Bilan

Soigner un burn-out grâce à l’hypnose

Relativement peu expérimentée et documentée, l’utilisation de l’hypnose pour récupérer d’un burn-out commence à se développer en Suisse romande.

Les premiers résultats se ressentent assez rapidement, souvent dès la première séance.

Crédits: Shutterstock

Pour Claude Welscher, praticien en hypnose depuis 2014 à Lausanne, l’expérience a débuté il y a un peu plus d’un an quand un cadre supérieur d’une industrie biomédicale franchit sa porte dans un état d’épuisement professionnel avancé. «Carbonisé, mais exigeant», se rappelle le thérapeute, qui subit dans un premier temps «un véritable examen» de la part de son futur patient. «Ce sont les gens qui sont venus vers moi», rappelle-t-il ce jeudi d’avril devant un public attentif venu à sa conférence, organisée par l’Université populaire de Lausanne. Et d’évoquer les nombreux cas qui ont suivi, comme cet étudiant de l’ECAL, tombé en catalepsie après 80 heures de travail non-stop.

A n’en pas douter, le traitement du burn-out est un marché d’avenir. Selon le job stress index publié en 2016, plus de 25% des salariés suisses se déclarent épuisés, c’est-à-dire subissent plus de pressions qu’ils n’ont de ressources pour y faire face sur leur lieu de travail. Avec un coût global de 5,7 milliards pour l’économie. Etudié pour la première fois au tournant des années 70 aux Etats-Unis auprès des travailleurs sociaux, le phénomène s’est étendu aux infirmières, médecins, cadres, RH, avant de toucher l’ensemble des secteurs et catégories socioprofessionnelles. «Même les psychiatres», relève Claude Welscher, qui constate que les patients consultent à un stade très avancé: «Il y a une phase de déni pour ces profils qui sont souvent des battants, des perfectionnistes exigeants avec eux-mêmes.»

Retrouver des ressources intérieures

Dans une prise en charge par l’hypnose, la première séance commence par un rapide bilan, notamment pour déterminer l’endroit du corps où la tension s’exprime. «Il ne s’agit pas de poser 50 000 questions, mais de faire déjà une cartographie somatique», relève Claude Welscher qui s’appuie notamment sur les thérapies cognitivo-comportementales, adaptées à l’hypnose, pour structurer le travail. Le praticien invite à chercher des sensations dans les membres, sentir les flux et travailler sur la respiration et effectue, ainsi, un scan du corps. Il s’inspire de la programmation neurolinguistique pour les techniques d’ancrage. «Sensation de flux, calme mental et physique et immersion dans l’instant présent permettent de créer un lieu sûr, dans lequel le patient retrouve un accès à ses ressources intérieures. La personne recommence à avoir des sensations physiques qu’elle avait souvent totalement perdues avec le burn-out.»

Le patient est amené à créer lui-même son lieu sûr et comment il se le représente, puis à se réapproprier une forme d’intimité, base sur laquelle il construira sa démarche de résilience et de retour au travail. Les premiers résultats doivent se ressentir assez rapidement, même dès la première séance déjà, estime Claude Welscher, qui met en avant certaines réussites: «Dans le cas du cadre évoqué précédemment, un retour à 50% a pu être effectif en moins de quatre mois, ce qui est assez rapide au vu de son état au début de la thérapie.»

Consentement et confiance dans le thérapeute

Conscient de la crainte commune de perte de contrôle souvent associée à l’hypnose, Claude Welscher tient à rassurer sur sa démarche: «C’est une coopération où le travail est effectué avant tout par le patient lui-même. C’est lui, son corps et son imaginaire qui parlent. Comme le décrit le grand spécialiste Milton Erickson, l’hypnose ne fait rien du tout, elle permet que les choses se fassent.»

Claude Welscher, praticien en hypnose depuis 2014 à Lausanne. (Crédits: Dr)

Très peu de littérature existe sur la question, Claude Welscher admettant même que «le champ reste largement à construire». D’où l’importance pour un particulier de bien choisir son praticien: «Il faut bien regarder sa formation, tant en hypnose qu’en accompagnement. Des signes doivent inciter à la vigilance, comme des offres promotionnelles, un nombre de séances minimum imposé, une proposition où le patient est totalement passif. On se méfiera également des discours mystiques ou ésotériques, ou de personnes présentant l’hypnose comme une solution à tout. Si le feeling n’est pas bon ou qu’on ne perçoit aucun résultat au bout de trois séances, il faut savoir stopper la collaboration.»

Pour autant, pour Claude Welscher, l’hypnose est finalement un état assez commun connu de tous, qui ne doit pas susciter d’inquiétudes majeures: «Un joueur de tennis qui retourne une balle, ou même le fait de conduire sans nécessairement réfléchir est déjà une forme de transe. Chacun exprime ce potentiel à un moment donné, le tout étant dans le cas du burn-out de le mobiliser adéquatement pour le mettre au service d’un projet de reconstruction de soi.» 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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