Bilan

Un capteur suisse transforme la relation cheval-cavalier

La technologie connectée développée par la startup vaudoise Alogo-Analysis promet de révolutionner à la fois la pratique et le spectacle de l’équitation. Elle donne accès à une foule de statistiques sur les chevaux qui la portent.

  • Le capteur se place sur la sangle qui tient la selle et mesure tous les mouvements.

    Crédits: Dr
  • Lors de concours, la version Alogo Live informe les spectateurs via une web app.

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Avant d’être startuppeur, David Deillon est cavalier. Après avoir fait partie de l’équipe suisse junior, jeunes cavaliers et élite, il a été professionnel durant sept ans et a participé à des concours hippiques au plus haut niveau – les 5 étoiles –, dont le CHI de Genève à trois reprises. 

Parallèlement, il a achevé un bachelor en digital marketing en 2016 et se passionne pour les technologies. Aussi, quand il s’est rendu compte que son sport accuse un immense retard du point de vue technologique, il s’est dit qu’il y avait des solutions à trouver et un marché à exploiter.

En 2016, ces solutions sont à la base de la création de sa startup Alogo-Analysis. Elles reposent sur un capteur qui se place sur la sangle qui tient la selle afin de fournir des informations ultraprécises (à 4 centimètres près actuellement) sur le comportement de l’animal. Longueur des foulées, trajectoire complète, angle de décollage, balance horizontale, vitesse… Tout est mesuré.

Dans un univers équestre où presque tout, de la vente des chevaux à leur entraînement en passant par leur santé, repose sur des savoirs empiriques et traditionnels, le défi paraît immense. Mais le marché potentiel ne l’est pas moins. 600 000 cavaliers inscrits à la Fédération française d’équitation, 1,5 million au Royaume-Uni et en Irlande, 700 000 qui pratiquent la compétition (obstacle, cross, dressage)
 en Allemagne et quelque chose comme 300 000 en Suisse si l’on inclut les amateurs de balades ou d’attelage.

De l’écurie aux concours

Pour prendre ce marché, David Deillon a établi une stratégie astucieuse. Elle commence par la conquête des concours hippiques. «Alors que dans le ski, le basket ou le foot, les statistiques sont nombreuses, les spectateurs du saut d’obstacles n’ont pour l’essentiel que deux informations: le temps et le nombre de pénalités», dit-il. 

Avec son capteur, il dispose d’une masse d’informations inédites. Pas question cependant de brûler les étapes. «Le défi, explique-t-il, est d’améliorer la compréhension du sport par le public sans détourner l’attention du spectacle.» Alogo Show, version destinée aux opérateurs de concours et aux médias, va donc d’abord introduire progressivement des informations telles que le pourcentage de fautes par obstacle, les temps intermédiaires. Puis ce sera la vitesse, le tracé, le nombre de foulées entre les obstacles et la superposition d’un mode fantôme pour comparer un parcours avec celui du premier du concours.

Employées au CHI de Genève, ces innovations étaient encore réservées aux journalistes et aux pros l’an dernier. Via une web app, elles passent cette année aux mains du public. «Nous avons mis l’accent sur le second écran, le mobile, avec la possibilité de trouver facilement des statistiques en temps réel.» Baptisée Alogo Live, cette version peut intéresser les quelque 100 jumpings «5 étoiles» organisés chaque année dans le monde. Et progressivement ruisseler vers les innombrables concours nationaux et régionaux.

Mais la passion des chevaux étant ce qu’elle est – le million de francs peut être atteint pour un cheval de concours prêt pour un 5 étoiles – c’est probablement la version Move, destinée aux cavaliers, qui a le plus grand potentiel. Sorte de Garmin ou de Fitbit haut de gamme pour chevaux, Alogo Move est de nature à transformer les relations entre cheval, cavalier, coach, éleveur, vétérinaire… A l’entraînement, elle permet par exemple de trouver les paramètres optimaux, de déterminer les limites ou de comprendre comment un changement de selle, de brides ou de ferrage affect le comportement du cheval. De plus, l’analyse des changements de locomotion peut prédire un problème de santé avant qu’il n’intervienne. Bref, Alogo introduit la rationalité dans un univers dominé par les émotions. 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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