Bilan

Rwanda. Par-delà la brume

Longtemps considéré comme la Suisse de l’Afrique, ce «petit pays» est l’un des plus préservés au monde. La faune et la flore y semblent intouchées, surtout dans les réserves naturelles où des lodges d’exception, opérés par Wilderness Safaris, permettent de vivre des expériences remarquables. Aymeric Mantoux

  • Paysage de collines et de forêts caractéristique d’un pays longtemps considéré comme la petite Suisse du continent noir

    Crédits: Dana Allen
  • Au Lodge de Bisate les toits ont été réalisés selon des techniques ancestrales avec des matériaux locaux mais une architecture contemporaine

    Crédits: Dana Allen

Aujourd’hui, hormis quelques stèles qui rappellent le massacre des Tutsis, rien en apparence ne permet de se douter des plaies profondes qui parcourent le pays d’Imana (ndlr: dieu unique ancestral des Rwandais), longtemps qualifié « d’enfant sage de l’Afrique ». On a du mal à croire ce que l’on voit. En découvrant ce pays montagneux, verdoyant comme l’Helvétie, aux pelouses manucurées et aux routes lisses comme un billard, difficile d’imaginer qu’il y a vingt-cinq ans le pays s’est transformé en enfer lors d’un conflit ethnique épouvantable.

Il faut trois heures trente de voiture depuis Kigali pour rejoindre la région nord orientale de Mutara, une partie du pays demeurée intacte depuis des milliers d’années. A elle seule, elle couvre près de 10% de la surface totale du Rwanda, un exploit inégalé. La route ultramoderne serpente entre les collines et les prairies fertiles couleur de blé en herbe. On écarquille les yeux, émerveillé par les collines qui foisonnent à l’infini, recouvertes d’une dentelle verte presque fluorescente après la pluie. Terrain de jeu des « Big Five », le parc national d’Akagera (créé en 1934) s’étend sur plus de 120’000 hectares de savane, à l’ouest du fleuve éponyme qui marque la frontière avec la Tanzanie. A 1500 mètres d’altitude, planté largement d’acacias, il offre un paysage accidenté, fait de lacs et de montagnes volcaniques. Au sein de la réserve, Wilderness Safari a obtenu une concession privée, Magashi Camp, où s’ébattent le roi des animaux et tous les mammifères les plus rares, jaguars, hyènes ou vautours. Dans les plaines qui séparent le lac Ihema de la Tanzanie voisine, des vols d’ibis blancs accompagnent des troupeaux de buffles, tandis que des hordes d’hippopotames disputent l’attention des visiteurs aux girafes, éléphants et rhinocéros. Autour virevoltent plus de cinq cents espèces d’oiseaux dont une grande partie sont endémiques, comme le touraco ou le barbet à face rouge.

Elephants, lions, léopards, hippopotames... la faune des parcs nationaux rwandais n’a rien à envier à la savane des pays voisins. Les Big 5 n’y sont pas rares. (Crédits: photosafari-africa.net)

Le sol écarlate en latérite est détrempé et couvert d’herbes grasses et de fleurs. Sur les bords de la piste, des milliers de papillons blancs et jaunes. Voici déjà les premières antilopes, les impalas, les topis, les zèbres et les éléphants, qui semblent plus noirs que les cumulus obscurcissant l’horizon. Ils sont immenses, impassibles, rien ne semble être à leur mesure. Encore vingt minutes de voiture après l’entrée du parc, et l’on rejoint les bords du lac Rwanyakazinga, où ne baignent pas moins de 700 hippopotames. Un petit bateau à fond plat permet d’accéder au lodge composé de six tentes surélevées qui font face au lac vers l’ouest avec pontons et sièges en rotin. Sur le pont en bois clair, le personnel de Magashi nous accueille en chantant en kinyarwanda, la langue nationale du pays, d’origine bantoue et parlée par tout le monde, « Welcome to Magashi ». Le lodge vient tout juste d’ouvrir ses portes après deux ans de travaux en pleine savane vierge. Avec une obsession: le respect des cultures et architectures locales et la collaboration avec les villages locaux pour l’approvisionnement.

Autour du lac, un vaste écosystème aquatique unique de marais forme l’« Akagera swamp ». C’est non loin de là, sur les hauteurs, que l’explorateur britannique Henry M. Stanley découvrait pour la première fois en 1877 la majesté de ce pays. Il écrivait : « 1800 mètres au-dessous de nous, se trouvait une terrasse herbeuse dominant le lac Windermere, dont la surface placide rivalise d’azur avec le ciel d’un bleu paradisiaque. » Il découvrait alors ce que tout le monde s’accorde à reconnaître aujourd’hui : le lieu de la source du Nil blanc.

