Bilan

São Tomé-et-Príncipe : les joyaux de l’Afrique

Indépendante depuis 1975, l’ancienne colonie portugaise dispose de tous les atouts pour séduire les voyageurs avertis: des plages désertes, une jungle mystérieuse et une population au sourire légendaire. Ce pays méconnu s’ouvre petit à petit au tourisme durable en misant sur la richesse unique de sa biosphère.

  • La nature intacte est le premier atout de São Tomé-et-Príncipe.

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  • Au mois de février, le carnaval prend ses quartiers dans tout le pays.

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fPieuvres, tortues, raies et mérous fréquentent les fonds marins de l’Etat insulaire. (Crédits: Dr)

Quand elle chantait les beautés de São Tomé-et-Príncipe, Cesária Evora évoquait « un petit pays où le vert est plus vert ». La diva aux pieds nus avait vu juste. Découvrir cet archipel, posé sur l’équateur à 200 kilomètres des côtes du Gabon, s’apparente à un plongeon dans une nature extravierge. Avec plus de 800 espèces de plantes et une variété infinie d’oiseaux et de papillons, les deux îles sont aujourd’hui reconnues comme réserve de biosphère par l’Unesco. Un paradis de l’écotourisme aux deux visages. D’un côté, São Tomé, l’exubérante, avec sa capitale animée et son Pico culminant à 2000 mètres d’altitude. De l’autre, éloignée de 150 kilomètres dans les eaux de l’océan Atlantique, Príncipe, l’intimiste avec sa jungle touffue et ses petits villages
coupés du monde.

Quiétude contemplative

Notre visite débute à São Tomé. Cela tombe bien car la principale île offre au visiteur une multitude de décors. Des savanes du nord aux forêts de brume du sud, les paysages édéniques défilent. Puis, la chaussée devient accidentée et gorgée d’eau, elle impose un rythme lent. Les véhicules tentent de l’apprivoiser, en vain. Ils titubent puis débouchent avec peine sur une plage cuivrée et déserte. D’imposantes vagues lèchent le sable onctueux de ce paradis caché. Les pérégrinations laissent place à la contemplation. Le guide, un jeune Santoméen, sourit: « Chaque fois que je viens ici, je suis envahi par une forme de quiétude, je ne me lasse jamais de cette beauté. Parfois, on aperçoit des oiseaux bleus, inconnus ailleurs. La nuit, ce sont les crabes qui patrouillent dans les parages. » Nous reprenons la route. Les pains de sucre trouent l’horizon. Le plus impressionnant, le Pico, pourrait être la demeure de King Kong. Ce phallus géant symbolise à sa manière la fertilité de ce pays où la forêt fait preuve d’une générosité ruisselante: corossols sauvages, fruits à pain, papayes, bananes, mangues, ananas et fruits de la passion y poussent à profusion. Mais la grande fierté des habitants, c’est le cacao. C’est à lui que l’on doit le surnom de São Tomé-et-Príncipe: les îles chocolat. Et plus spécialement à un homme, Claudio Corallo. C’est en 1992 que cet ingénieur agronome italien installe sa plantation de cacao sur Príncipe. Ses fèves, récoltées à la main, fermentent durant deux semaines dans des caisses en bois, sèchent ensuite dans d’anciens fours, puis sont grillées et broyées délicatement. Le chocolat ainsi obtenu recèle un patrimoine aromatique unique issu des terres volcaniques de l’île. Une île qui mise aussi sur la production locale pour alimenter les restaurants. En limitant au maximum l’impact écologique du tourisme, « 90% des mets que nous servons à nos hôtes sont cultivés sur l’archipel, nous devons faire le choix d’un tourisme intelligent, durable et créatif, précise Sergio Duarte, directeur général des hôtels Roça Sundy et Bom Bom Island Resort. La beauté de ces lieux est trop rare pour être gâchée, mais nous devons rester très vigilants car cet équilibre est extrêmement fragile.»

