Bilan

Sophie Turner : « Je suis l’exemple parfait de cette révolution communautaire »

A 23 ans, Sophie Turner a tout pour être la star de 2019. Arrivée jeune adolescente et inconnue des studios dans la première saison de Game of Thrones, elle se retrouve, dix ans après ses débuts, la reine du Nord dans l’épisode final de la saga.

Durant les huit saisons de Game of Thrones, de 2011 à 2019, Sophie Turner a joué le rôle phare de Sansa Stark.

Crédits: Getty

Celle qui incarne Sansa Stark a tout appris du métier de comédienne grâce à la série culte et compte désormais ses fans par millions. « Et la vaste majorité ne sont pas des fans mais des ultrafans, dit-elle avec un large sourire. J’ai parfois l’impression qu’ils connaissent davantage de détails sur ma vie que je n’en connais moi-même ! »

Depuis le 5 juin dernier, Sophie Turner est aussi la star du dernier X-Men: Dark Phoenix où elle reprend le rôle de Jean Grey, au centre de toute l’histoire, et qu’elle avait déjà incarné en 2016 dans X-Men: Apocalypse.

La jeune actrice anglaise a reçu Luxe à Londres, en marge du lancement de son film.

Que pensez-vous de la force des communautés pour Game of Thrones, une vraie révolution en matière de fan-clubs, non ?

Je suis l’exemple parfait pour illustrer cette révolution communautaire. Facebook était la nouveauté dans mon enfance, mais la montée en puissance d’Instagram a tout changé. Les amoureux de GoT (Game of Thrones) peuvent suivre au quotidien leurs acteurs favoris sans être membres d’un fan-club… Et comme Instagram est avant tout un réseau social basé sur le visuel, il n’y a plus de barrière de langue non plus. L’engouement est tel que les fans se donnent rendez-vous sur le Net pour regarder ensemble des épisodes dans un bar ou un café sans même se connaître en dehors des réseaux sociaux. C’est magique !

Comment avez-vous vécu cet engouement ?

Plus la communauté des fans de GoT s’est agrandie et plus j’ai appris à me méfier des inconnus. Je n’ai aucune peine à être amicale avec les gens que je rencontre, mais devenir célèbre m’a fait prendre conscience des risques à laisser entrer de nouveaux venus dans mon cercle intime.

Donc vous ressemblez un peu à Sansa de GoT sur ce point-là ?

Plus qu’on ne le pense. (Rires.) Sansa n’a jamais vraiment fait confiance à qui que ce soit, pas même à certains membres de sa propre famille… ce qui n’est pas mon cas tout de même. (Elle fait un clin d’œil.) Dans les premières saisons de la série, elle était jeune et innocente, ce qui est un vrai parallèle avec ma vie personnelle. A 13 ans, en démarrant GoT, j’avais tendance à être ouverte à toutes mes rencontres, à me confier facilement. C’est ce que l’on appelle des erreurs de jeunesse. En prenant de l’âge, je deviens de plus en plus méfiante… comme Sansa dans l’ultime saison puisque dès le premier épisode, elle n’a même plus confiance en son demi-frère Jon Snow.

Que répondez-vous aux critiques qui n’ont pas aimé le dernier épisode ?

Je vous dirais poliment que chacun a le droit d’exprimer ses opinions… même si je pourrais être plus directe dans ma réponse. (Elle éclate de rire.) Je ne suis pas surprise des critiques. Il y avait de telles attentes ! Certains sont forcément déçus du dénouement. Dès la première saison, Game of Thrones a connu de nombreux rebondissements, notamment avec la décapitation de Ned Stark (ndlr: Eddard Stark, le gouverneur du Nord et seigneur de Winterfell). Alors, c’est forcément un choc de voir la reine Daenerys devenir folle, parce qu’ils ne s’y attendaient pas.

Tout de même, des milliers de fans ont lancé une pétition sur le Net pour exprimer leur mécontentement…

Effectivement, cette pétition demandait que la totalité de la saison 8 soit réécrite par d’autres scénaristes. Je trouve cela ridicule. C’est un manque total de respect pour les centaines d’artistes et de techniciens qui ont travaillé comme des dingues, durant dix ans, sur la série. On ne peut jamais satisfaire tous les fans, je le sais, mais de là à exiger que l’on tourne de nouveau toute l’ultime saison sous prétexte que le dénouement ne convient pas à certains ? Ridicule ! Les derniers épisodes ont demandé onze mois de production, dont cinquante nuits entières de tournage.

Vous avez une communauté de plus de 13 millions de followers sur Instagram et qui ne cesse de grossir de plusieurs centaines de milliers chaque semaine. Quelles forces cela implique pour la faire vivre ?

Cela ne me demande pas beaucoup d’efforts, car je le fais par plaisir. Par contre, avoir autant de followers représente une vraie responsabilité. Je veux projeter une image positive et donner à ceux qui me suivent l’envie d’aider les autres. J’ai récemment lancé une vente aux enchères dans le but de proposer à une personne d’être mon invitée à la première mondiale de X-Men: Dark Phoenix à Los Angeles. L’argent récolté est versé à la CAF (Charity Aid Foundation), qui aide différentes associations à travers le monde. J’ai choisi la CAF car ils sont actifs aussi bien dans l’éducation d’enfants en Inde que dans le sauvetage des tortues ou encore dans l’aide à des familles sans ressources en participant à la création d’emplois. Ma vidéo pour cette œuvre de bienfaisance  a été vue par plus de 5 millions de followers. Si mon initiative aide ainsi, cela me suffit à justifier le temps que je passe sur les réseaux sociaux.

