Bilan

Tiens-toi droit !

«Dis-moi comment tu manges, je te dirai qui tu es… » Lorsqu’il s’agit des usages du monde, Bernard du Muralt, docteur ès bonnes manières, aime à paraphraser le philosophe gastronome Brillat-Savarin. Car, oui, les portes du grand monde demeureront définitivement fermées à celles et ceux qui n’en maîtrisent pas les codes. Et pour éviter que Madame la Comtesse ne vous hurle un « Tiens-toi droit ! » en plein réveillon, voici un petit vade-mecum élaboré sous les conseils précieux de notre spécialiste, longtemps au service du protocole de la Confédération, aujourd’hui consultant et écrivain*.

Passer à Table C’est la première étape, un faux-pas d’entrée de jeu serait donc de mauvais augure. Soyez à l’heure, élégant, parfumé, les ongles impeccables. Attendez que tout le monde soit autour de la table avant de vous asseoir. Les hommes tiendront le dossier de la chaise de leur voisine de droite et, pour marquer leur respect, feront mine de se lever lorsque l’une des convives se met debout. Le dos droit, on s’assied en laissant un léger espace entre le dos et le dossier de la chaise. Cigarettes et portables sont bannis!

Mains et mouvements Cohabiter – même autour d’une table – est un art. Le code de courtoisie oblige donc chaque convive à respecter l’espace de l’autre. Les mains sont posées sur la table, des deux côtés de son assiette ou croisées devant soi. Portez les couverts vers votre bouche pour éviter de pencher le visage sur votre assiette. Les sacrilèges: avoir le petit-doigt en l’air, incliner son assiette pour terminer une soupe, enrouler ses chevilles autour des pieds de sa chaise.

Comment se servir de ses couverts On commence par prendre les couverts les plus éloignés de l’assiette, puis les suivants, en se rapprochant, au fur et à mesure, du centre. La fourchette, utilisée seule, se tient avec la main droite. Elle sert à « partager » les légumes, les pâtes feuilletées, les oeufs, les gâteaux. Lorsqu’utilisée avec le couteau, on la tient avec la main gauche, les dents vers le bas. Le couteau se tient exclusivement avec la main droite. On ne coupe qu’un petit morceau (de viande par exemple) à la fois. Ne jamais le porter à sa bouche, ni en essuyer la lame sur le bord de l’assiette ou un bout de pain. On termine le repas en alignant ses couverts parallèlement dans l’assiette (à 3h15).

La salade post-moderne Généralement, lorsqu’une personne coupe une feuille de salade avec son couteau, un silence de plomb s’abat sur le dîner mondain. Diantre, le malotru, s’indigne l’assemblée. Eh bien, au XXIe siècle, l’assemblée aurait tort, selon notre expert qui n’a pas peur de vivre avec son temps. A l’époque, les couteaux en argent s’oxydaient au contact de la vinaigrette dont étaient imbibées les minuscules feuilles vertes. Aujourd’hui, couverts inoxydables et giga salade croquante obligent, il n’est plus impoli d’utiliser son couteau !

Du bon usage de la serviette En matière de pliage de serviette, allons à l’essentiel : la simplicité, c’est l’élégance. L’hôtesse ne la disposera pas dans un verre, mais au centre ou sur le côté de gauche de l’assiette (sauf en Italie où elle est à droite). La première chose à faire en prenant place à table est de déplier lentement sa serviette et de la poser sur ses genoux. On s’essuie la bouche avant de boire et après avoir bu. Si elle tombe, se pencher discrètement pour la reprendre. On ne la laisse jamais sur le siège, le dossier ou les accoudoirs de sa chaise ! A la fin du repas, on la repose sur la table, à la gauche de l’assiette, en veillant à ce qu’elle n’ait pas l’air d’un torchon...

Début de repas On attendra, bien sûr, que tout le monde soit servi et que l’hôtesse commence à manger, avant d’amorcer son repas. S’abstenir de lancer  à l’assemblée un « bon appétit », trop familier. Lorsque l’on vous présente un plat, utilisez toujours les deux couverts de service pour se servir. Et le faire avec parcimonie: prendre une portion trop copieuse n’est pas poli. Pour porter un toast, il n’est pas nécessaire de cogner les verres. Levez-le en souriant, c’est plus élégant.

Fin de repas Il s’agit de ne pas quitter la table avant que l’hôtesse n’en donne le signal. Soit, en se levant elle-même, soit en invitant les convives à prendre le café dans le salon. A ce moment-là, les hommes se lèvent et tiennent le dossier de la chaise de leur voisine de droite pour l’aider. On veillera à remettre sa chaise à sa place, en la soulevant légèrement. Evidemment, personne ne lancera à la cantonade un « quel délicieux dîner, nous vous remercions ». Les compliments de la sorte se disent en tête à tête à la maîtresse des lieux au moment de dire au revoir.

Paroles, paroles, paroles La conversation n’est pas le bavardage ! Ecoute, réflexion et tact seront vos maîtres mots dans les dîners en ville. L’hôte lance, puis guide, et enfin, harmonise si nécessaire la conversation autour de la table. Bannissez les monologues, qui ennuient tout le monde sauf vous-même. Donnez votre opinion, sans vous montrer péremptoire. Parlez à vos deux voisins de table, même si l’un d’eux vous plaît davantage ! On ne parle pas d’argent, de maladie, d’autres soirées.

Buffet En cas de buffet, la table est généralement structurée comme un repas : entrées, plats, desserts. On va une première fois au buffet pour prendre l’entrée, puis une deuxième fois pour le plat, etc. Il serait malvenu de tout mélanger. L’avantage: il est permis de se resservir deux fois. C’est donc extrêmement impoli de remplir son assiette à ras-bords. Ce que l’on s’est soi-même servi, il faut le finir impérativement! On peut bien sûr manger debout, mais lorsqu’il y a à couper, on doit poser son assiette sur une table. Dans la mesure du possible, changez d’assiette au moment de se resservir.

Infamies Les choses à éviter absolument si vous espérez être invités à nouveau… Pour un homme : retirer sa veste avant de passer à table, draguer lourdement sa voisine de table, bouger ses couverts en l’air dans tous les sens en parlant fort. Pour une femme: se remaquiller à table, s’asperger de parfum capiteux, observer avec insistance les autres invitées. Pour tous: utiliser un cure-dent, envoyer des sms en se cachant sous la nappe, mettre les coudes sur la table, se comporter comme si l’on était chez soi…

* Bernard de Muralt, «Usages du Monde. Le Savoir-vivre dans un monde sans frontières», Editions Licorne, 248 pp. www.courtoisie- savoir-vivre.ch

Illustrations: Rue des Archives

Olympia Wolff

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