Bilan

Si le paradis se mérite

Poser un pied sur le sable immaculé et finement brossé de Kunfunadhoo ou Koh Kood Island suffirait pour atteindre la béatitude éternelle estampillée 5 étoiles? Oui. mais il vaut mieux être éconconvertis. Car si le paradis se mérite, celui de Sonu Shivdasani, fondateur du groupe hôtelier Soneva, s'est bati sur un seul credo: l'écotourisme de luxe.
  • L’observatoire de Soneva Fushi aux Maldives équipé du plus puissant télescope de l’océan Indien. L’astrophysicien Parag Mahajani est à disposition des clients de l’hôtel.
  • Le fondateur Sonu Shivdasani

Erigés à la hauteur de ses exigences écologiques sans concession, les Resorts Soneva Kiri et Soneva Fushi, temples de l’ultraluxe hôtelier situés aux Maldives et en Thaïlande, sont considérés aujourd’hui comme le business model à atteindre pour les spécialistes de l’écotourisme.

Pourtant, le destin de Sonu Shivdasani, homme d’affaires indien, fils cadet du financier Indoo Shivdasani, l’une des plus grosses fortunes d’Inde, n’aurait pas dû le pousser vers les rivages idylliques des Maldives. Mais bien vers le Nigeria, l’Angleterre ou la Suisse, des paradis d’une tout autre nature, là où les affaires familiales s’étaient historiquement ancrées depuis des décennies.

Ses études, d’abord à Eton, puis au Rosey et finalement à Oxford, l’y prédestinaient. La rencontre avec sa future épouse Eva en 1986, alors top model suédois, puis leur rêve de s’établir sur l’île de Nakatsu Fushi l’en détourneront définitivement. Mais sans couper pour autant avec l’esprit entrepreneurial des Shivdasani.

Car ses Soneva Fushi et Soneva Kiri, deux resorts chiquissimes perdus en plein océan Indien et golfe de Thaïlande, sonnent comme des mantras que les puristes récitent à l’envi comme un des seuls exemples d’utopie écologique rentable.

Les pieds dans le sable, mais la tête bien au-dessus, Sonu et son épouse Eva ont réussi à fonder en deux décennies un des grands groupes hôteliers de luxe qui comptent, cité périodiquement dans le top 10 des destinations les plus chics du monde par les magazines spécialisés.

Fondateurs des resorts Six Senses & Spa, Evason et Soneva, ils étaient à la tête il y a encore un peu moins d’une année de 5000 employés répartis dans les 26 complexes hôteliers et 41 spas, principalement tous situés en Asie du Sud-Est. 

En juin 2012, les Shivdasani décident de tout vendre au groupe d’investissement américain Pegasus Capital Advisors L.P. pour se recentrer uniquement sur leur marque hôtelière Soneva, considérée aujourd’hui par les spécialistes comme l’une des plus luxueuses du monde.

Avec une idée en tête, rester neutre en émissions de CO2 et absorber tout le carbone induit par ses hôtes à l’horizon 2015. Utopique ? Sonu Shivdasani se donne les moyens financiers d’y croire.

Entre ses conférences baptisées Slow Life Symposium où tout le gratin hollywoodien et de l’entrepreneuriat s’y retrouve, Richard Branson en tête, et ses nouvelles promotions immobilières sous forme de villas résidentielles qui lui ont déjà rapporté plus de 40 millions, l’homme d’affaires indien semble avoir trouvé la bonne formule.

Ecologie et luxe feraient-ils donc bon ménage ? De passage en Suisse, Sonu Shivdasani donne quelques éléments de réponse pour Bilan Luxe.

Aujourd’hui, les Maldives comptent des dizaines de resorts cinq étoiles. En quoi vous distinguez-vous ?

C’est comme une peinture pointilliste. C’est un ensemble de points positionnés au mieux qui crée l’harmonie unique.

Des villas aux chambres très spacieuses et piscine privée, des salles de bains avec cascade, une cuisine gastronomique, des projections de films à ciel ouvert, un observatoire astronomique pour admirer les étoiles, une table d’hôte perchée sur un arbre à 10 mètres de haut avec vue plongeante sur la mer, des plages désertes à perte de vue… Sans compter notre projet Slow Life. 

Justement, expliquez-nous ce concept.

