Bilan

Rouler Vintage, un rêve abordable

Si les classiques voitures de collection vous ont longtemps fait rêver, Bilan Luxe vous propose six «fuori classe» à s’offrir sans se ruiner.
  • Bentley: Livrée biton très classique Crédits: Dr
  • Intérieur somptueux, avec une patine inimitable Crédits: Dr
  • Flèche aussi désuète que charmante Crédits: Dr
  • Signe de distinction aristocratique, symbole d’un certain art de vivre Crédits: Dr
  • Lagonda: Carrosserie biton et portes «suicide», comme pour la Bentley Crédits: Dr
  • Une ligne étonnamment fluide et élancée pour l’époque Crédits: Dr
  • «Chargez les bagages, Nestor, Madame et moi descendons sur la Côte!» Crédits: Dr
  • Mercedes: Une ligne très réussie... Crédits: Dr
  • ... due au Français Paul Bracq. Crédits: Dr
  • Belle restauration complète, y compris pour l’intérieur. Crédits: Dr
  • Une mécanique fiable pour les 230 et 280 SL. Crédits: Dr
  • Volvo: Se méfier des rivages en présence de Vikings... Crédits: Dr
  • Avec une telle ligne, difficile d’imaginer une voiture du Nord... (surtout en rouge!) Crédits: Dr
  • ... mais une fois à l’intérieur, pas de doute possible! Crédits: Dr
  • Jensen Healey: A choisir, préférez les couleurs de carrosserie foncées, les pare-chocs passent (presque) inaperçus. Crédits: Dr
  • Un intérieur simple, sans extravagance ni chichi, mais très fonctionnel. Crédits: Dr
  • Ferrari: La robe du soir noire - signée Bertone - de cette 308 lui confère une fière allure... Crédits: Dr
  • ... qui s’apprécie aujourd’hui davantage qu’hier. Crédits: Dr
  • Volant trois branches gainé de cuir, interrupteurs à bascule, grille de boîte typique: voilà de quoi réveiller passablement de fantasmes! Crédits: Dr

Dans la tête de tous les amateurs de chiffres et d’automobiles, il y a des montants qui résonnent sèchement: 35 000 000 de dollars pour la Ferrari 250 GTO de Stirling Moss, 19 600 000 de livres pour la Mercedes W196 de Fangio, 16 400 000 de dollars pour une Ferrari 250 Testa Rossa.

Il faut écrire ces sommes sans les abréger pour tenter de les rendre plus concrètes, sans quoi elles confinent à l’abstrait le plus total. Le luxe dans toute sa démesure, sa folie, avec pourtant sa part de réalisme froid lorsqu’il est gagné par des motivations de pure spéculation comme c’est parfois le cas.

Redescendons sur terre. Oublions les nombres à sept chiffres et plus, pour nous pencher sur quelques belles endormies qui pourraient offrir le plaisir insoupçonné de passer du rêve de jeunesse à la réalité.

Cette sélection – partiale, arbitraire et incomplète – évite volontairement les prétendus incontournables du genre pour s’intéresser de plus près à quelques «pépites» en devenir, des modèles classiques des années 1950 à 1970, pas forcément rares mais passés entre les mailles d’un marché mondial estimé à 55 milliards de dollars.

Un marché de la voiture de collection qui a vu – selon un indice compilé par le Financial Times – ses prix s’envoler de près de 400% en dix ans, faisant passer ceux des œuvres d’art (195%), des grands vins (166%) ou encore des montres de collection (76%) pour des enfants de chœur. De quoi joindre ainsi le futile à l’agréable, sans perdre la raison… ni la confiance de son banquier!

 1950 – difficile après-guerre

1. Bentley Mk VI Saloon, 1949 (env. 55 000 francs)

Marque mythique depuis ses exploits réalisés au Mans dans les années 1930, Bentley propose avec ce modèle une des premières grandes routières d’après-guerre. Confort royal, silence de cathédrale, qualité de fabrication sans égale, facilité d’utilisation déconcertante.

La voiture idéale pour celui qui souhaite rouler «décalé», un brin dandy, sachant déguster le voyage comme une expérience en soi. Le large sourire des passants en prime. Le nombre important d’exemplaires construits (plus de 5000) ne doit toutefois pas faire oublier l’état parfois calamiteux de certains aujourd’hui, perdus à jamais au vu des coûts exorbitants d’une restauration complète.

Dans l’automobile d’après-guerre, les ravages du conflit apparaissent cruellement. L’outil de production a été en grande partie détruit, les matériaux de qualité manquent, les projets restés sur les planches à dessin doivent être retravaillés. Malgré un contexte difficile, les perspectives réjouissantes excitent bien des esprits. Les Anglais sortent du bois les premiers, et Bentley n’est pas en reste.

