Bilan

Sortir de sa zone de confort

Regarder l’art pour mieux voir demain. C’est l’acte volontaire que revendique Parmigiani, comme un besoin de mise en perspective nouvelle de l’horlogerie. Le Musée de l’élysée aussi choisit un regard neuf pour éclairer ses ambitions. Jean-Marc Jacot, CEO de Parmigiani, rencontre Tatyana Franck, nouvelle directrice du Musée de l’élysée de Lausanne.

Jean-Marc Jacot, CEO Parmigiani et Tatyana Franck, directrice Musée de l’Elysée Lausanne

Exposition des nommés du Prix Elysée jusqu’au 03.05.2015

Crédits: Alban Kakulya

Qu’est-ce que l’industrie du luxe recherche dans ses collaborations avec l’art contemporain ?

Jean-Marc Jacot. Aujourd’hui, notre monde est fait d’images. Pour une marque comme Parmigiani qui cherche à se positionner dans un monde d’esthètes, participer à l’univers de l’art contemporain est important. Car il fait partie intégrante de notre société. Aujourd’hui, tout est art. Et je suis intimement convaincu que les artistes ont une place prépondérante à jouer car ils ont cette sorte de prémonition sur l’évolution du monde qui nous aide à réfléchir sur le futur.

A comment mettre en perspective le luxe, trop souvent superficiel, au travers de l’art, un univers théoriquement plus profond et durable. J’estime que pour Parmigiani il est important de faire découvrir cet art aux collaborateurs, aux clients, parce que l’éveil à d’autres mondes nourrit l’inspiration, nourrit la vie et évite l’autosatisfaction.

Tatyana Franck. Je crois beaucoup à la créativité par la confrontation à différents mondes. Sortir de sa zone de confort, voir d’autres univers. Le partenariat que nous entretenons entre le Musée de l’Elysée et Parmigiani a cela de particulier que le nom ne figure pas sur le Prix de l’Elysée. C’est assez rare. C’est une marque de grand respect. La liberté d’expression est totale. De ce fait, le concours a donné lieu à une belle créativité, avec 411 candidatures reçues.

J-M. J. C’est un point important. Les valeurs de Parmigiani ne sont pas de vampiriser le Prix de l’Elysée, mais au contraire d’aider de jeunes artistes à émerger afin qu’ils puissent nous éveiller l’esprit. Le simple fait d’admirer puis de s’inspirer du travail de la couleur est essentiel dans notre métier.

Qu’est-ce que ce partenariat peut-il apporter?

J-M. J. Ce partenariat va nous ouvrir à de nouvelles rencontres artistiques, va peut-être nous donner l’occasion de confronter un jeune photographe à nos produits pour qu’il en restitue un langage photographique inédit en horlogerie. Mais aussi ouvrir nos clients à des expériences nouvelles. Un exemple, lorsque nous les avons confrontés à l’expérience photographique de la « Jumpology » inspirée du photographe Philippe Halsman. C’était extraordinaire. La photographie est un médium qui permet de vivre des expériences, de raconter des histoires.

Pourquoi la photographie ?

J-M. J. La photo est dix fois plus accessible que le cinéma. Il n’y a pas de problème de langage, c’est un art qui a une immédiate compréhension, plus aisé à faire partager à nos clients de différentes cultures. C’est grâce à la Fondation de Famille Sandoz que nous avons eu accès au Musée de l’Elysée. Nous sommes une marque contemporaine, c’est la raison pour laquelle nous nous sentons bien dans des expressions artistiques contemporaines, comme le jazz avec le Festival de Montreux, et la photo, avec l’Elysée.

T. F. Nous partageons beaucoup de valeurs communes. Bien sûr, il y a cet aspect contemporain – le Musée de l’Elysée fête cette année ses 30 ans – mais nos points communs se rejoignent également au travers de la conservation du patrimoine. Parmigiani le fait au travers de la restauration d’objets d’art horloger et le Musée de l’Elysée par la mise en valeur de ses 100 000 tirages. Ce sera ma priorité durant ces cinq prochaines années.

