Bilan

Unique

L’artisanat luxueux, un nouvel art de vivre ou une tocade narcissique de nantis? Tour d’horizon du sur-mesure avec quelques maisons pour lesquelles qualité rime avec préciosité et raffiné. Pour être soi sans perdre son âme.

Se faire tailler un costard ou une chemise, personnaliser des boutons de manchettes, graver ses initiales, personnaliser ses chaussures n’est plus l’apanage des élégants et des dandys. Un marché s’est instillé dans les nouveaux désirs des hommes. Un souffle qui bruisse paisiblement mais sûrement. Pas prétentieux, le sur-mesure évolue et touche aussi bien la technique que les odeurs ou des accessoires de mode. Il est un plaisir égoïste, un secret que l’on garde pour soi. Il est hostile à l’ostentatoire. Discret et intemporel. Il n’est plus réservé aux esthètes au fort pouvoir d’achat. Certains n’hésitent plus à économiser pour s’offrir un plaisir qualitatif qui ne se voit pas forcément. Pas de griffes ou de logos qui sautent aux yeux. Le néo-artisanat de luxe est antinomique à l’orgueil. Nilufar Khalessi, du bureau des tendances parisien Nelly Rodi, affirme : « C’est une tendance de fond. Initialement, le sur-mesure est réservé à des consommateurs de niche, élitistes. Par le prix élevé d’une part, mais également par le fait d’être érudit et d’appartenir à un petit cercle d’initiés. Il se généralise de plus en plus. Les marques de sur-mesure, celles qui comprennent le consommateur dans sa dimension d’individu unique, sont l’avenir de la consommation. » Le sur-mesure nage à contre-courant du prêt-à-l’emploi prestement oublié. « La société de consommation de masse, longtemps influencée par un système de surconsommation érigé par les Etats-Unis, est à son déclin. En cela les consommateurs s’éloignent de cette masse et souhaitent se distinguer. Ils sont dans la différenciation. De fait, toutes les marques en marge qui proposent une autre vision de l’unique sont de plus en plus plébiscitées. » Cette démarche, car c’en est une, demande un effort, un amour du précieux, une volonté d’être acteur plutôt qu’un pantin dans les mains du Dieu « consommation ».

Le parfum, une intimité dévoilée. Achat spontané et facile, il est, parfois malgré soi, une signature des mouvements du corps. Les effluves par trop commerciaux fatiguent les consommateurs. Le parfumeur Bertrand Duchaufour raconte : « On a souvent tendance à confondre simplicité et facilité. Un bon parfum peut être un parfum simple, il ne sera pas pour autant facile. » Dénicher «son» odeur n’est plus une utopie vaniteuse. A Paris, Stéphanie de Bruijn a ouvert sa maison, Parfum sur Mesure. On peut visiter son boudoir hors du temps pour découvrir sa collection ou sur rendez-vous pour une expérience inouïe. Elle concocte rien que pour vous le Parfum Couture ou l’Essence Couture. « La trame de votre essence d’âme », lit-on sur son site. Les prix, forfait de 600 euros pour le Parfum et dès 3000 euros pour l’Essence, rechargeables pour une centaine d’euros. C’est un trésor qui a un prix, certes, mais ô combien merveilleux. Une alternative moins onéreuse et néanmoins intéressante existe également à Paris, la boutique Nose. Elégante mais pas pédante. Le client est guidé par des vendeurs passionnés et confirmés à trouver parmi les marques de parfum de niche (Heeley, Frapin, Lorenzo Villoresi, etc.), celui qui lui correspond. Nul besoin d’un aller-retour dans la Ville Lumière. Sur leur site, il est possible de répondre à un questionnaire élaboré par eux. Leur diagnostic est immédiat et vous soumet cinq parfums adaptés à vos goûts. Il y a la possibilité de commander des échantillons (et les parfums). Nose est un entremetteur entre vous et l’art délicat de se parfumer.

Nose, rue Bachaumont 20, Paris, tél. 0033 (0) 1 40 26 46 03, www.nose.fr Parfum sur Mesure, Stéphanie de Bruijn, rue de l’Université 52, Paris, tél. 0033 (0) 1 47 34 58 25, www.parfumsurmesure.com

Porter beau

Le sac pour homme a engendré bien des atrocités (si si, la petite sacoche au poignet, la banane…). Heureusement la mode revient sur une valeur forte, le cartable. Ce n’est plus l’accessoire de papa engoncé dans un costume. Gris et terne, forcément. En jean rapiécé ou en classique banquier, voilà (enfin) un sac qui ne fait plus tache. Valeur sûre, autant en élire un qui vivra et se patinera aussi bien que vous. Les commandes dites « spéciales » des grandes maisons de maroquinerie en proposent depuis fort longtemps. Sur ce marché, une nouvelle marque, La Contrie, a osé le pari de la haute maroquinerie. Créée par Edwina de Charette, une jeune femme charmante et enthousiaste, aux goûts sûrs et exquis. Un peu par accident, un peu grâce à des rencontres, elle a appris le métier de maroquinier après une carrière dans l’univers de la musique et de la télé. Ses premiers sacs aux allures intemporelles étaient réservés aux femmes. Ils ont vite trouvé preneur tant par les dames bon chic bon genre que par les citadines stylées, lassées de la valse des sacs vus et revus à chaque coin de rue. Très vite, les compagnons ont réclamé le leur. Le modèle Marengo en trois tailles est né. Il ne s’agit pas exactement de sur-mesure mais d’une personnalisation accompagnée. Cinq variétés de peau (veau, taureau, autruche, crocodile, chèvre) dans une multitude de coloris, anses, doublure, poches intérieures, poignées anses sont choisies par le client puis minutieusement mises en forme et chouchoutées par les artisans de