L’exemplaire photographié, vendu neuf en Suisse et n’ayant connu que deux propriétaires, présente un état doublement intéressant. Non seulement il n’a jamais fait l’objet d’une restauration - totalement d’origine, il possède une patine inimitable - mais il a de plus bénéficié d’un entretien suivi pendant plus de 60 ans. Voilà qui en fait, comme le rappelle à juste titre Christoph Grohe, «une pièce unique».

Si d’aventure vous souhaitiez l’acquérir et la repeindre en gris pour mieux l’accorder à la façade de votre humble demeure, pas la peine de contacter le spécialiste, il ne vous la cèderait pas. Au titre du respect du patrimoine automobile, héritage sacré parce que tout simplement irremplaçable une fois sacrifié.

Certains peuvent s’étonner d’un prix devenu étonnamment accessible aujourd’hui. Rappelons à ce propos que le volume total de Bentley Mk VI construites dépasse les 5’000 exemplaires, chiffre remarquable pour l’époque, ce qui contribue à maintenir une cote basse.

Tous les spécimens ne constituent pas pour autant une aubaine! Le prix de vente de l’époque - avoisinant les CHF 46’000.- (soit environ CHF 200’000.- actuels), ce qui en faisait l’une des voitures les plus chères au monde! - confirme qu’il s’agit bel et bien d’un véhicule d’exception.

Le prix des pièces détachées - d’ailleurs pour la plupart disponibles - s’en ressent fortement, obérant ainsi tout projet de restauration d’envergure. Les exemplaires en état remarquable sont donc plus que jamais à privilégier!

Au volant, c’est «luxe, calme et volupté», pourrait-on dire. Embrayage léger, moteur souple, freins efficaces, la (bonne) surprise est au rendez-vous. Sa ligne un brin baroque laissait présager une conduite d’un autre temps, avec ses difficultés. Il n’en est rien.

Cette grande dame bien mise, distillant avec un charme délicieusement suranné les bonnes manières d’une époque révolue, sait rendre la vie à son bord aussi agréable que pratique. Les passagers disposent d’innombrables et délicates attentions (miroirs de courtoisie éclairés, tablette pique-nique en bois noble (il va sans dire), cuirs somptueux, etc.) alors que le conducteur peut - détail aussi pratique que cocasse - vérifier le niveau d’huile depuis l’habitacle, tout en roulant.

La Bentley Mk VI Saloon, ou l’art de considérer le voyage pour lui-même, hors des habituelles contraintes de temps. Un luxe rare et ô combien appréciable.

Photos Alain Grosclaude - www.luxinteriorimages.com

Avec nos remerciements à Markus Jerger (www.chateau-allaman.ch) pour son accueil

2. Lagonda 3.0 litres Drophead, 1953 (env. 70 000 francs)

Dotée d’un vigoureux moteur dessiné par W.O. Bentley himself, à la pointe de la technique de l’époque (double arbre à cames en tête notamment), la Lagonda séduit par une ligne très élégante. Tout comme la Bentley, monter à son bord se fait grâce à des portes «suicides» (ouverture à l’envers), ce qui lui confère un charme indéniable.

Cette version découvrable très confidentielle (270 exemplaires, toutes versions confondues) distille le plaisir de l’exclusivité à un tarif très abordable: Shocking!

Récemment acquise par son nouveau propriétaire lors d’une vente aux enchères en Suisse, ce très bel exemplaire fera prochainement l’objet d’une révision mécanique. De quoi envisager sereinement de belles balades aux premiers jours de beau temps, au printemps prochain!

1960 – La liberté des années folles

3. Mercedes Pagode, 1966 (env. 60 000-90 000 francs selon le modèle)

Succéder à la mythique 300 SL ainsi qu’à sa petite sœur, la 190 SL, représentait un défi hautement risqué. Le modèle présenté en 1963 l’a relevé avec brio. Magnifiquement dessinée par le Bordelais Paul Bracq, la «Pagode» – ainsi nommée en raison de son toit incurvé – constitue aujourd’hui un excellent compromis entre les charmes d’une ancienne et une grande facilité d’utilisation.

A la fois coupé, cabriolet et roadster, cette Mercedes s’avère confortable, fiable, rapide, mais pas sportive pour autant. Disponible en trois motorisations (2,3 l, 2,5 l et 2,8 l) et deux transmissions (manuelle et automatique), elle permet à chacun de trouver chaussure à son pied.

Entièrement restaurée - mécanique, carrosserie et intérieur - par des artisans italiens au savoir-faire précieux mais encore abordable, cette 230 SL s’apprête à vivre une seconde vie. A noter qu’il vaut mieux éviter d’acquérir une 250 SL, réputée fragile. 

