Bilan

Un gardien en or

Gardien de l’équipe de Suisse de football et de Borussia Mönchengladbach, Yann Sommer a été élu en janvier meilleur gardien de la Bundesliga. Celui qui a été quatre fois champion de Suisse se passionne également pour la cuisine et la musique. Rencontre avant le Championnat d’Europe de football.

  • Yann Sommer durant le match de qualification à l’UEFA Euro 2020 entre la Suisse et l’Irlande au stade de Genève, le 15 octobre 2019.

    Crédits: Cyril Zingaro
  • Le gardien de Borussia Mönchengladbach en plein arrêt le 20 janvier 2020 dans le stade Borussia-Park en Rhénanie du Nord-Wesphalie.

    Crédits: Federico Gambarini
(Crédits: Cyrill Matter)

Yann Sommer a remporté à plusieurs reprises le titre de joueur du mois et aussi de meilleur joueur de la saison 2019 par les supporters du club allemand Borussia Mönchengladbach. Auparavant, il avait été nommé joueur suisse de l’année lors des Swiss Football Awards en 2018. Né en 1988 à Morges, le portier N°1 de l’équipe de Suisse se réjouit de l’Euro pour défendre les couleurs du pays.

Qu’est-ce qui fait un bon gardien de foot ?

Il faut beaucoup travailler, s’entraîner pratiquement tous les jours et améliorer les petites choses qui ne vont pas. Ensuite, il y a le talent bien sûr qui vient avec la technique, la vitesse, le timing et la force de sauter. Et puis, il y a aussi la chance, notamment, celle de jouer avec une bonne équipe.

Est-ce qu’un gardien vous a plus inspiré qu’un autre ?

Celui qui m’a toujours fasciné est le gardien italien Gianluigi Buffon. Mais je m’inspire aussi tous les jours de la jeune génération de gardiens européens.

Vous avez gagné de nombreux prix durant votre carrière. Dont récemment celui du meilleur gardien du premier tour de la Bundesliga. Quel est le prix qui vous a le plus marqué ?

Tous les prix m’ont touché. Mais quand un prix vient du public et des supporters, c’est souvent encore plus gratifiant. Cette année, ce sont les joueurs de la Bundesliga qui ont choisi la meilleure équipe, et j’étais très fier d’en faire partie.

Quel est le match qui vous a le plus marqué ?

Il y en a beaucoup. Mais je dirais que tous les premiers matchs sont impressionnants. Comme le premier match en Championnat d’Europe (en France), le premier match avec l’équipe de Suisse, le premier match en Coupe du monde.

Est-ce que certains matchs vous ont provoqué des cauchemars ?

Oui, plusieurs. Notamment lorsque nous avons perdu contre la Pologne lors du Championnat d’Europe en France et aussi contre la Suède au Championnat du monde. Il m’a fallu deux semaines pour comprendre notre défaite. J’étais très triste et très déçu.

Et votre plus beau souvenir footballistique ?

Lorsque nous avons joué avec le FC Bâle un quart de finale contre Tottenham Hotspur à domicile et que nous avons gagné durant les tirs au but où j’en avais arrêté deux, donc c’est vraiment un souvenir fort pour moi. Notre petit club qui a vaincu un grand club, c’était incroyable, surtout le moment avec les supporters.

Et le pire moment ?

En 2018, lorsque l’équipe de Suisse a été éliminée en huitième de finale par la Suède. Battue 1-0, la Nati a dû quitter le Mondial. C’était vraiment très dur.

Emotionnellement, est-ce que c’est plus fort de jouer avec son club ou avec son équipe nationale ?

C’est difficile de comparer les deux. Jouer dans un club est une activité quotidienne. Tu travailles tous les jours avec ton équipe et tu joues ensuite devant un public de 60 000 personnes. Avec l’équipe nationale, tu joues pour ton pays, c’est émotionnellement très fort et tu te sens très fier.

Quelle est la meilleure équipe d’Europe à vos yeux ? A part nous (rires), le Real Madrid.

Vous vivez en Allemagne depuis six ans où vous jouez pour le club Borussia Mönchengladbach. Qu’est-ce qui vous manque le plus en Suisse ?

Parfois les montagnes, même si je ne peux plus faire de snowboard à cause de mon contrat. Mais en général, la vie en Allemagne ressemble assez à celle que l’on peut avoir en Suisse, donc je m’y sens comme chez moi.

Vous êtes un grand fan de Roger Federer. Est-ce que les grands sportifs suisses se côtoient en dehors des terrains ?

J’ai eu la chance de rencontrer quelques fois Roger Federer, c’est un grand supporter du FC Bâle.

Est-ce que vous vous inspirez d’autres grands sportifs ?

Oui bien sûr, je m’inspire beaucoup d’eux. Federer est l’un des plus grands sportifs du monde. J’observe toujours comment il joue, et comment il arrive à rester tranquille et calme dans sa tête même durant des moments de forte pression. Il est aussi resté humble à côté du terrain malgré le succès planétaire qu’il rencontre.

Vous aussi, vous avez su garder les pieds sur terre ?

Bien sûr, c’est dans mon caractère.