Slow Life est l’acronyme pour « Sustainable-Local-Organic-Wellness Learning-Inspiring-Fun-Experiences ». Et résume entièrement notre philosophie : le luxe intelligent. Une vision pionnière de tourisme responsable qui englobe une offre de vacances luxueuses et respectueuses de l’environnement.

Chaque hôtel Soneva n’utilise que des matériaux de construction locaux, bannit le plastique, ne consomme que de la nourriture issue de cultures maraîchères de proximité, utilise l’énergie solaire, désalinise l’eau de mer et récupère l’eau de pluie. Notre but étant de réduire notre empreinte carbone et d’être entièrement « décarbonisé » d’ici à 2015.

Notre mission est de développer un luxe intelligent qui induise un questionnement. Au XIXe siècle, le luxe c’était de s’habiller pour aller au bal, de déguster du champagne et de danser toute la nuit, entouré de marbre et de cristal. Aujourd’hui, les plus riches attendent un autre bouleversement. Leur quotidien n’est fait que d’enfermement.

A leur arrivée sur Soneva Fushi, lorsqu’ils délaissent chaussures, costume pour vivre au grand air, entourés de verdure et d’océan, pour expérimenter un vrai retour à la nature et à l’authentique, c’est un luxe qu’ils apprécient.

Vous êtes très impliqué dans le développement d’un tourisme écoresponsable depuis quinze ans. Votre vision a-t-elle évolué ?

Elle est beaucoup plus claire. L’un de nos buts – être neutre au niveau de notre empreinte carbone sur site à l’horizon 2015 – sera déjà réalisé en 2013 sur l’île de Soneva Fushi. Notre priorité est également d’absorber le CO2 induit par le tourisme sur Soneva Fushi et Soneva Kiri, incluant les vols de nos clients (85% du CO2 produit) et équivalant à 50 000 tonnes de CO2 par hôtel. Notre solution ?

 

La plantation de plus de 200 000 arbres à Chiang Mai en Thaïlande en 2012, par exemple, à travers l’ONG Plant a Tree Today. Ces arbres nous permettent d’absorber 160 000 tonnes de CO2.

Soneva va évoluer d’une société purement commerciale vers une entreprise plus sociale. Le fait de ne plus avoir d’investisseurs privés et d’être à nouveau maître de notre situation financière va nous offrir beaucoup plus de flexibilité pour développer nos projets sociaux. Notre activité se partagera désormais entre les hôtels Soneva et le Slow Life Trust, notre fondation créée en 2010.

Quels sont les enjeux du Slow Life Trust ?

L’idée aujourd’hui est de se situer à un niveau supérieur, global, et de tenter d’imposer notre concept de tourisme écoresponsable à l’ensemble des Maldives, et même plus loin.

Chaque année, lors de notre Slow Life Symposium que nous organisons à Soneva Fushi, Richard Branson, mais aussi des personnalités hollywoodiennes très impliquées, comme Edward Norton ou Daryl Hannah, viennent discuter avec les autorités des avancées en matière de développement durable.

D’ailleurs, Richard Branson soutient notre programme Hotel Water. Le concept est de ne plus importer d’eau, mais d’embouteiller une eau locale, sur site, approuvée par la FDA, produite par désalinisation et filtrage.

Et de reverser 10% du produit des ventes à des projets qui œuvrent à la mise à disposition d’eau potable pour ceux qui n’en disposent pas, c’est-à-dire plus de 600 000 personnes déjà en deux ans et demi d’existence. Cette idée rejoint celle de tout businessman : comment être écoresponsable et gagner de l’argent! 

Avec quel succès ?

La société Four Seasons l’étudie, le Ritz Carlton effectue des projets pilotes, des chaînes hôtelières asiatiques l’adoptent déjà. Nous voulons introduire ce concept dans toute l’industrie hôtelière. Nous pourrions générer plus d’un milliard de dollars si tous les hôtels du monde s’y mettaient. 

Votre concept de vente de villas privées Soneva, dont certaines coûtent jusqu’à 15 millions de dollars ; une réelle demande de la clientèle ?

Oui. Et depuis que nous nous sommes libérés d’actionnaires externes, c’est une manière de financer nos projets hôteliers et sociaux. Le groupe Soneva a été le premier à permettre d’ouvrir l’acquisition de résidences luxueuses à des étrangers. Aujourd’hui plusieurs villas ont déjà été achetées, la plupart par des Français, des Anglais et des Américains. 

Cristina d’Agostino

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