La destination se profile comme un paradis de l’écotourisme. (Crédits: Dr)

Une faune unique

Cette volonté affirmée d’attirer des voyageurs respectueux de l’environnement est aussi dictée par l’incroyable diversité de la faune. Il n’est pas rare de contempler des baleines s’amusant au large, gracieuses comme un mirage gravé sur la ligne de l’horizon. Entre novembre et mars, ce sont les tortues qui émerveillent les visiteurs en venant pondre sur les plages de Principe. Un ballet millimétré qui s’observe en silence. Quant aux amateurs d’ornithologie, ils viennent y admirer les 180 espèces d’oiseaux dont 30 endémiques, disséminées dans les forêts. Parmi lesquelles les choucadors, les martins-pêcheurs, les flamants nains, les ibis, mais aussi le fameux perroquet jaco. Direction São Antonio do Principe, petite ville de 5000 habitants dont les façades au crépi délavé des bâtiments coloniaux rappellent la grandeur passée de l’empire portugais et surtout l’humidité du climat équatorial. Dans le même temps, une autre réalité s’impose. L’état de délabrement des maisons et des routes nous rappelle que la moitié de la population vit en situation d’extrême pauvreté. Mais après des décennies difficiles, le pays se réveille. Grâce à sa jeunesse. Sur l’archipel, un habitant sur deux a moins de 12 ans. Et cela se remarque à chaque coin de rue. Guidés par une insatiable curiosité, les enfants accostent les voyageurs d’un jour avec un sourire vibrant de sincérité. Dans ce décor de carte postale où la population illumine chacun de nos déplacements, une seule ombre au tableau : les infrastructures. Sur les îles, aucun bancomat n’est à disposition des touristes, il convient donc de faire le plein d’euros avant le départ. Manuel Chablais, directeur de l’agence Ailes Voyages et spécialiste de la région, ajoute : « L’accès est le gros point faible. Bien que ce ne soit pas très loin, les vols proposés ne sont pas excellents. Il faut vraiment vouloir y aller, mais c’est ce qui fait le charme et l’exclusivité de cet endroit. Pour le reste, l’ambiance locale fait rapidement oublier les petits manques en matière de services. » Côté gastronomie, même si elle ne rivalise pas avec celle des hôtels luxueux aux Seychelles ou à l’île Maurice, l’offre de São Tomé-et-Príncipe fait cependant la part belle à la nature généreuse de ces terres fertiles. On retrouve une cuisine fortement inspirée par les spécialités du Cap-Vert, d’Angola, du Portugal et du Brésil. Comme la feijoada, un plat à base de haricots noirs, de viande de porc et de riz. Ou encore l’incontournable poisson frit accompagné de fruits tropicaux locaux (bananes, ananas et papayes). Le plat national est le calulu, un ragoût épicé de poisson ou de poulet agrémenté de riz et de légumes.

La jeunesse représente l’espoir de la nation santoméenne. (Crédits: Dr)

Attrait croissant

Nous repartons avec une conviction profonde. Ces deux confettis perdus au milieu de l’océan Atlantique possèdent les qualités pour devenir une destination phare du tourisme de luxe. Mais à leur échelle. Car l’espace est limité. D’une superficie totale de 1000 km2, les deux îles forment le deuxième plus petit Etat du continent africain. Biberonné à l’aide internationale depuis son indépendance, le pays n’a d’autre choix que de miser sur un développement maîtrisé afin de trouver de nouvelles sources de revenus. Avec une croissance annuelle de 13% des arrivées de voyageurs étrangers, l’ancienne colonie portugaise prend cependant peu à peu conscience de ses atouts. Sans pour autant céder aux chants des sirènes du tourisme de masse : « Ce serait impossible car le gouvernement tient à préserver ses trésors naturels, précise José Miguel Ferreira Mendes, directeur général d’Omali Lodge, hôtel situé à quelques encablures de l’aéroport international de São Tomé. Pour l’instant, les touristes viennent principalement du Portugal. Nous bénéficions aussi de l’émergence d’une classe moyenne au Nigeria et en Angola. » Sur la terrasse de l’établissement, un couple de trentenaires portugais s’émerveille à voix haute de la beauté de la destination. « Nous avons décidé de passer nos vacances ici car nous aimons la nature et détestons les hordes de touristes. Et nous ne sommes pas déçus, São Tomé-et-Príncipe est un pur bijou ! » On ne les contredira pas.

Situé à Principe, le Sundy Praia est le seul 5-étoiles de l’archipel. (Crédits: Dr)

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