Bilan

Un parfum, une signature

Exhaler un parfum aux effluves sans âme ruine le costume le mieux coupé. Des maisons au passé chargé d’histoire, des parfumeurs confidentiels aux idées alternatives transforment ce geste banal en un bonheur épicurien, à la durée intemporelle.
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  • Acqua di Parma, Italie: Depuis 1916, la recette de la Colonia mitonnée à Parme dans une petite usine fondée en 1908 se perpétue. Des années 1930 aux années 1950, la pureté des accords naturels de la Colonia séduisait les hommes distingués bien au-delà des frontières italiennes. Malheureusement, la parfumerie des années 1960 à 1990 aura raison de cette eau fraîche et subtile. La solidarité italienne sauvera la belle maison parmesane! En 1993, Luca Cordero di Montezemolo, président de Ferrari, Diego della Valle, propriétaire de Tod’s, et Paolo Borgomanero, président du groupe La Perla ramènent à la vie cette légende italienne du parfum. Cinq ans plus tard, une boutique chic ouvre à Milan où, aujourd’hui, un espace est réservé au rasage selon les rituels des barbiers italiens. En 2001, le rachat d’Acqua di Parma propulse à nouveau sur l’avant-scène internationale cette grande maison traditionnelle. Le parfumeur François Demachy, directeur olfactif du groupe, veille au respect du savoir-faire, de la création à la mise en bouteilles où chaque étiquette est encore collée manuellement. Ce n’est pas parce que Acqua di Parma se déniche facilement qu’elle n’en est pas moins qualitative. Les clefs du passé sont entre de bonnes mains. Crédits: Dr
  • Santa Maria Novella, Italie: L’incroyable et somptueuse boutique est une gardienne du temps. Un écrin des matières, de l’histoire et des senteurs. Dans ce lieu embaumé, chaque détail est un souvenir des siècles passés. Si vos pas vous mènent à Florence, plongez-vous au cœur de l’histoire, au 16 de la via della Scala. Humer ces odeurs est un plaisir fin et voluptueux (dans le film Hannibal, le monstre et néanmoins esthète joué par Anthony Hopkins se baladait entre les rayons de cet antre aux odeurs délicates). Les parfums sont préparés avec soin à trois kilomètres de là avec des produits de grande qualité, fidèles recettes de leurs origines. L’Eau de la Reine est l’essence formulée pour Catherine de Médicis qui a essaimé de fioles florentines la cour de France. Les amateurs d’Eau de Cologne chic se feront mener par le bout du nez par les recettes anciennes, typiques de l’Officina de Santa Maria Novella. Des eaux de charme à l’italienne. Crédits: Dr
  • Penhaligon's, Angleterre: Aujourd’hui encore, les flacons iconiques de Penhaligon’s en verre surmontés d’un bouchon gansé d’un ruban sont l’idée de William Henry Penhaligon, excentrique fondateur de la maison, nommé parfumeur de la cour royale par la reine Victoria. En 1860, l’enseigne est d’abord un cabinet de barbier. Puis, en 1872, inspiré par les effluves des bains turcs, Sir Penhaligon mitonne Hammam Bouquet. Un jus qui séduit encore et toujours. Aujourd’hui, exhaler ces odeurs historiques c’est emporter avec soi le passé et garder en mémoire que Churchill se parfumait déjà de Blenheim Bouquet, une fragrance conçue pour le duc de Marlborough dont il était un descendant. Entrer dans une boutique Penhaligon’s, c’est pénétrer dans un monde parallèle, anachronique, au charme désuet, et où l’imaginaire s’envole au gré des odeurs. Crédits: Dr
  • L'artisan Parfumeur, France: Si les origines de l’Artisan Parfumeur paraissent bien jeunes (1976) par rapport aux maisons précitées, rendons à César ce qui est à César. La marque est à l’origine même des parfums de niche, ces bouquets qui ne se créent pas selon les dernières statistiques et prédictions de vente, mais bien par la sensibilité unique d’un grand nez. Chez l’Artisan Parfumeur, les nez sont des stars discrètes mais néanmoins maîtres respectés. Bertrand Duchaufour, Jean-Claude Ellena ou encore Olivia Giacobetti en sont les figures emblématiques. Le fondateur de l’Artisan Parfumeur, Jean Laporte, lui-même parfumeur chimiste, n’a qu’un seul credo: la création d’un parfum est un art et se doit d’être manipulée avec respect et authenticité. Aujourd’hui, sa réputation n’est plus à faire. Respecté par ses pairs, il a ouvert la voie des senteurs vraies. Art et artisanat, une mixtion délicate qui, à travers la peau, fleure bon l’humanité. Crédits: Dr
  • Floris, Angleterre: Si les origines de l’Artisan Parfumeur paraissent bien jeunes (1976) par rapport aux maisons précitées, rendons à César ce qui est à César. La marque est à l’origine même des parfums de niche, ces bouquets qui ne se créent pas selon les dernières statistiques et prédictions de vente, mais bien par la sensibilité unique d’un grand nez. Chez l’Artisan Parfumeur, les nez sont des stars discrètes mais néanmoins maîtres respectés. Bertrand Duchaufour, Jean-Claude Ellena ou encore Olivia Giacobetti en sont les figures emblématiques. Le fondateur de l’Artisan Parfumeur, Jean Laporte, lui-même parfumeur chimiste, n’a qu’un seul credo: la création d’un parfum est un art et se doit d’être manipulée avec respect et authenticité. Aujourd’hui, sa réputation n’est plus à faire. Respecté par ses pairs, il a ouvert la voie des senteurs vraies. Art et artisanat, une mixtion délicate qui, à travers la peau, fleure bon l’humanité. Crédits: Dr

Chaque année, des centaines de nouvelles senteurs finissent sur les étals des parfumeries. Faciles d’accès, elles s’achètent sans réflexion, procurent un plaisir bref et éphémère. Pourtant, le parfum, effluve intime, charrié par soi, sous le nez d’autrui, mériterait une considération minutieuse.

Comment dénicher celui qui signe une personnalité, éveille une émotion des sens? Dans cette horde de jus, manne financière colossale, les concoctions sont passées à la machine du seigneur Marketing. Etudes de marché, tests sur consommateurs définissent et influencent une fragrance. Dans cet univers, une grappe d’ovnis attire un certain public.

Une poignée de maisons, quelques pour-cent seulement sur la grande masse, charment un public éduqué aux odeurs, élitistes ou amateurs de qualité et d’exclusivités. A ne pas confondre, toutefois, avec les parfums sur mesure, qui sont au parfum ce que la haute couture est à la mode.

Ce nouveau luxe, mélange malin et subtil entre l’artisanat et le savoir-faire, se différencie grâce à des maisons aux histoires qui traversent les âges.

Interrogée au cœur de l’été, Elisabeth de Feydeau, historienne française, spécialisée dans le parfum et auteur de l’ouvrage Les parfums – histoire, anthologie, dictionnaire, explique: «Ces maisons représentent l’épaisseur du temps qui donne de la profondeur aux rêves.

Elles ont résisté aux années, aux modes, et c’est une preuve de leur exceptionnelle qualité et de leur supplément d’âme.» Faire ce choix, ce n’est pas de l’ostentation mais un désir de différence et d’authenticité.

Sarah Jollien-Fardel

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