Bilan

Séoul, révolution culturelle au Pays du Matin calme

Ces dernières années, Séoul s’est imposé comme l’une des destinations les plus branchées pour l’art et l’architecture. En moins d’une génération, une véritable révolution culturelle a transfiguré la capitale du Pays du Matin calme. A tel point que sa scène culturelle, l’une des plus riches d’Asie, vous tiendra éveillé même la nuit. Aymeric Mantoux

Le SeMA (Seoul Museum of Art) a été créé en 1988 au moment des Jeux Olympiques de Séoul. Son exposition actuelle consacrée à l’artiste David Hockney connaît un succès sans précédent.

Entouré de montagnes, Séoul est une ville où les parcs verdoyants côtoient de sinistres quartiers grisâtres, les palais féodaux, l’architecture la plus futuriste. C’est devenu l’un des hauts lieux de l’art contemporain, du plus modeste au plus signifiant. Au crépuscule, Dongademun Design Plaza (DDP), posé en plein milieu de la ville, prend véritablement de furieux airs de soucoupe volante, lorsque ses multiples facettes vitrées se rétro-éclairent et que le pont en béton paraît prêt à accueillir une armée d’aliens envahisseurs. Le bâtiment néofuturiste, signé Zaha Hadid et Samoo illustre bel et bien le nouvel âge d’or arty de la capitale. Ouvert en 2014 pour accueillir des expositions d’architecture, de mode et de design, il est également le haut lieu de la Fashion Week locale qui a, elle aussi, pris beaucoup d’ampleur. Autour, cafés branchés, boutiques de designers et food trucks font du quartier un lieu prisé pour les promenades, même tard le soir, car le lieu reste ouvert 24 h/24 !

L’exposition «No Patience for Monuments» à la galerie Perrotin de Séoul (Crédits: Dr)

Avec sa vaste étendue et ses multiples quartiers arty, Séoul a quelque chose à offrir aux amateurs dans tous les registres, des plus classiques de Samcheong-dong aux plus branchés de Hyoja-dong. Séoul regorge de galeries et de lieux culturels à la pointe. Elle n’a pas grand-chose à envier aux plus grandes capitales mondiales, la Corée du Sud abritant quelques-uns des plus riches et puissantes fondations d’art contemporain du monde, comme celle de Kam Chang-il (Arario Museum) qui abrite des artistes comme Hirst, Tracey Emin, Lee Ufan et Koo Kang. Non loin du fameux palais impérial, haut lieu particulièrement visité par les touristes et les locaux, les plus anciennes galeries de la ville tiennent le haut du pavé sur Samcheong-ro, autrement dénommé « l’avenue des galeries ». Elles voisinent en effet avec le Musée d’art contemporain de Séoul, cela expliquant sans doute cela. La galerie Hyundai, ouverte en 1970, a longtemps fait figure de pionnière. Ryu Kyung-Chai, Bang Hai-Ja figurent parmi les artistes coréens de générations différentes à y exposer régulièrement, entre deux solos shows des grandes stars du monde entier. De grands artistes coréens établis comme Park Soo-keun ont contribué à l’essor grandissant, depuis dix ans, du marché de l’art coréen, dans la péninsule, comme dans le monde entier. Hyundai possède également deux autres espaces ainsi que Dugahun Gallery, et Window Gallery, et est un acteur majeur, incontournable de la scène artistique locale. Non loin de la Hyundai historique, PKM Gallery, fondée en 2001 par Park Kyung-mee, est rapidement devenue l’une des plus importantes également, représentant Olafur Eliasson, Darren Almond, ou les locaux Park Chan-Kyong et Cho Duck-hyun. De l’autre côté du parc, le district de Hyoja-dong accueille de plus en plus d’industries créatives. C’est là que la Gallery Factory et son esprit d’avant-garde se sont posés dans un espace postindustriel multimodal. Ateliers, talks, expérimentations se succèdent au gré d’un programme bien chargé de jeunes artistes coréens. A un jet de pierre se trouve le cube de béton et de verre de LeeAhn, dont l’influence à Séoul est des plus significatives. Construite par Suh Architects, la galerie est couronnée par une sculpture d’Antony Gormley qui avait fait débat lors de son installation.