Vous pratiquez d’autres sports ?

Non, à part du yoga et du stretching, car il faut aussi laisser le corps se reposer.

Comment se prémunir du stress avant un match ?

J’ai un coach mental depuis quinze ans. Il m’aide à faire un « check in » avant le match afin d’être très concentré et connaître mes objectifs. Il m’aide aussi à préparer parfaitement les grands tournois.

Comment gérez-vous les buts encaissés ?

Pendant un match, il faut vite l’oublier pour se concentrer de nouveau sur ce qui se passe. Quand on a fait une erreur, ça me travaille durant une ou deux nuits. Par la suite, on analyse avec les vidéos et le coach les buts et on essaie de comprendre ce que nous avons fait de faux et comment nous pourrions nous améliorer.

Quelle est l’équipe que vous craignez d’affronter lors du prochain Euro ?

Je n’y pense même pas. Je me concentre sur mon équipe. Et on se réjouit d’affronter toutes les équipes.

Vous êtes un jeune papa. Comment se déroulent vos nuits ?

Elles sont plus courtes qu’avant (rires). Mais c’est magnifique même si ça change la vie. Notre fille est adorable.

Quels conseils donneriez-vous à d’autres grands sportifs qui connaîtraient les joies de la paternité ?

Il faut savoir faire la distinction entre vie familiale et vie professionnelle. Quand je suis au travail, je suis un footballeur, quand je suis à la maison, je suis Yann. Je m’occupe de ma fille et de ma femme.

Vous êtes aussi un passionné de cuisine. Quelle est la recette secrète que vous pourriez donner à nos lecteurs ?

Je mange moins de viande et plus consciemment depuis quelque temps, donc je m’intéresse aussi aux recettes végétariennes. Si je devais choisir un plat, je dirais des spaghettis aux courgettes avec un pesto fait maison. J’aime bien improviser. Mais je n’ai malheureusement plus le temps de cuisiner tous les jours.

Quel est le repas le plus important pour un grand sportif ?

Tous les repas sont importants. Mais il m’arrive de ne rien manger le matin, même avant les entraînements. Le soir, j’essaie de ne pas trop manger ni trop tard. Quand il y a un match, je mange trois heures avant.

Vous n’êtes pas strict sur votre régime ?

J’aime manger équilibré et sain. Des produits frais que je cuisine moi-même. Beaucoup de légumes, peu de viande et de poisson.

Un petit verre de vin parfois ?

Oui, mais jamais avant un match.

Une bouteille pour célébrer une victoire ?

Un bon bordeaux.

Vous jouez aussi de la guitare et vous chantez ?

Oui, je prends des cours chaque semaine de chant et de guitare.

Quelles musiques écoutez-vous pour vous motiver ?

Ça dépend, mais souvent Bruce Springsteen. J’aime aussi la musique hip-hop et la house.

Pourriez-vous enregistrer un jour un disque ?

La musique reste pour moi un hobby, qui me permet de me vider la tête et de ne pas penser uniquement au foot. Mais je suis ouvert à tout, alors pourquoi pas ?

Vous êtes aussi passionné d’architecture et de design. D’où vous vient cette passion ?

Cela vient de mes parents. Nous avons beaucoup déménagé, mais il y avait aussi cette maison en Provence qu’ils ont décorée avec beaucoup de goût. Leur jardin était magnifique avec de nombreux arbres, fleurs, fruits et légumes. Ils m’ont transmis cette passion.

Votre destination de rêve ?

J’adore les montagnes suisses. La Suisse est très belle. Sinon, j’aime aller durant l’été en Provence.

Vous êtes passionné de mode aussi. Quelqu’un vous conseille ?

Non, je m’habille tout seul, parfois avec les conseils de ma femme. Mais je crois avoir trouvé mon style. Ce que j’aime avec la mode, c’est qu’elle permet d’exprimer sa personnalité. La mienne, c’est souvent « dark » et « rock and roll ».

Vous êtes aussi très actif sur les réseaux sociaux. Qui s’en occupe ?

J’ai quelqu’un qui m’aide avec les photos, mais je gère tout ce qui est posté. Je montre des images pour mes supporters, mais je mets peu de photos de ma vie privée.

Avez-vous déjà pensé à l’après-carrière ?

Je n’ai pas encore réfléchi car j’ai 31 ans et ai encore beaucoup d’années devant moi. Mais si je devais répondre, je ferais peut-être quelque chose dans l’alimentation saine, car ça m’intéresse vraiment.

Qu’est-ce que le luxe pour vous?

Avoir du temps pour sa famille. Mais je réalise aussi que ma situation actuelle est du luxe. J’ai une famille et un travail formidables.

La dernière folie que vous vous êtes offerte ?

Une vieille Mercedes des années 1960.

La chose dont vous êtes le plus fier ?

Ma fille, bien sûr. Et ma carrière.

Si vous aviez dû choisir un autre métier que footballeur ?

Sûrement un métier artistique, dans la musique, par exemple. Mais la question ne s’est jamais posée, car le foot était une évidence pour moi, depuis tout petit déjà.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Depuis 2010, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est depuis 2019 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

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