De loin, on peut apercevoir, par beau temps, les chaînes de montagne Karagwe. Pendant la saison des pluies, le sol imperméable de latérite favorise la création de mares innombrables qui servent de piscine aux grands mammifères, comme le zèbre et le buffle, qui ont besoin de boire tous les jours.

(Crédits: photosafari-africa.net)

Après le thé glacé et les samossas, c’est l’heure de partir en « game drive ». Sur les bords du lac, des milliers d’animaux se retrouvent pour passer la nuit. Le « traker » connaît son bestiaire sur le bout des doigts. Après le dîner et un dernier verre d’Amarula on the rocks -la liqueur de fruit de marula dit arbre-éléphant car très prisé des pachydermes-, chacun rejoint sa luxueuse « tente » avec vue sur le lac. Et s’endort bercé par les hippopotames qui s’ébrouent, le pépiement des oiseaux et les crépitements nocturnes de la savane, quand ce n’est pas un orage tropical qui s’abat, sans prévenir.

Le lendemain, cap au sud-ouest sur la frontière ougandaise, à dix heures de route. Après cet avant-goût d’Afrique sauvage, c’est un véritable éden, le parc des volcans, à cheval sur trois pays, qui attend le visiteur. C’est là que Dian Fossey a œuvré pour la cause des gorilles et que le magnifique film « Gorilles dans la brume », qui lui rend hommage, a été tourné. Wilderness vient d’y ouvrir un lodge unique au monde, composé de quelques suites installées dans des nids sur la cime des arbres et qu’on croirait tout droit sortis du cerveau du Marsupilami et des forêts de Palombie.

Sur la route du retour vers Kigali, le ruban de bitume serpente entre les rizières, les champs de bananiers. Nous sommes le dernier jour de la semaine et les villageois qui circulent sur les bas-côtés semblent donner tout leur sens au mot « endimanché ». Les élégantes ont sorti leurs boubous en wax et les boucles d’oreilles en or, leurs maris le pantalon beige et la chemise à carreaux, quand ce n’est pas carrément le nœud papillon ou le costume gris. Certains parcourent plus de 20 km pour aller à l’église. On croise quelques vaches à l’ombre des eucalyptus qui bordent la nationale, entre deux « taxis bananes », des bicyclettes surchargées de régimes et poussées par les plus jeunes. L’altitude passe en quelques dizaines de kilomètres de 1300 à 2000 mètres. L’air fraîchit, la végétation change. Les eucalyptus et les épineux ont pris le relais des arbres de la savane.

1001 lacs, 1001 collines, par-delà les clichés, l’incarnation de l’Afrique éternelle (Crédits: Dana Allen)

Quelques kilomètres avant d’arriver à Bisate, on voit des gorilles partout. Sur les panneaux indicateurs, sur les devantures des boutiques peintes naïvement, sur la façade du Karisoke Research Center fondé par Dian Fossey qui offre aux visiteurs des informations précieuses sur les gorilles des montagnes pour lesquels elle a donné sa vie. La brume est accrochée aux cimes des montagnes que l’on devine au loin. Partout la terre noire, les champs jonchés de pierres volcaniques, cultivés sur des pentes vertigineuses. Au bout d’une route cahoteuse, on découvre, nichés au sein d’une colline verdoyante, six bulles en herbes séchées à l’architecture à la fois inspirée des anciens palais traditionnels des rois locaux, et de l’African masked weaver, oiseau tisserand très répandu dans le pays. Tels des nids, ils invitent au cocooning et à la rêverie. Et offrent une vue imprenable sur le volcan mont Karisimbi, qui culmine à 4507 mètres d’altitude.

Ici ce sont les grands singes que les voyageurs viennent admirer. Au Kenya ce sont les lions, en Namibie les girafes, au Rwanda ce sont les gorilles des montagnes. « Les gorilles, c’était la chance, le trésor, l’avenir du Rwanda, écrit Scholastique Mukasonga. On devait les protéger, agrandir au besoin leur territoire. Le monde entier avait confié au Rwanda une mission sacrée: sauver les gorilles. » Il ne reste aujourd’hui plus que 600 spécimens de ces primates que Fossey, entourée de locaux, défendit au péril de sa vie, par-delà les nuages. Aujourd’hui, moyennant la somme de 1000 dollars par jour et par personne, on peut passer la journée en trek accompagné, à la recherche de l’une des familles de gorille du parc. Une expérience absolument immanquable.