La galerie Factory, dans le quartier de Seochon, est très active et collabore avec des artistes de renommée internationale. (Crédits: Dr)

Parmi les nouvelles galeries qui font parler d’elles jusqu’en Europe, 63 Sky Art Gallery. D’abord pour sa vue imprenable sur la ville, puisqu’elle est située à 260 m de hauteur, au 60e étage de la tour 63, elle propose des œuvres incroyables réparties dans trois espaces distincts ainsi qu’un café, entre autres attractions. Devenu iconique, l’immeuble ouvert en 1985 était alors le plus grand building en dehors des Etats-Unis. Il est un peu éloigné du centre, mais vaut le détour. Depuis il a été éclipsé par la tour Lotte World et ses 123 étages, dont la silhouette aurait été inspirée par les pinceaux et la calligraphie coréenne traditionnels. A l’étage, le chef triplement étoilé Yannick Alléno propose une version de sa « simple table », STAY, à la cuisine délicate, qui offre une vue imprenable sur la ville, surtout le soir. Un autre Français a posé ses valises à Séoul, c’est le galeriste Emmanuel Perrotin, qui est déjà installé à New York, Paris, Hongkong et Tokyo. Sur plus de 6000 m2, il donne à voir les plus grands artistes, français ou américains, tandis qu’il expose à Paris Kim Chong-hak. Juste retour des choses.

Le SeMA (Seoul Museum of Art) (Crédits: Dr)

Plus branché, dans le quartier de Gangnam, la boutique-galerie Fifty Fifty présente de jeunes artistes qui montent et organise de nombreuses rencontres pour les collectionneurs ou le public. Entre deux visites, Séoul regorge de lieux branchés, à la décoration contemporaine, où prendre un café et une part de gâteau comme alternative au traditionnel salon de thé. Comme Takeout Drawing, où de jeunes artistes locaux sont souvent exposés. Même les boissons et les friandises à l’esthétique soignée semblent des œuvres d’art. A deux pas, le microquartier de Cheongdam, qui bénéficie de l’attraction de Gangnam, s’est rapidement développé en un ensemble assez cool de galeries, de boutiques de luxe et d’institutions culturelles. Comme SongEun ArtSpace, installée sur trois étages et qui offre des expositions d’artistes locaux ou internationaux majeurs, ainsi que des coups de pouce à de jeunes talents locaux. Le café et le restaurant sont très agréables.

Il ne faudrait pas rater non plus le Leeum, Samsung Museum of Art, qui est une véritable œuvre d’art à part entière. Dessiné par Mario Botta, Jean Nouvel et Rem Koolhaas (excusez du peu), il héberge à la fois de grands artistes internationaux pour des rétrospectives monographiques, de l’art traditionnel coréen et des expositions contemporaines. Les deux bâtiments du musée se répartissent les époques et les styles, plutôt bien vu comme organisation de l’espace !

Les amateurs de street art en seront pour leurs frais dans le centre urbain administratif, très propre et très policé de la ville. Il leur faudra se rendre à Ihwa, village construit à la hâte dans les années 50 après la guerre de Corée, afin d’offrir aux réfugiés un habitat bon marché rapidement. Au mitan des années 2000, de nombreux artistes vivant dans ces maisons au loyer modeste, en partenariat avec la Mairie de Séoul, se sont mis à peindre les murs, les escaliers, et à disposer des fresques et sculptures dans l’espace public. Depuis, plus de 70 œuvres sont venues colorer le quartier. Cafés, boutiques d’artisanat ou ateliers de métiers d’art ajoutent au charme de l’endroit. Une après-midi passée à déambuler dans les ruelles charmantes d’Ihwa achèverait sans nul doute de vous convaincre que Séoul est fait pour les gourous du style… Mais lequel ? Tous.

La galerie Perrotin à Séoul inaugurée en 2016. Elle accueille des expositions et une librairie. (Crédits: Dr)

DDM 281 Eulji-ro, Gwanghui-dong, Jung-g

Leeum, Samsung Museum of Art,60-16 Itaewon-ro 55 gil, Yongsan-gu

Drawing Cafe, 683-139 Hannam-dong, Yongsan-gu

Hyundai Gallery, 14 Samcheoong-ro, Jongno-gu

Fifty-fifty, 53 Nonhyeon-ro 153-gil, Gangnam-gu.

63 Dky Art Gallery Yannick Alléno à Séoul, STAY, Tour Lotte, 29 Sincheon-dong, Songpa-gu

Gallery Factory, Jahamun-ro 10 gil 15, Jongno-gu

Leeahn Gallery, 9 jahamun-ro 12-gil, Jongno-gu

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