Bilan

Une fois, deux fois, trois fois : record !

Pour de la mode vintage – à ne pas confondre avec des fripes –, les amateurs paient des prix de fou. Y compris dans les ventes aux enchères. Mark van Huisseling

Plus de 40 ans d’amitié unissait Catherine Deneuve et Yves Saint Laurent

Crédits: Jean-Luce Huré

Il n’arrive pas tous les jours qu’une pièce de vêtement de plus de vingt ans, une veste de satin noir de seconde main pour être précis, soit vendue près de 34 000 euros après que des enchérisseurs de dix pays en ont fait exploser le prix estimé (de 800 à 1200 euros). Mais il n’arrive pas tous les jours non plus que la garde-robe d’une star, conçue par un des plus grands créateurs de mode, soit proposée aux enchères. Or, dans un tel cas, on paie trente à quarante fois ce que la propriétaire en demandait. Bienvenue à la vente aux enchères par Christie’s des vêtements de Catherine Deneuve créés par Yves Saint Laurent, pendant la Fashion Week de janvier!

En tout, l’actrice a proposé à la vente près de 300 robes, vestes, manteaux et accessoires que le couturier avait dessinés et fait fabriquer au fil de plusieurs décennies. Bien des pièces sur mesure, exclusivement pour Catherine Deneuve. Comme ce smoking de laine vierge noire de 1982 qu’elle portait lors du 20e anniversaire de la marque du couturier (20 000 euros, un record pour un smoking). Ou cet ensemble habillé de la très cotée et recherchée collection russe de 1977 (52 500 euros).

Les 129 lots proposés dans cette vente en direct ont tous été vendus, valant à la cédante un revenu de 900 625 euros (env. 1,025 million de francs). L’actrice revendique la recette. « Elle a certainement reçu en cadeau les vêtements qu’Yves Saint Laurent a créés pour elle », estime Alexandra Kindermann, porte-parole de Christie’s. Cela dit, Mme Deneuve aurait également mis en vente des vêtements YSL de sa propre garde-robe : « Elle était aussi une cliente normale, qui achetait lors des défilés YSL et achetait sous le label Rive gauche. »

La vente aux enchères directe aura été un succès, c’est le moins que l’on puisse dire : près de 500 amateurs des cinq continents se sont inscrits pour enchérir et l’exposition des objets mis en vente a attiré 4500 visiteurs. Reste qu’il était également possible d’enchérir en ligne. La porte-parole signale que Christie’s a enregistré une centaine de participants néophytes et le nombre d’enchères en ligne fait partie des records de ces cinq dernières années. Par ailleurs, au terme des cinq heures qu’a duré la vente, il a été possible de faire des offres six jours durant pour 140 autres objets, exclusivement en ligne. Résultat: là aussi 100% des lots sont partis, rapportant 299 418 euros supplémentaires.

Robe longue drapée en velours métalisé portée par Catherine Deneuve à la cérémonie des Oscars en 2000 vendue 21 250 euros. (Crédits: Dr)

Mais ce n’est pas que dans la capitale mondiale de la mode que le business des vêtements vintage marche à fond et les enchères ne se font pas forcément sous l’égide du « leader mondial de la vente d’objets d’art » – ainsi que Christie’s aime à se qualifier. En Suisse aussi, il y a toujours plus d’amateurs prêts à enchérir lorsque de la mode ou du design sont mis à l’encan sur la Toile. L’an dernier, la maison Koller Auktionen, la plus importante du pays, a organisé pour la première fois, à l’enseigne de « Koller ibid online only », la vente aux enchères de 10 000 pièces choisies et rares: accessoires, mode et design vintage, argenterie. Et seules les offres en ligne étaient possibles.

Grâce aux enchères en ligne – précédemment des lots comparables étaient proposés sous la marque Koller West –, la maison a pu légèrement accroître son chiffre d’affaires 2018, révèle Cyril Koller, son patron et copropriétaire. Non moins important : « La proportion d’objets vendus a été plus élevée et nous avons pu acquérir de nouveaux clients. » Les sociétés de vente aux enchères qui proposent des ventes en ligne en tirent un avantage: les coûts sont moindres que pour les enchères classiques car il n’y faut pas de salle des ventes ni de commissaire-priseur et parce que la marchandise ne doit pas être présente dans la salle. «Sans parler du fait qu’il existe des acheteurs potentiels intimidés à l’idée de participer à une vente aux enchères», pense Cyril Koller.

Mais cela ne signifie pas que les classiques enchères directes sont vouées à dépérir. « Un ancien maître qui vaut des centaines de milliers de francs ou d’euros, on veut le voir, le sentir avant de faire une offre », souligne Cyril Koller. C’est pourquoi le commissaire-priseur fougueux – et Koller en est un – n’est pas une espèce menacée. Il continuera de régner derrière son pupitre, un petit marteau à la main, pour aiguillonner les enchérisseurs. Et faire grimper les prix.

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