Bilan

Sylvie Fleury: une œuvre féministe, pop et glamour

Inspirées du pop art et des ready made, les œuvres conceptualistes de Sylvie Fleury réinjectent les codes de la mode dans le vocabulaire de l’art contemporain. Rencontre avec l’artiste genevoise, très présente en Suisse cette année.

  • De haut en bas et de gauche à droite:
    Star Dust, 2018
    Road Movie, 2018
    Pink Explosion, 2018
    Mystère et Intensité, 2018

    Crédits: Charles Duprat
  • Mushrooms, 2006 Installation, My life on the Road, Villa Stuck Münich, 2016

    Crédits: Jann Averwerser
  • Edition limitée, coffret LOVE, 2009, bouteille de Dom Perignon rosé 1998 et deux flûtes serigraphiées signées Sylvie Fleury.

    Crédits: Dr

L’année 2020 sera peut-être sombre pour une grande majorité des acteurs de la mode et de l’art, mais pas pour Sylvie Fleury. Même si la plasticienne genevoise est restée confinée plusieurs mois entre sa maison la Villa Magica et son atelier de Vernier, ses œuvres ont été exposées dans plusieurs musées et galeries en Suisse et à l’étranger. Entre autres au Musée des beaux-arts du Locle, dans deux galeries à Zurich (Karma International et Lange + Pult), au Kunsthaus de Zurich dans l’accrochage consacré aux œuvres pop de leur collection, ainsi qu’au Muzeum Susch en Engadine où Sylvie Fleury présente l’installation « Marcel et Robert » (2009) jusqu’au 6 décembre dans le cadre de l’exposition rétrospective de la pop surréaliste belge Evelyne Axell (1935-1972). Elle est également présente à la Kunsthalle de Berne jusqu’au 6 décembre dans l’exposition « No Dandy, No Fun », organisée par Valérie Knoll et Hans-Christian Dany. Notre artiste helvétique est aussi active à l’étranger: Alors qu’en début d’année une exposition lui a été consacrée à Paris à la galerie Thaddaeus Ropac, elle a également un bronze – le moulage d’un sac Celine avec un tableau à l’intérieur – dans l’exposition « Luxe » au Musée des arts décoratifs. En septembre, c’est à la galerie Mehdi Chouakri de Berlin qu’elle inaugurait une exposition intitulée « Shame ».

Le déclic à New York

Née à Genève en 1961, Sylvie Fleury n’imaginait pas, enfant, suivre la carrière qu’elle a empruntée. Alors qu’elle a des difficultés au niveau scolaire, le hasard fait qu’elle se retrouve au début des années 80 à New York pour suivre des cours de photographie. Les graffitis de Keith Haring recouvrent les murs des stations de métro. Dans la rue, les New-Yorkais croisent Andy Warhol alors que le Mudd Club, dans le quartier de TriBeCa, est devenu l’antidote du Studio 54, où l’on y croise Jean-Michel Basquiat, Debbie Harry ou Lydia Lunch tout en écoutant des concerts de New Wave. Conquise et fascinée par l’ébullition, le dynamisme et la contemporanéité de la ville, elle trouve sa passion. Elle vend pour quelques dollars une montre en or offerte par son père – qui ne lui pardonnera jamais – pour s’offrir un Polaroid SX-70, qu’elle garde encore précieusement avec elle. De retour à Genève deux ans plus tard, elle ouvre aux Pâquis un espace avec deux amis pour présenter des graffitis tout en proposant des dégustations de sushis et de saké. Elle prête le lieu aux étudiants parisiens du Studio Berçot pour faire un défilé. Par la suite, sa rencontre avec les deux artistes Olivier Mosset et John M. Armleder l’encourage à se lancer elle aussi. C’est le déclic. Elle commence à connaître le succès. Car il faut du cran pour se faire sa place dans ce monde de l’art qui reste très masculin. « A cette époque, le marché de l’art battait de l’aile. J’ai eu la chance que les galeries encourageaient les femmes artistes. J’ai beaucoup bénéficié de cette situation qui m’a permis de montrer mon travail de façon extensive alors que je débutais. Etrangement, il me semble que lorsque le marché de l’art va mal, on aime montrer des femmes artistes, peut-être parce que leurs travaux sont souvent moins chers ? »

Précurseur du pop art féministe

Sylvie Fleury s’est rapprochée du mouvement pop en y mettant une touche féminine et féministe. Il s’agit toutefois d’un féminisme assumé où les signes extérieurs de féminité se transforment en armes d’empowerment. C’est, en effet, l’une des premières artistes à introduire les codes de la mode dans l’art. Sacs à main, rouges à lèvres, palettes de fard, ces objets racontent une histoire à l’ère néolibérale, où le processus de construction de soi s’opère à travers des accessoires, des produits de luxe et autres artefacts. Elle aime préciser qu’elle ne s’inspire pas uniquement de la mode, mais aussi des voitures, de l’histoire de l’art, de l’ésotérisme ou encore des pratiques de fitness. «Je m’inspire de tout ce qui évolue.» A travers ses œuvres, Sylvie Fleury dénonce en quelque sorte le consumérisme, mais de manière libérale et non pas moralisatrice. L’artiste genevoise a aussi enseigné et reçu de nombreux prix. Cependant, même si le pays reconnaît aujourd’hui son œuvre, le fait d’être Suissesse n’a pas eu de véritable influence. « A mes débuts, le fait d’être reconnue aux Etats-Unis a aidé à faire accepter mon travail en Europe et en Suisse, je pense. » Une étape suisse importante a été sa rétrospective « Paillettes et Dépendances ou la fascination du néant » au Mamco en 2008 où la totalité des surfaces d’exposition du musée étaient investies jusqu’à saturation par ses œuvres. Des shopping bags se partageaient la vedette avec des champignons aux couleurs irisées, des bolides écrasés ou encore des fusées aux couleurs de mascara. Une exposition dans laquelle « elle a tout donné ».

Sylvie Fleury et son rapport au luxe

Quel est son rapport avec les grandes marques de luxe ? « Les grandes marques du luxe ont souvent collaboré avec des artistes », explique Sylvie Fleury. Cette dernière collabore parfois avec elles, comme avec de plus petites enseignes. A l’instar de la maison de maroquinerie suisse J.Hopenstand pour laquelle elle a dessiné des boucles de ceinture. Elle s’est également associée il y a quelques années à Dom Pérignon pour lui dessiner une édition de verres à champagne siglés de marques de rouge à lèvres. « J’ai accepté la collaboration, car j’avais besoin de verres à champagne, s’amuse l’artiste contemporaine. « Malheureusement, l’édition s’est rapidement épuisée et je n’ai même pas réussi à en obtenir. »

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Depuis 2010, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est depuis 2019 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

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