments de liberté tant attendus? Suggestions.

Il fut un temps, pas si lointain, où les vacances restaient un luxe. Il fallait les prendre à ses frais. Les congés payés, en France, constituent un acquis du Front populaire en 1936. La Méditerranée ou la Manche cessaient d’être inaccessibles. Le Front a permis à chacun de se trouver sur le front de mer. Depuis, les valeurs semblent s’inverser. Le travail devient la période un peu morne séparant deux départs. Je veux bien qu’une large partie de la population ne quitte jamais son logis. Mais tout de même! Je connais des gens dont on se demande de combien de semaines de congé ils disposent exactement chaque année. Leurs moments de liberté semblent aussi élastiques que le budget de certaines nations. Mais que faire de ces instants de répit? Je vous suggère cinq moments pour rompre avec le quotidien.

1. Vous retrouvez la maison de famille

Cela peut sembler désuet. A juste titre, d’ailleurs. Mais ça existe! Des tribus, parfois plus fratricides que fraternelles, se retrouvent en été, ou à Noël, dans une baraque achetée par un de leurs ancêtres communs. Au mieux, il s’agit d’un château, comme dans Les vacances de la comtesse de Ségur. Au pire, d’un chalet. L’ambiance tient du huis clos. Dame! On se situe sous le régime juridique de l’indivision, facteurs de division entre individus. Les hôtes possèdent des parts de propriété plus ou moins grandes, comme pour un gâteau mal coupé. Le lieu n’est pas très confortable, en plus. Il y a ceux qui peuvent payer les travaux de réfection et ceux qui ne peuvent pas. On reviendra quand même l’année prochaine. Cette maison, il faut bien la rentabiliser.

2. Vous voyagez à prix cassés

Le monde a changé depuis qu’il est entré dans le marché gris. Des voyagistes proposent des «voyages de rêve» pour une somme dérisoire, surtout quand les choses vont mal dans le pays. L’Egypte ou la Tunisie se retrouvent ainsi pour rien en ce moment. Vos vacances vous coûteront moins cher que de rester à la maison. Rien ne vous oblige au parcours grégaire. Les compagnies d’aviation ou de train offrent aussi des billets «smart» ou «piccolo». «Non échangeable», «non remboursables», bien sûr. Mais qui s’en soucie? Si tout se passe mal, vous avez au moins l’impression de ne pas devenir le dindon de la farce. «Moi, j’ai payé quatre fois moins cher.» Comme chacun sait, le taux de satisfaction a intimement partie liée avec le prix payé. Une villégiature ruineuse se doit d’être parfaite.

3. Vous «faites» les pays

La Terre est pleine de globe-trotters qui ne s’ignorent hélas pas. Ce sont les malades du visa. Les «accros» du vaccin. A chaque voyage, conçu comme une expédition, il leur faut un pays neuf. C’est à croire qu’ils biffent d’une croix sur la carte du monde les régions qu’ils ont traversées. Ces gens-là sont toujours à l’affût de nations nouvellement ouvertes au tourisme. Il y a eu les pionniers de l’Ethiopie, du Cambodge ou du Bhoutan. Les mêmes n’attendent qu’un signe pour rallier la Libye ou le Darfour. Ces aventuriers sans arche perdue cassent leur tirelire pour leurs vacances, qui coûtent toujours fort cher, en dépit d’un confort spartiate. Rien ne se révèle plus coûteux qu’un pays pauvre. Il faut bien qu’il existe un équilibre quelque part.

4. Vous voyagez culturel

Je ne sais plus qui a dit qu’il ne fallait pas bronzer idiot, même si le bain de soleil intelligent n’a pas encore été inventé. Fuyant les rayons, de beaux esprits transforment leurs congés en bachotage. Entre deux festivals musicaux, aux places ruineuses, ils casent ainsi les expositions indispensables, toujours plus nombreuses. Là aussi les tickets sont pris à l’avance. On sait ce qu’on verra dans six mois à 14 h 15. Côté sonore et visuel, il existe cependant deux possibilités. Ou vous êtes snob, et vous «faites» les manifestations de prestige vantées par des journaux auxquels mieux vaudrait parfois ne pas se fier. Ou vous êtes archisnob et vous privilégiez le très pointu dont seules les revues spécialisées ont connaissance. Des deux manières, déplacements et billets se verront vite rentabilisés. Ce sont les vacances qui permettent le mieux de parader.

5. Vous vous éclatez

Certains pensent, peut-être pas tout à fait à tort, que les vacances sont faites pour s’amuser et se reposer. Alors on ne fait rien, ou si peu. On se traîne du buffet petit-déjeuner au dernier verre de trop sur la terrasse. On reste entre amis, du moins si les choses ne tournent pas trop mal. Il y a les enfants, qui ont parfois le bon goût de dormir. Bref, on a déplacé sa petite famille sous d’autres cieux. C’est comme rester chez soi en changeant le papier peint. Ici, il possède une couleur de ciel bleu et de palmier. Du pays, on n’aura rien vu qu’un peu de sable et le troquet du coin. Et rien ne change vraiment entre le «cinq-étoiles» congelé par l’air climatisé et la pension de famille, où on se contente d’ouvrir les fenêtres. On n’a pas voyagé. On s’est juste déplacés. S’éclater, c’est précisément quand les morceaux de son petit monde restent bien collés ensemble. 

 

Crédits photos

Stéphane Delberg

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