Bilan

Athènes: une créativité vivifiante au pays de Diogène

Conservant sa joie de vivre en toutes circonstances, Athènes héberge d’intéressantes nouvelles galeries d’art contemporain et de design.

  • Un nouveau concept d’éclairage illumine l’Acropole depuis octobre dernier.

    Crédits: GiorgoSfakianakis
  • Adresse utile pour suivre l’évolution des restrictions liées au Covid: www.thisisathens.org

    Crédits: Stathis Mamalakis
  • Située dans le quartier de Kolonaki, Gagosian Athènes présente de grands noms comme Cy Twombly, ainsi que de jeunes talents.

    Crédits: Giorgos Sfakianakis/ Panos Kokkinias/Courtesy Gagosian
  • Crédits: Giorgos Sfakianakis/ Panos Kokkinias/Courtesy Gagosian
Fondée en 2010 à Beyrouth, la galerie de design Carwan a déménagé en 2020 à Athènes, dans le quartier du Pirée. (Crédits: Yorgos Karahalis/Bloomberg/Getty Images)

Contemporain d’Alexandre le Grand, le philosophe Diogène de Sinope vivait à Athènes, à l’abri d’un tonneau, dans le dénuement le plus total. Un jour, le roi de Macédoine vient aimablement le voir. Le conquérant demanda à l’indigent s’il pouvait faire quelque chose pour lui. Diogène lui répondit: «Oui, ôte-toi de mon soleil.» Car debout devant le tonneau, Alexandre lui faisait de l’ombre. Force est de constater que ces temps de crise font ressortir chez les Athéniens leurs traits les plus diogéniques. Le Covid terrasse l’économie? Les propriétaires de boutiques prennent quand même place le matin sur une chaise, devant le rideau baissé de leur vitrine. Les gérants de magasins hèlent les patrons de bar contraints au take-away et échangent des nouvelles. Les musées et monuments restent fermés? Qu’importe. Au coucher du soleil, les habitants montent sur la butte qui tutoie l’Acropole et prennent des selfies en écoutant de la musique. Le visiteur croise des Athéniens qui, le soir, sortent avec des sacs de croquettes pour nourrir les chats sauvages qui vivent sur le site. «Je viens pour le gros chat noir», «le mien est un petit tigré», échangent un retraité et une femme dans la trentaine. Au pied de la colline de l’Acropole, les marginaux de la place Monastiraki se groupent autour d’un joueur de bouzouki pour chanter des morceaux populaires. Les voisins qui se rencontrent sur la place s’arrêtent à l’ombre d’un platane, avec des yeux qui se plissent quand ils sourient derrière leur masque.

Inauguré en 2019 et située dans la rue Polydefkous, The Intermission accueille les visiteurs dans un décor post-industriel. (Crédits: Stathis Mamalakis)

Authenticité et lumière

Ce printemps, Athènes (reliée à Genève par les compagnies Swiss International et Aegean) a tout d’une escapade vivifiante. Cette capitale des confins de l’Europe regorge de nouveautés intéressantes, comme la galerie de design Carwan. Fondée en 2010 à Beyrouth par Nicolas Bellavance-Lecompte et Quentin Moyse, Carwan a déménagé en 2020 à Athènes, dans le quartier du port du Pirée. Responsable de la communication, Chris Kossaifi explique cette relocalisation: «La Grèce est une plateforme intéressante pour nous, car la plupart de nos clients du Moyen-Orient et d’Europe transitent par Athènes chaque été pour se rendre dans les îles. La capitale est aussi une excellente destination de week-end qui jouit maintenant d’une très bonne offre culturelle. C’est comme si la ville refleurissait après avoir dormi pendant les dix ans de la crise de l’euro (2010-2020).» Scientifique au centre de recherche Démocrite et citoyenne d’Athènes, Dina Mergia renchérit: «Confrontés à la fois au Covid et à l’alourdissement de la dette, les habitants font preuve d’une endurance extraordinaire. Débarrassée du tourisme de masse, la cité est devenue un paradis pour les promeneurs. Les visiteurs peuvent apprécier en toute quiétude l’atmosphère authentique, la lumière et l’énergie de ce haut lieu historique.»

Chris Kossaifi reprend: «La scène locale de design se révèle passionnante. Elle repose sur une identité hellénique littéralement déchirée entre les cultures méditerranéenne et orientale, dans un contexte aujourd’hui très imprégné par l’influence anglo-saxonne. Et, bien sûr, il y a tout l’héritage classique de l’Antiquité.» Tous deux architectes de formation, Quentin Moyse et Chris Kossaifi, ont effectué eux-mêmes la transformation en galerie d’un ancien entrepôt de la fin du XIXe siècle. «L’espace a les proportions d’une église, avec un plafond à 10 m de hauteur, sur une longue surface rectangulaire d’environ 115 m2. Juchée sur de vieux murs en brique, la charpente en bois est d’origine.» La rue Polydefkous où est ancrée Carwan constitue une destination en soi, car elle héberge deux autres galeries installées dans le même décor post-industriel. Rodéo a ouvert en 2007 et The Intermission a été inaugurée en 2019. A côté, le Paleo Wine Bar réunit une belle sélection de vins autour d’une cuisine familiale. A un jeu de pierre, la chaleureuse taverne Stou Thoma propose de la musique live pour la soirée.

Implantée à Athènes depuis 2009, la filiale hellénique de la célèbre galerie Gagosian a elle aussi déménagé en 2020 pour se déployer dans un espace plus grand et plus lumineux, dans le quartier chic de Kolonaki. Directrice de Gagosian Athènes, Christina Papadopoulou indique: «La programmation s’équilibre entre de grands noms comme Pablo Picasso ou Cy Twombly et de nouveaux talents issus des jeunes générations. Le patrimoine culturel grec est une source d’inspiration constante. Intitulée «Marbles & Drawings», notre exposition inaugurale montrait les travaux de Brice Marden. Installé sur l’île d’Hydra, il travaille avec du marbre et des pierres locales trouvées aux abords de son atelier.» Ce printemps, la galerie présente «That my nails can reach unto thine eyes» (Que mes ongles puissent atteindre tes yeux), une exposition de Sterling Ruby dont le titre est tiré du texte de William Shakespeare Songe d’une nuit d’été. «La pièce se déroule en Grèce», souligne Christina Papadopoulou.

Et avec ses 2500 ans d’âge, l’Acropole aussi se montre sous de nouveaux atours. Un concept d’éclairage inédit illumine les temples depuis octobre dernier. Il est signé Eleftheria Deko, qui a créé les jeux de lumière des cérémonies des Jeux olympiques d’Athènes de 2004. Le projet fait partie d’une série de mesures visant à moderniser le site, dont l’installation d’un nouvel ascenseur améliorant l’accès aux ruines. Financée par la Fondation Onassis, la conception de l’ensemble repose sur l’efficacité lumineuse renforcée des dernières lampes LED.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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