Bilan

Tiffany: le pari d’une joaillerie éthique et durable

Depuis octobre 2020, le célèbre joaillier nord-américain partage la totalité du parcours de transformation de ses diamants certifiés. Une mesure sans précédent dans le secteur de la joaillerie de luxe qui permet à Tiffany de se positionner sur son marché comme un acteur respectant un code éthique et social.

Tiffany et ses filiales conçoivent et commercialisent des bijoux, des montres et des accessoires grâce au travail de plus de 5000 artisans experts qui taillent les diamants.

Crédits: Tiffany

Les cinéphiles se souviendront peut-être du film Blood Diamond, dans lequel Leonardo DiCaprio incarne Danny Archer, un mercenaire sud-africain né en Rhodésie, trafiquant de diamants à ses heures perdues. Pour rappel, le scénario de Charles Leavitt tentait de sensibiliser le monde à la cupidité de certains hommes, prêts à réduire en cendres un pays pour quelques milliers de carats. Sur le site du film, un lien conduisait à celui d’Amnesty International. Les spectateurs étaient invités à se joindre à la campagne contre le commerce des diamants provenant de pays en guerre.

La plupart des diamants Tiffany proviennent du Botswana, du Canada, de Namibie, de Russie et d’Afrique du Sud. (Tiffany)

Depuis la sortie de Blood Diamond en 2006, l’idée d’une joaillerie éthique a fait son chemin auprès des grands noms du luxe. Le développement durable s’est en effet généralisé et la clientèle est toujours plus soucieuse de la provenance des matières premières. En 2015, Bulgari est par exemple devenue la première entreprise sur son marché à obtenir la certification Chain of Custody (chaîne de traçabilité) mise en place par le RJC (Responsible Jewelry Council) pour ses lignes de joaillerie en or. Chez LVMH, toutes les marques du secteur d’activité montres & joaillerie sont également certifiées RJC. En 2017, la maison Chopard dévoilait quant à elle au Festival de Cannes une collection «Green Carpet», avant d’annoncer à Bâle en juillet 2018 que 100% de ses créations seraient désormais réalisées à partir d’or écoresponsable.

S’agissant de Tiffany & Co., le joaillier nord-américain (racheté en début d’année par LVMH) est devenu en octobre 2020 la première maison de joaillerie de luxe mondiale à communiquer sur la provenance de ses diamants nouvellement acquis. Des champs diamantifères à la boutique, en passant par les différents lieux où les pierres sont taillées, polies, calibrées et montées, tout le parcours est détaillé sur un certificat délivré à chaque acheteur. «Nos clients méritent de savoir qu’un diamant Tiffany a été acquis en respectant les standards les plus stricts, non seulement en termes de qualité, mais aussi de responsabilité sociale et environnementale, commente Anisa Kamadoli Costa, responsable de la durabilité chez Tiffany & Co. Nous croyons que la traçabilité complète des diamants est la meilleure manière de garantir les deux.»

Les cinq étapes  de la traçabilité

A cet égard, la marque new-yorkaise a mis en place un protocole de suivi qui comporte cinq étapes. En premier lieu, le sourcing (approvisionnement) est opéré auprès de mines partenaires certifiées, basées notamment en Australie, au Canada, au Botswana, en Namibie, en Afrique du Sud ou encore en Russie. La maison s’interdit de se fournir auprès de pays à situation préoccupante, tels que le Zimbabwe ou l’Angola. Place ensuite à la préparation, une étape opérée à Anvers (Belgique). Chaque pierre y est triée suivant sa taille, sa couleur, sa pureté et sa fluorescence.

(Tiffany)

Une fois le tri effectué, les diamants sont dispatchés aux quatre coins du monde. Tiffany taille et polit ses pierres dans des ateliers à l’île Maurice, au Botswana, au Vietnam, au Cambodge et en Belgique. Ceux-ci offrent un environnement de travail sécurisé et sain, mettant en œuvre des standards qui sont, dans de nombreux endroits, plus rigoureux que les législations locales. La quatrième étape – la classification et le contrôle qualité – est effectuée aux Tiffany Gemological Laboratories aux Etats-Unis, au Cambodge et au Vietnam. Arrive enfin la dernière étape: le sertissage. Tiffany monte la majorité de ses diamants dans ses ateliers aux Etats-Unis.

En introduisant ce nouveau niveau de transparence dans sa chaîne d’approvisionnement, la célèbre enseigne confirme sa position de leader du secteur de la joaillerie de luxe. Pour mémoire, tout au long de ses 183 années d’existence, Tiffany a acquis de nombreuses pierres aussi rares que remarquables. Parmi celles-ci, citons le légendaire Tiffany Diamond, un des plus gros et plus purs diamants jaunes du monde, mais aussi le Hooker Emerald, à présent exposé à la Smithsonian Institution, une institution de recherche scientifique, ainsi que les diamants Mazarin, achetés par Tiffany lors de la vente aux enchères des bijoux de la Couronne française.

En 2022, pour célébrer la réouverture de sa boutique emblématique sur les 57e Rue et Cinquième Avenue, Tiffany dévoilera sa pièce la plus chère à ce jour: un collier de diamants inspiré d’un collier Art déco présenté à l’Exposition universelle du Queens (New York) il y a près d’un siècle, en 1939. Cette parure ornée d’une aigue-marine avait été baptisée Dawn of a New Day (l’aube d’un nouveau jour). Il ne manquait que la pierre centrale pour redonner vie à ce collier historique. C’est chose faite puisque Tiffany vient de mettre la main sur un spécimen rare: un diamant à l’ovale parfait, couleur D, de plus de 80 carats. Extrait de manière responsable au Botswana, il sera monté par les artisans du joaillier à New York.

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Amanda Castillo

Journaliste

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Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Auparavant, Amanda Castillo a travaillé six ans en tant que greffière-juriste au Tribunal des prud’hommes. Les nombreuses audiences auxquelles elle a assisté lui ont permis de se familiariser en détail avec les problématiques du monde du travail et de l’éthique professionnelle. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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