La Contrie. Sur deux étages (la boutique côté rue et l’atelier au sous-sol), les lieux sont léchés par des détails d’architecture ou d’ébénisterie dans un mélange de contemporain et de classicisme. L’endroit témoigne de la sensibilité d’Edwina de Charette pour les jolies choses pérennes. Une magnifique adresse où les rapports humains et l’amour du travail bien fait injectent de la noblesse dans un sac qui vous accompagnera longtemps, longtemps.

La Contrie, rue de la Sourdière 11, Paris, tél. 0033 (0) 1 49 27 06 44, www.lacontrie.com Le prix du porte-serviette Marengo, idéal pour les documents et l’ordinateur 15 pouces, débute à 2490 euros.

Voir beau

S’il en est qui ont été malmenées par les délires pas toujours distingués des opticiens, ce sont bien elles, les lunettes. Tant qu’à les porter, autant qu’elles se remarquent sans pour autant jurer avec votre nature. Le must absolu est Maison Bonnet. Depuis quatre générations, ces artisans de la haute lunetterie chaussent le regard des anonymes comme des personnalités célèbres (Jacques Chirac, Yves Saint Laurent, Le Corbusier, entre autres). On ne pousse pas la porte de leur boutique du Palais Royal par hasard. Rendez-vous pris, un coup de sonnette pour rencontrer les frères Bonnet, Frank et Steven vous accueillent. L’ambiance est gaie et détendue, la fratrie a l’humour fin. C’est dans l’appartement, au-dessus de leur boutique du Palais Royal, que se déroule l’entretien. L’anatomie du visage est étudiée, les trois angles du nez, la saillance des joues, l’écart temporal et le massif crânien ou encore l’écart pupillaire, pas moins de dix gestes maîtrisés grâce à leur maestria unique au monde. Les trois matériaux utilisés sont l’acétate, la corne de buffle et l’écaille de tortue (ils puisent en toute légalité dans leur stock conservé depuis l’époque où la chasse à la tortue n’était pas interdite). Vient le dessin, puis le façonnage qui requiert une vingtaine d’heures de travail. Les précieuses sont finalement ajustées et signées par M. Christian Bonnet, qui a hérité des connaissances du fondateur, Alfred Bonnet, son grand-père. Ils ont coutume de dire que leur monture laisse voir les yeux. Le regard donc… Leur prix ? Dès 800 jusqu’à plus de 20 000 euros. « Nos clients ont dépassé la logomania », soutiennent-ils. Du style plutôt que de la mode chez Maison Bonnet.

Un entre-deux helvétique réjouissant, la marque The Sire. Elles sont conçues par Aekae et Swisshorn. De par leur design innovant, en corne de buffle, elles promettent de faire de vous un gentleman (prix: 1830 et 2300 francs).

Maison Bonnet, passage des Deux-Pavillons, rue des Petits-Champs 5, Paris, tél. 0033 (0) 1 01 42 96 46 35, www.maisonbonnet.com The Sire, distribué chez différents opticiens, www.the-sire.com

Ski est beau

Ils sont jeunes, ils sont intelligents (deux ingénieurs, Jérôme Parent et Rémy Tourvieille, et un architecte, Sacha Martin), ils ont remporté cet automne le 1er prix romand des start-up ainsi que le coaching de Genilem durant les trois prochaines années.

DahuShaper fabrique des skis sur-mesure. Le sidecut (la cambrure), le choix des fibres et, plus superficiellement, tel un ramage individuel, le graphisme du dessus du ski, chaque paire est unique. Au pays de la blanche, la chanson semble déjà entonnée. L’innovation retenue par les membres du jury qui leur ont décerné les prix mentionnés plus haut est l’ambition de DahuShaper de développer des corners inédits ; 20 m2 (une surface inhabituellement minime) où les revendeurs proposeraient à leurs clients des skis sur-mesure et personnalisables à l’envi. Leur projet s’étendrait en Suisse ? Non, dans le monde entier. Ils espèrent que leurs kits de préparation seront efficaces pour la saison hivernale 2013/2014. En attendant, il est possible de commander ses skis et de participer à la fabrication de sa propre paire de lattes dans leur atelier de Gland. Dans ce domaine également, le sur-mesure tend à s’universaliser. Si à leurs débuts en 2007 la base principale de leur clientèle était composée de passionnés de freeride, aujourd’hui, les desiderata et leurs clients ont clairement changé. Les envies d’un ski d’aspect unique et personnel sont des demandes en constante évolution. Des entreprises ou des privés qui expriment leur individualité jusqu’au bout des lattes. 

DahuShaper, chemin En Plannaz 11, Gland, www.dahushaper.ch

Crédits photos: Dr

Sarah Jollien-Fardel

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