(Crédits: Dr)

Quelle valorisation en tirez-vous, y compris en termes de business, et à quelles fins ?

C’est un outil inestimable pour la promotion de sa carrière. Tous les producteurs de cinéma regardent le compte Instagram d’un comédien avant de l’engager. Et cela aide aussi mes agents à négocier mes contrats, je ne suis pas dupe. La première bande-annonce de X-Men: Dark Phoenix a été vue par plus de 8 millions de personnes sur ma page Instagram. C’est autant d’acheteurs potentiels de places de cinéma.

Comment jugez-vous votre ascension fulgurante depuis GoT ?

A vrai dire, je suis plus inquiète, car je crois en la balance des événements dans notre vie. Avec toutes les bonnes choses qui m’arrivent ces temps, je m’attends à un gros coup dur tout bientôt. (Rires.) Je suis folle de joie et j’aurais tort de me plaindre, car tout va bien côté carrière et vie privée, car je viens de me marier (ndlr: Sophie a épousé le chanteur Joe Jonas dans une chapelle de Las Vegas le 1er mai dernier). Mais je ne peux m’empêcher de surveiller mes arrières, par peur de ce qui pourrait me tomber sur la tête.

Quel est votre rapport au luxe ?

Je suis ultrafan de Louis Vuitton, bien sûr (ndlr: Sophie Turner est l’égérie de la marque depuis 2017). Et je l’étais déjà avant de collaborer avec cette grande maison. Le plus extraordinaire dans le luxe, c’est la découverte d’un univers que je pensais connaître, mais dont j’ignorais tout. On pense à un nom ou à une marque, mais peu de gens réalisent le travail qui se cache derrière la confection d’un sac de luxe, par exemple.

Quelle gestion faites-vous de vos partenariats ?

C’est un exercice d’équilibriste de gérer des partenariats avec des marques de luxe, car je veux être connue comme une actrice et non comme une célébrité ou une égérie. En tant que comédienne, vous voulez être capable de disparaître derrière votre personnage et que le public oublie la femme qu’il connaît. Dans le cas de mon mari, c’est tout l’opposé. Pour un musicien, il faut que le public aime votre image, que l’on parle de vous, de votre musique, de l’artiste que vous êtes. Et donc accepter de se montrer en photos dans son quotidien. Moi, je dois limiter cela au maximum pour rester crédible à l’écran. Je préférerais que l’on voie moins de photos de Sophie Turner et davantage de photos de moi actrice, dans mes costumes de GoT ou mieux dans ceux de X-Men puisque c’est mon film de l’été. Mes partenaires dans le film X-Men m’ont donné un excellent conseil: porter tous les jours la même tenue et ainsi lasser les paparazzis qui n’auront rien de neuf à montrer à mon sujet. Je vais sûrement essayer cela cet été pour me faire oublier.

Est-ce que votre conception du luxe a évolué au fil des années ?

Absolument. Adolescente, on voit le luxe comme quelque chose de beau, souvent de cher, mais cela s’arrête là. Il peut aussi y avoir un besoin de se faire offrir tel ou tel objet de luxe pour avoir le sentiment d’appartenir à une communauté, et se mettre en avant. Ce côté « show off », je ne l’ai jamais eu. Ces dernières années, j’ai appris le savoir-faire qui se cache derrière le luxe. Il y a des milliers d’artisans du luxe, de grands spécialistes qui confectionnent une montre ou un vêtement avec une très grande minutie. J’ai assisté à plusieurs défilés de mode pour le lancement des nouvelles collections Louis Vuitton. Chaque pièce est une œuvre d’art.

Sophie Turner incarne le personnage de Jean Grey dans la franchise X-Men. Déjà interprété dans X-Men : Apocalypse (2016), le rôle s’est considérablement étoffé dans la dernière version X-Men : Dark Phoenix (2019) (Crédits: Dr)

A propos de pièce unique, avez-vous « volé » un tableau ou un objet de valeur avant de quitter Game of Thrones ?

Liam Cunningham alias Sir Davos dit qu’il n’a pas volé mais qu’il a « libéré » quelque chose. (Rires.) Donc j’ai libéré mon corset du plateau. Je ne sais même pas pourquoi j’ai pris ce truc qui a été si désagréable à porter pendant des années, mais c’est peut-être l’accessoire qui me rappellera le plus Sansa à l’avenir. Je n’avais ni épée ni couteau, alors je n’ai pensé qu’au corset de mon costume.

Le Festival de Cannes qui vient de s’achever refuse de sélectionner des films qui ne sortent pas en salle, comme ceux de Netflix. Quelle est votre opinion ?

Nous vivons une ère qui nous permet de consommer du cinéma sur tellement de supports qu’il me semble bien compliqué de limiter une sélection de films par rapport au mode de diffusion. Cela dit, il est important de protéger les exploitants de salles de cinéma pour conserver ce plaisir de partager un film avec un groupe dans une salle obscure. X-Men: Dark Phoenix a été conçu pour le grand écran avant tout. Ce film est le dernier de la saga X-Men. Les fans seront ravis de retrouver la totalité des mutants et les surprises seront nombreuses jusqu’au dénouement.

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