Bilan

Surfer dans les airs de Bugaboos

Nul besoin d’être le meilleur skieur du monde pour slalomer dans la poudreuse. Pour une première expérience de ride héliporté, c’est en Colombie-Britannique sur le glacier de Bugaboos qu’il faut se rendre, là où tout a commencé. Orlando Menegalli

  • Les Bugaboos sont une chaîne de montagnes au sud-est de la Colombie-Britannique

    Crédits: Jimmy Chin
  • Crédits: Grant Gunderson

C’était en 1951. Cette année-là, deux amis autrichiens Hans Gmoser et Leo Grillmair décident de quitter Linz pour tenter leur chance dans l’Ouest canadien. Hans est électricien, Leo, installateur sanitaire. Tous deux habitués à troquer leur bleu de travail en hiver contre une tenue de guide de montagne pour cause de chantiers à l’arrêt, ils vont se lancer le défi un peu fou de construire à l’autre bout du globe leur rêve de grands espaces et de nature vierge. La région n’est pourtant pas étrangère aux deux compères. Hans a depuis longtemps l’habitude d’emmener ses clients faire de la peau de phoque dans la région du glacier de Bugaboos. D’abord en bivouac sous tente, puis dans des cabanes de pêcheurs qu’on lui prête gratuitement durant l’hiver, il concède aujourd’hui que le confort était plutôt rudimentaire il y a soixante ans : « Une cabane servait de cuisine et de dortoir et dans l’autre cahute, un poêle à bois fonctionnait comme sauna. Sans eau courante, le meilleur moyen était de transpirer puis de se nettoyer avec la neige ! » Ces fameuses courses de rando à ski avec nuit en bivouac ont duré dix ans.

Un jour pourtant, un client américain, fatigué de monter constamment les pentes à ski, demande à Hans de lui organiser un hélicoptère pour l’année suivante… peu importe le prix. Hans Gmoser tente l’expérience et organise alors les premières sorties héliportées de l’histoire. Le succès est immédiat. Mais conscients que le confort devait également se conformer à l’exigence nouvelle des clients, les deux amis décident en 1968 de construire le premier lodge de Bugaboos : le Canadian Mountain Holidays (CMH). Par la suite, d’autres lodges ont suivi la tendance, chacun avec ses spécificités: emplacement en ville ou perdu dans la forêt, ski plus difficile ou descentes en forêt.

Fans absolus du lieu et de la formule unique, ce sont les clients qui permirent le financement des lodges, prêts à tout pour continuer l’aventure hivernale. Un médecin allemand, client fidèle parmi les fidèles, souhaita même payer une extension complète du lodge. La contrepartie ? Séjourner gratuitement à Bugaboos, une semaine par hiver, avec 10 compagnons pendant dix ans. Aujourd’hui, Leo a perdu son ami Hans mais, à 87 ans, il skie toujours dans la poudreuse du Canadian Mountain Holidays, récemment cédé au groupe américain Alterra Mountain Company, propriétaire d’Aspen et de onze autres stations.

« Rider » dans la poudreuse

Tôt le matin, la journée type commence par une séance (facultative, mais très suivie) de stretching avant le petit-déjeuner. Puis Dave Cochrane, manager du Resort, donne son briefing pour la journée, avant le départ sur la montagne avec l’un des trois hélicos. Le terrain de jeu autour du lodge est vaste: plus de 1400 km2 – le double du canton du Jura – avec un paysage très alpin, vierge de toute habitation. Les pilotes volent presque en toutes conditions météo et les déposes se font à une altitude entre 2000 et 3000 m. Si la visibilité est réduite, le ski en forêt sera privilégié. Mais si la météo est au beau fixe, le glacier de Bugaboos offre alors des pentes magnifiques. Selon la qualité de la neige, le dénivelé de chaque « run » peut varier entre 300 et 1000 m et permettre ainsi de tester les skis (3 modèles à choix) ou snowboards fournis sur place. Côté sécurité, les clients reçoivent, dès le premier après-midi, les instructions sur l’équipement (radio, pelle, sonde, DVA). Un minage des pistes est effectué avant chaque journée et l’équipe procède à une coordination sans faille entre les guides, la base et les pilotes.

Si le bilan carbone est évidemment mauvais et écologiquement discutable, voler dans un gros Bell 407 – celui d’Apocalypse Now – dans les Rockies canadiennes offre un panorama majestueux et des conditions de ski exceptionnelles.

A Bugaboos, les pilotes volent presque en toutes conditions météo. (Crédits: Paul Morrison)

De retour à Bugaboos, l’après-ski est également à la hauteur : dans le lodge, un jacuzzi sur le toit avec un sauna au feu de bois, des massages, un mur d’escalade, une salle de fitness attendent les clients et à l’extérieur, la possibilité d’emprunter des vélos sur neige, des raquettes ou des skis de fond car les sentiers autour de l’hôtel au cœur d’une nature magnifique sont damés par Canadian Mountain Holidays.

(Crédits: Dr)

Au final, rien n’a fondamentalement changé à Bugaboos, mis à part le confort, le nombre et la qualité des services après-ski. Les clients, de 18 à 70 ans, sont tous attachés au même sentiment de liberté et d’aventure que deux amis ont un jour rêvé de vivre, il y a plus de soixante ans.

www.canadianmountainholidays.com

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