Pacifié, le Rwanda offre des traditions millénaires et ses populations sont particulièrement accueillantes (Crédits: CrookesAndJackson)

Au lever du jour, le 4X4 grimpe sur la pente du volcan, jusqu’à la forêt. C’est là que nous retrouvons les guides du parc. La marche débute à travers les champs des villages limitrophes du parc des volcans. Puis c’est une forêt de bambous dorés recouvrant une terre noire, spongieuse, qui nous attend, et dans laquelle chacun de nos pas s’enfonce. Les guides ouvrent des passages avec leurs machettes. Ils progressent vite, marchent pendant deux ou trois heures. Les arbres semblent soutenir une architecture végétale qui s’épanouit très haut dans le ciel, comme des dômes impalpables. Devenue difficile, la progression s’effectue à la machette sous une pluie battante. Soudain un bruit retentit, comme un craquement dans les arbres. « C’est le dos argenté, il est là », murmure Innocent, le traqueur, qui s’accroupit aussitôt et nous fait signe de l’imiter. Il fait un drôle de bruit avec ses lèvres. Le guide nous montre une étroite trouée au travers des broussailles : « Le sanctuaire des gorilles », dit le guide. C’est là qu’ils ont fait leur nid la nuit dernière, en témoignent les épluchures de pousses de bambous qui jonchent le sol. Ce matin, au réveil, nous les surprenons donc au moment de leur petit-déjeuner, premier de leurs trois repas quotidiens, à base de plus de 200 espèces de végétaux. Une dizaine de gorilles, dont le chef de famille, regardent dans notre direction. Les femelles se regroupent en cercle informel. Les petits gambadent, mâchent des pousses de bambou. Nous n’avons droit qu’à une heure, protection des gorilles oblige. Le temps s’écoule, trop vite. Les guides nous font alors signe de nous retirer. Sans faire de bruit, nous repartons sur nos pas vers les voitures, trempés, mais le souvenir exceptionnel des gorilles gravé dans nos mémoires.

Changement d’ambiance à Bisate. Le feu a été allumé dans la cheminée et l’eau chaude coule dans la baignoire d’où l’on observe les cimes des volcans. Le lieu semble créé pour permettre au voyageur de calmer ses esprits, occupés par la richesse d’un patrimoine culturel et naturel dense. Une ultime étape qui incite à la lecture, et quoi de mieux que les nouvelles saisissantes de l’écrivaine rwandaise Scholastique Mukasonga pour terminer l’aventure.

(Crédits: Danna Allen)

Infos pratiques 

Rêves Afrique, qui a organisé le voyage sur place, est une petite agence genevoise animée par de véritables broussards passionnés d’Afrique. Depuis vingt-cinq ans, ils testent les lodges, les circuits et possèdent une vraie connaissance des destinations qu’ils proposent. Leurs recommandations à forte valeur ajoutée et leur accompagnement personnalisé valent de passer par eux. Prix par personne pour les vols en éco avec Brussels Airlines et le circuit 8 jours/7 nuits (2 nuits à Kigali B&B, 2 nuit à Magashi et 2 nuits à Bisate en pension complète et certaines boissons, les activités guidées non privatives, 1 permis gorille) : Haute saison (juin-oct, mi-dec-fev), CHF 10’950.-

Basse saison, CHF 7’850.-

1, rue de Grenus, Genève.
Tél.: + 41 22 300 30 30, reves-afrique.ch

Wilderness Safaris, fondé en 1983, est le principal opérateur d’écolodges de luxe en Afrique, dont le Rwanda avec deux lodges: le Magashi Camp, au sein du Parc National Akagera, et le Bisate Lodge, près du Parc National des Volcans. Engagé dans le tourisme durable, Wilderness Safaris offre le service le plus haut de gamme que l’on puisse trouver en safari. Architecture recherchée, nourriture raffinée à base de produits frais et locaux, personnel et guides de haute volée. Compter 1000 à 1500 fr. par nuit et par personne à Bisate tout compris (sauf le permis gorilles en sus) et 350 à 500 fr. par nuit et par personne à Magashi).

www.wilderness-safaris.com

Quand y aller

La haute saison va du 1er juin au 15 octobre et du 16 décembre au 29 février. Le climat est relativement tempéré toute l’année au Rwanda, les températures varient entre +15 °C et +30 °C, sauf dans les montagnes où il fait plus frais et pleut plus souvent.

Bilan Luxe

Lui écrire

Du même auteur:

Chic Team
Votez pour l'Homme de l'année 2015

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."