Bilan

Stan Wawrinka, homme Sport de l'année 2015

Ses quatre titres gagnés en 2015 marquent un cap pour le tennisman vaudois classé quatrième à l’ATP. La confirmation que le joueur est désormais installé au sommet de l’élite mondiale du tennis.
Crédits: François Wavre

Pour la troisième année consécutive, la rédaction du Hors-Série Bilan Luxe a décidé d'honorer les personnalités masculines de l'année, dont la réussite professionnelle a marqué l'actualité 2015 en Suisse. Le tennisman Stan Wawrinka est vainqueur dans la catégorie Sport. Interview. 

En 2012, vous vous tourniez vers votre entraîneur actuel Magnus Norman pour « passer un cap », selon vos termes. Depuis, les réussites sont là. Que réussit-il à vous dire que vous n’entendiez pas avant ?

J’étais prêt à passer à l’étape supérieure. Il a changé deux ou trois détails dans mon jeu, il m’a apporté une confiance intérieure, une sérénité face aux meilleurs joueurs. Quand on a un coach, on passe énormément de temps avec lui, sur le terrain, en dehors, on discute beaucoup, on mange ensemble le soir. C’est un partage permanent et naturel.

Je suis arrivé à une étape de ma carrière où toutes les pièces du puzzle s’assemblent. Magnus Norman en a été le déclencheur, mais j’ai travaillé plus de dix ans avec mon préparateur physique Pierre Paganini pour arriver à cette évolution. Cet homme a été important tout au long de ma carrière. C’est mon mentor. Il m’a aidé physiquement mais également mentalement. Il est le fondement de toute ma carrière. 

Qu’est-ce qui a fondamentalement changé en 2015 avec la victoire de quatre titres ?

Quand on gagne un Grand Chelem on marque un peu plus l’histoire du tennis. Quand j’ai remporté l’Open d’Australie ça a changé ma vie car je suis passé dans une autre catégorie de joueurs, ceux qui gagnent les Grands Chelem. Et le fait d’en avoir gagné un deuxième a vraiment augmenté ma notoriété et la reconnaissance du milieu du tennis dans le monde entier. Seulement 26 joueurs ont réussi à en gagner deux. 

Il y a la notoriété, mais il y a aussi le capital sympathie gagné auprès du public. L’un ne va pas forcément avec l’autre. Avez-vous appris à gérer cet aspect depuis vos victoires ?

Le capital sympathie avec le public se joue à peu, c’est vrai. J’ai toujours essayé d’être très naturel et de ne pas jouer un rôle, sur le terrain et en dehors. Quand on se force, le public le voit. Je n’ai évidemment pas que des fans, c’est normal, et cette année aussi il y a eu des moments où le public ne m’aimait pas forcément. Mais je veux rester naturel et franc, quitte à dire des choses qui peuvent blesser certaines personnes quelquefois.

Est-il difficile de garder la tête froide malgré la notoriété ?

Non, car cela fait partie de l’évolution de l’homme que je suis aujourd’hui. A la différence des grands champions comme Roger Federer ou Rafael Nadal qui ont gagné tous ces gros tournois quand ils avaient 18 ou 19 ans, donc habitués à gérer la notoriété et pratiquement nés avec ça, moi je l’ai fait à 29 ans, avec la maturité d’un homme de cet âge. Et de toute manière j’ai des garde-fous autour de moi qui me diront si je me perds ou si je dois revenir sur terre. Mais ce n’est pas encore arrivé, heureusement ! (Rire.)

L’importance du coach est là aussi ?

Coach et joueur, c’est une relation très particulière. Le joueur paie le coach, mais ce dernier doit aussi pouvoir dire les choses qui ne vont pas, que le joueur ne veut pas forcément entendre. Pour moi, les choses ont toujours été très claires, le coach ou le team doivent me dire tout ce qui ne va pas, je veux avancer.

Comment amorcerez-vous 2016 ?