L’aide aux jeunes talents est-elle une priorité ?

J-M. J. Oui, la valeur de transmission est primordiale pour moi. C’est la raison pour laquelle la Fondation de Famille Sandoz a tant d’importance pour moi. Elle œuvre pour que le meilleur soit conservé et transmis aux générations suivantes.

T. F. Sur le sujet de la transmission, l’aspect unique du Prix de l’Elysée réside dans la valorisation des huit nommés et non uniquement du lauréat. Un livre est d’ailleurs produit pour mettre en lumière le travail de chacun. C’est un soutien dès le début, dans la conception, la production des huit projets pendant deux ans, puis un suivi du lauréat dans la finalisation du projet, grâce à l’équipe du conservateur du musée.

J-M. J. Un lauréat que nous allons essayer, de notre côté, de suivre également et de valoriser par l’exposition de son travail grâce à la galerie d’art que nous venons d’ouvrir à Miami. J’espère y exposer les lauréats du Prix de l’Elysée, mais aussi des artistes en lien avec Art São Paulo et
Photo São Paulo qu’organise notre femme d’exception Fernanda Feitosa, au Brésil. A mes yeux, le Musée de l’Elysée jouera aussi un rôle de mentor.

Tatyana, votre profil, justement, conjugue à la fois histoire de l’art, mais aussi business. Un atout ?

Mon profil global me permet d’avoir une vision holistique. Lorsque l’on dirige un musée, il faut être à la fois créateur, manager et administrateur. Mon cursus en droit et le MBA que je suis actuellement à la Columbia Business School ont étonné. La presse l’a beaucoup relevé d’ailleurs. Un peu trop à mon goût… Mais c’est un profil simplement moins fréquent en Europe. Il l’est beaucoup plus aux Etats-Unis. Les directeurs y ont des parcours plus complets et moins spécialisés. C’est un choix que j’ai fait en pleine conscience. 

Le pôle muséal se profile. Comment envisagez-vous cet objectif ?

T. F. C’est une des parties qui m’a beaucoup intéressée dans cette prise de poste. Lausanne a cette chance de créer un pôle muséal avec trois spécialités qui se complètent. Créer un lieu d’art total est une chance.

Il va falloir le financer aussi…

T. F. C’est un enjeu majeur effectivement. Le financement du Musée des beaux-arts est acquis. Il va falloir trouver des fonds pour l’Elysée et le Mudac. Mon réseau international m’aidera. Je crois énormément en la force d’une ville globale comme Lausanne, où il est encore possible d’agir, de rencontrer des gens, bien plus qu’une ville comme New York ou Londres. Cette ville a une belle richesse au travers de ses institutions, comme l’EPFL, le Théâtre de Vidy, par exemple. J’en espère de futures collaborations d’ailleurs. Le succès passera par cela aussi. 

Vos ambitions pour le musée ?

T. F. Devenir le centre européen de la photo, en continuant à déployer des expositions itinérantes, en s’intéressant aux artistes, pays et technologies émergentes. Et en ouvrant par conséquent le musée à d’autres publics. Nous sommes un musée de l’image, nous nous devons aussi d’être plus présents sur les réseaux sociaux et sur le net où plus d’un milliard de photos s’échangent chaque jour. La numérisation de nos collections est capitale.

Ma première décision est de tout traduire en allemand, y compris notre magazine « Else », pour maximiser notre rapprochement avec la Suisse allemande. J’aimerais beaucoup me rapprocher du musée de Winterthour, mais aussi des villes de Zurich et de Bâle. Dans le comité éditorial du magazine, il y a aura un représentant par continent, pour que notre ouverture soit maximale. Je veux pour le musée un ancrage local et une dimension internationale. Elle passera aussi par le biais d’acquisitions. Mais ce sur point, je ne peux en dire plus…

Cristina d’Agostino

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