4. Volvo P1800, 1968 (env. 35 000 francs)

Dotée d’une mécanique à la robustesse légendaire, la P1800 bénéficie – fait rare pour cette marque suédoise davantage portée sur la sécurité que sur l’esthétique – d’une ligne élégante, distinguée, assez latine. Résultat: en douze ans de production, près de 60 000 acquéreurs se sont laissé charmer.

Devenue rare aujourd’hui, l’intérêt qu’elle suscite augmente. Pas véritablement sportive bien que disposant de performances suffisantes pour s’intégrer au trafic actuel, sa vocation demeure la balade d’agrément. Un choix judicieux pour qui souhaite une voiture de collection sans caprice, disposant d’une plastique avantageuse.

Les Suédoises - à quatre roues - ne font que rarement rêver. En voici une qui - tout comme les premières Saab - possède de sérieux atouts. Ligne ne manquant pas de caractère, mécanique d’une fiabilité proverbiale, sans oublier une simplicité d’utilisation désarmante. Dans ces conditions, pourquoi la bouder plus longtemps...?

1970, Vous avez dit choc pétrolier?

5. Jensen Healey, 1974 (env. 25 000 francs)

Agile, légère et très vivante, la Jensen Healey représente l’archétype du cabriolet anglais des seventies. Méconnue par rapport à la MGB, la Jensen offre un moteur bien plus tonique que sa rivale.

Développé par Lotus, ce 4 cylindres 16 soupapes – précurseur pour l’époque avec son double arbre à cames en tête et premier moteur multisoupapes produit en masse – développe la coquette puissance de 140 CV, largement suffisante en regard du poids contenu de l’auto (une tonne environ).

Avec sa ligne anguleuse, parfois décriée mais typique de sa génération, la Jensen procure un réel plaisir de conduite pour une cote très abordable. A (re)découvrir!

Archétype de la voiture de sport anglaise des années 70, la Jensen peut se targuer d’une mécanique novatrice. Moteur réalisé en aluminium doté d’une culasse 16 soupapes, puissant, endurant (après quelques mises au point toutefois) et souple, voilà des caractéristiques qui - pour l’époque - n’étaient pas courantes. Le comportement est sain, assez vif mais pas vicieux pour autant.

6. Ferrari 308 GT4 Dino, 1979 (env. 55 000 francs)

Arborant pourtant le célèbre blason au cheval cabré, dotée de solides qualités, la Dino quatre places représente l’archétype de la voiture mésestimée. La Dino 246 a vu sa cote s’envoler ces dernières années, le jour viendra – c’est certain! – pour la 308.

Avec son V8 3.0 litres de 255 CV, sa ligne audacieuse signée Bertone, il s’agit de la dernière Dino produite (et première Ferrari à l’être sous l’ère Fiat).

Son excellent comportement routier dû à la position centrale arrière du moteur la rend très vive et joueuse. Produite à moins de 3000 exemplaires, dont beaucoup ont déjà succombé à un entretien approximatif parce que coûteux, le potentiel collection d’un spécimen en excellent état s’avère très intéressant!

Avec une ligne boudée à sa sortie, la Ferrari signée Bertone et motorisée par un très beau 8 cylindres maison constitue aujourd’hui une belle opportunité d’entrer dans le monde de la voiture de collection.

Attention toutefois aux modèles qu’un prix d’achat attractif depuis quelques années aura rendu accessible à des propriétaires désargentés et peu scrupuleux sur l’entretien. La mécanique est jugée fiable, pour autant naturellement qu’on lui prodigue le minimum de soins nécessaires!

Photos Alain Grosclaude - www.luxinteriorimages.com

Vous n’avez pas trouvé votre bonheur parmi les voitures présentées? Lorgnez donc du côté des Lancia Fulvia (1965-1976), Triumph GT6 (1966-1974), Maserati Kyalami (1977-1983), Lamborghini Espada (1968-1978), Porsche 928 (premiers modèles, à partir de 1978), Citroën SM (1970-1975), Alfa Romeo Montreal (1971-1974) et autres Jaguar XJ6 (premiers modèles, à partir de 1968)!

Ladermannsebastiennb
Sébastien Ladermann

FONDATEUR DES EDITIONS ALPAGA

Lui écrire

Editeur, journaliste indépendant et spécialiste en communication, Sébastien Ladermann est passionné de gastronomie et de voitures anciennes notamment. Deux thèmes qui l’inspirent au quotidien dans ses diverses activités, au point de nourrir une intense réflexion sur l’art de (bien) vivre et d'avoir consacré aux plus prestigieux chefs de cuisine lémaniques un ouvrage novateur (Portraits (intimistes) de chefs, paru aux Editions Alpaga) préfacé par F. Girardet, Ph. Rochat et G. Rabaey.

Du même auteur:

Les grandes tables de l’horlogerie
Le dîner idéal

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."