Bilan

Steve Guerdat, l'homme Sport 2013

Bilan LUXE a élu le cavalier d'élite "Homme de l'année 2013" dans la catégorie Sport. Rencontre.
Crédits: Photo: Sébastien Agnetti / Maquillage et coiffure : Delfina De Giorgi / Assistant photo : Mathilda Olmi

C’est à cheval que Steve Guerdat se sent le plus vivant. Son équilibre en dépendrait même, selon ce Jurassien de 31 ans, médaillé d’or individuel de saut d’obstacles aux derniers Jeux olympiques de Londres. Son franc-parler et son farouche attachement à maintenir ce sport d’élite hors du star-system lui offrent souvent les faveurs du public.

Comment un sportif d’élite, champion olympique, appréhende-t-il la défaite?

 

Ceux qui me connaissent un peu savent que je vis à travers mon sport et qu’il n’est pas bon de me parler tout de suite après un échec (rire). Je préfère regarder de l’avant. On apprend toujours de nos erreurs. L’inconnue fait partie du sport et, dans notre discipline, cette composante est encore plus présente parce que l’on est deux.

Il serait trop facile de s’attirer les lauriers lorsque tout va bien et de mettre la faute sur le cheval lorsque l’on échoue. C’est une paire. C’est la raison pour laquelle je ne parle jamais en termes de pourcentage du cheval et du cavalier. On a gagné ensemble aux Jeux olympiques de Londres et perdu ensemble au Championnat d’Europe.

Comment se passe votre relation avec votre père, Philippe Guerdat, nommé à la tête de l’équipe de France de saut d’obstacles?

Il est l’entraîneur de l’équipe de France, certes, mais ce n’est pas mon père qui a appris au vainqueur du Championnat d’Europe, le Français Roger-Yves Bost, à monter. Il ne lui aura pas dit non plus comment se tenir à cheval. Son rôle est de faire des sélections. Il est là pour les soutenir lors des concours. Il faut relativiser la place du chef d’équipe nationale.

Elle n’est pas liée à la performance individuelle du cavalier. Mon père est un homme de cheval et, cela, je le savais avant. Il a l’expérience et ce don de trouver des qualités en chaque cheval et cavalier qu’il sélectionne, semaine après semaine.

Si j’ai personnellement besoin d’un conseil, j’ai mon propre entraîneur, Thomas Fuchs. Et si un jour j’ai besoin de son conseil, mon père me donnera le même qu’il donnera à un cavalier français.

Quelle est la méthode Guerdat?

Nous avons les pieds sur terre et aimons les chevaux. Chez les Guerdat, on ne fait pas les choses à moitié et on ne se repose jamais sur ses lauriers. Ce caractère assez fort ainsi qu’un franc-parler nous qualifient tous.

Votre prochain objectif?

J’en ai tous les week-ends! Lorsque j’ai gagné les Jeux olympiques à Londres, cinq jours plus tard j’étais déjà en concours. Ce sont des joies et des déceptions tous les week-ends. Ces prochains temps?

J’enchaîne les Championnats de Suisse, puis je pars à Calgary, au Canada, pour le concours le plus important de l’année, ensuite la finale de la Coupe des nations à Barcelone, puis la Coupe du monde et, enfin, le Concours de Genève en décembre.

Comment gérez-vous un cheval qui n’a pas performé?

Je suis plutôt de nature à ménager mes chevaux. Nino des Buissonnets, le cheval qui m’a permis la victoire aux JO, mais avec lequel j’ai eu un concours malheureux au Championnat d’Europe, est au repos. Je reprendrai le travail avec lui progressivement, quand il aura retrouvé toute son énergie après cette semaine éprouvante au Danemark.

Il y a quelques grands rendez-vous sportifs auxquels je souhaiterais concourir avec lui, comme la finale à Barcelone et le Concours de Genève, mais uniquement si Nino des Buissonnets est en pleine forme.

Votre médaille d’or, vous y pensez encore chaque jour en visionnant votre parcours, comme vous le faisiez les semaines qui ont suivi la victoire?

Non, c’est un titre qui m’accompagne lorsque je rentre en piste, mais je n’y pense plus comme avant.

Comment trouvez-vous votre équilibre de vie en dehors de votre sport?

Mais c’est ça mon équilibre! C’est un style de vie que j’ai choisi. Chaque jour, ma vie commence à 7 heures du matin, à l’écurie. Quand tout va bien j’ai envie d’être à cheval pour en profiter et quand quelque chose ne va pas, c’est aussi à cheval que j’ai envie d’être, pour oublier. Je vis à travers les chevaux.

La rencontre avec vos mécènes fut déterminante dans votre carrière. Racontez-nous.

La rencontre avec M. Yves Piaget fut déterminante lors de mon retour en Suisse, après avoir passé quatre ans aux Pays-Bas. Je cherchais un mécène pour me mettre à disposition des chevaux. Nous avons vécu ensemble l’aventure Jalisca qui a eu énormément de succès. L’histoire a commencé avec un cheval et s’est terminée avec une bonne dizaine de chevaux.

Par la suite, il a souhaité se retirer. M. Schwarzenbach, très impliqué dans le polo, me mettait déjà ses installations à disposition. Un jour, il a accepté d’investir sur le cheval Nino des Buissonnets. L’histoire a commencé et nous avons vécu de très grands moments ensemble.

Est-il difficile de se faire connaître dans ce sport encore relativement peu médiatique?

Il n’y a pas vraiment de stars dans le sport équestre, car ce n’est pas un sport que le cavalier peut dominer seul, comme en tennis ou en athlétisme. Sur un 100 mètres, lorsque vous êtes le plus rapide à la course, vous le restez quelque temps.

En saut d’obstacles, c’est impossible. Chaque week-end, un autre vainqueur monte sur le podium. On ne gagne jamais trois concours de suite. L’inconnue liée au cheval est trop prédominante. Il n’y a pas de star-system.

Qu’est-ce que vous voudriez changer dans votre milieu sportif?

Dans tout sport de haut niveau, il y a des abus. Je pense, en particulier, que l’on a atteint des sommets en termes de dotation par concours. Je ne suis pas quelqu’un qui renie l’argent, mais quelquefois les sommes deviennent de trop gros enjeux. Même notre sport, depuis cinq ans, vit un grand boom.

C’est un sport très cher, certes, et il faut pouvoir gagner de l’argent pour rester au haut niveau. Les meilleurs sont aujourd’hui capables de vivre de ce sport heureusement, car ce n’était pas encore le cas il y a quelques années. Mais des dotations qui atteignent des sommets n’ont pas leur place dans ce sport. C’est le moment de s’arrêter. Il faut garder les pieds sur terre.

Quel est l’investissement annuel à votre niveau?

Une écurie comme la mienne, avec une petite quinzaine de chevaux, tourne entre 600 000 et 800 000 francs par an, comprenant tous les frais annexes, les transports, la nourriture.

Si certaines dotations peuvent atteindre 200’000 francs, il faut comprendre que les chevaux n’appartiennent pas au cavalier. L’argent gagné va d’abord au propriétaire du cheval, puis, selon l’accord, et après payement des taxes de concours, il reste un certain pourcentage au champion.

Cristina d’Agostino

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