J’espère simplement pouvoir continuer à garder ce même niveau de résultats. Mentalement, je m’imagine toujours le pire pour me préparer aux difficultés et je me concentre sur tout ce que je peux contrôler: mon programme, mes entraînements, tout ce qui peut me donner le maximum de chances de gagner de gros titres. Et l’âge n’est pas un problème.

Le tennis a beaucoup évolué. Les joueurs arrivent à maturité plus tard, grâce à un team toujours plus élargi. Avant, les joueurs arrêtaient à 30 ans car ils étaient très fatigués mentalement, épuisés d’être constamment loin des leurs. Aujourd’hui, avec les smartphones, on réussit à rester en contact permanent avec la famille. Et ça compte énormément.

Vous avez pour habitude de refuser de vous compter parmi les Big Four, pourquoi ?

Parce que ces quatre joueurs (Roger Federer, Rafael Nadal, Andy Murray et Novak Djokovic) ont marqué l’histoire depuis dix ans. Ils ont tout gagné. Il ne faut pas y toucher. Je ne me mets pas en infériorité, je connais ma place, je suis quatrième joueur mondial. Il est donc évident qu’un des quatre est descendu au classement. Mais ils ont été surnommés ainsi pour ce qu’ils ont réussi à achever. Cela fait partie de leur histoire et on ne la réécrit pas. Je ne cherche donc pas à m’y inscrire. Je suis dans le top 4 ou 3 depuis deux ans, j’ai gagné deux Grands Chelems, Nadal en a gagné un, Federer et Murray zéro, et Djokovic le reste. Ma place est là, mais je ne cherche pas à toucher cette légende.

Y aura-t-il encore des caps à passer ?

Oui, bien sûr. Toute ma carrière j’ai cherché à progresser. Si je veux gagner encore un Grand Chelem, je dois encore passer un cap. Car tout le monde progresse, je ne suis pas seul.

Les Jeux olympiques seront un cap en 2016 ?

Oui, c’en est un. J’ai la chance d’avoir déjà gagné une médaille d’or, donc cela m’enlève une pression.

La jalousie entre joueurs, est-ce difficile à gérer ?

Non, car il ne faut pas oublier que le tennis est un sport individuel. J’ai toujours eu de très bons contacts avec tous les joueurs, y compris avec les meilleurs. Je m’entraîne tout le temps avec les Big Four, alors qu’entre eux ce n’est presque jamais le cas. Et c’est peut-être parce que je ne me suis jamais posé en rival face à eux, même maintenant. Je sais que je peux les battre, mais je sais également tout ce qu’ils ont accompli. C’est lié à ma personnalité, je n’ai aucun problème à accepter qu’un joueur soit meilleur que moi. Ils doivent le sentir. 

Vos gains n’ont jamais été aussi élevés qu’en 2015…

C’est vrai, et les « price monney » augmentent chaque année. Les joueurs et l’ATP se sont bien battus avec les tournois pour trouver un système où tout le monde est gagnant. Mais concrètement, cet argent n’a pas changé ma manière de vivre. Et concernant les sponsors, comme Audemars Piguet ou Yonex, le but est de viser le long terme.

Vous n’avez toujours pas décroché de titre en Suisse. C’est une grande frustration ?

J’aimerais vraiment pouvoir un jour décrocher un titre en Suisse. Maintenant, il y a trois tournois, Gstaad, Genève et Bâle, cela me laisse plus d’opportunité. Mais le rêve que j’ai accompli, c’est d’avoir gagné la Coupe Davis. Cela m’a offert l’honneur de gagner pour mon pays.

Votre fille grandit. Elle voit son père gagner. Encore une autre émotion liée aux victoires ?

Elle grandit, dans quelques années, elle saura faire la différence entre gagner et perdre. Pour l’instant elle me demande toujours si j’ai ramené la coupe. Et après Tokyo, j’ai eu la chance d’en ramener une. Elle a tout de suite voulu la voir. C’est une belle motivation pour moi.

Cristina d’Agostino

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