Bilan

Rouler en hypercar, la bonne affaire?

Rouler en hypercar, c’est grisant. Mais quand le temps des révisions arrive, le plaisir est-il encore entier? Si les coûts d’utilisation donnent le tournis, l’addition finale peut réserver de très bonnes surprises.

  • La complexité du système électrique et électronique embarqué sur la Ferrari LaFerrari Aperta exige qu’elle soit toujours branchée à l’électricité lorsqu’elle est au garage. Une fois sa batterie vidée, les dégâts occasionnés peuvent s’élever jusqu’à 65’000 euros, dont 8’341 euros pour la seule batterie.

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  • 100'000 francs pour les freins à disque en alliage carbone-céramique de la McLaren P1

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Avant tout, entendons-nous sur le vocabulaire. Il y a quelques années, on parlait de supercar au sujet des Ferrari Enzo, Porsche Carrera GT ou Mercedes McLaren SLR, des voitures très exclusives produites en édition limitée et dont la puissance avoisinait les 700 chevaux. Elles représentaient alors le « pinacle » de l’automobile. Depuis, bon nombre de constructeurs ont ajouté à leur catalogue des modèles aux performances similaires, mais produits en grande série. Il a donc fallu inventer un nouveau mot: hypercar. Si la nuance entre ces deux définitions reste floue, l’hypercar se distingue aujourd’hui par le nombre de chevaux, souvent plus de mille, et les millions de francs qu’il faut débourser pour se l’offrir.

Aujourd’hui, il est relativement facile de se procurer une supercar. Son achat – le prix est souvent en deçà du demi-million – peut être financé par un leasing. Prenons l’exemple d’une Ferrari 812 Superfast. Ce modèle couronne la gamme actuelle des voitures de série du constructeur au cheval cabré. Son prix avoisine les 400 000 francs selon les options. Acheté en leasing, il en coûtera approximativement 8000 francs par mois, hors assurances et immatriculation.

Peu d’élus pour l’hypercar

Passons au modèle supérieur, l’hypercar. Toujours chez Ferrari, la marque livre actuellement LaFerrari Aperta. Malgré son prix, environ 2 millions d’euros, les 200 exemplaires produits ont tous rapidement trouvé preneur. Là, une double sélection naturelle s’opère. En termes de fortune d’abord: pour ce genre de voitures, un acompte pouvant s’élever jusqu’à 1 million de francs peut être demandé à la commande. Pas de financement ou de leasing possible, il faut disposer du montant en cash. Remplir cette première obligation ne garantit toutefois pas de pouvoir s’offrir l’hypercar tant désirée. Reprenons l’exemple de LaFerrari Aperta. Comme souvent à ce niveau d’exclusivité, la demande a largement dépassé l’offre. Ainsi, il faut montrer patte blanche avant d’avoir le privilège d’apposer sa signature au bas du fameux bon de commande. Ferrari exige que vous soyez client régulier et connu de la marque et que vous possédiez plusieurs exemplaires récents et historiques portant le cheval cabré.

Pour mieux illustrer cette différence de catégories, le groupe Volkswagen, propriétaire des marques Lamborghini, Bentley et Bugatti, s’est livré à une étude de clientèle fort révélatrice. Le client Bugatti, dont le prix du modèle le moins cher avoisine les 2,5 millions d’euros hors options et taxes, possède en moyenne 84 autos, 3 jets privés et 1 yacht. En comparaison, le conducteur de Bentley se contente lui de
8 voitures, selon la même statistique. Cela mène à une autre constatation: lorsque l’on possède 84 voitures, on ne prend que rarement le volant de chacune d’entre elles. Dans le cas de Bugatti, le kilométrage annuel moyen se limite à 1000 km.

Sur la Bugatti Chiron, le prix du service a été divisé par deux, passant de 24 000 francs à 12 000 francs (Crédits: Dr)

Une pièce détachée vaut le prix d’une voiture de série

Une fois passé cet écueil à l’achat, voici notre client au volant de son beau bolide. Il faut commencer par l’assurer, une somme comprise entre 30 000 et 50 000 francs par an. A ce tarif-là, beaucoup de propriétaires font le choix étonnant de se passer de contrats de casco partielle ou complète, préférant assumer les risques en s’en tenant à une RC de base. Mais attention à la casse ! Une seule touchette et l’économie réalisée s’est envolée. A titre d’exemple, une face avant de la McLaren P1 est facturée 38 955 francs, hors main-d’œuvre!

Pourtant, selon Jérôme Della Santa, directeur du garage Klausen à Gland et spécialiste des véhicules historiques et d’exception, le coût d’utilisation quotidienne d’une hypercar a fortement diminué ces dernières années, la plupart des constructeurs offrant désormais des garanties avec services gratuits sur trois ou quatre ans. Les avancées technologiques ont également permis d’abaisser le prix des pièces d’usure. Ainsi, un jeu de plaquettes de frein sur une McLaren P1 ne coûte que 1800 francs.

« Mais attention, il y a un point qui change radicalement tout : la plupart des clients veulent conduire leur voiture sur circuit, poursuit-il. Là, la donne est tout autre, puisque les constructeurs, à l’exception notable de Porsche, coupent leur garantie. » Et les coûts explosent. Freins, pneus… des consommables censés durer plusieurs années en utilisation normale s’usent en une seule sortie. Dans le cas d’une McLaren P1, les freins à disque en alliage carbone-céramique sont quasi indestructibles sur route ouverte. Par contre, il peut arriver qu’il faille les changer après une utilisation sur piste. Tarif : 100 000 francs les quatre. Un coût à mettre dans la balance, si l’on sait que le prix à l’achat de ce modèle, produit à 375 exemplaires, avoisinait 1,2 million de francs.

Autre exemple, Bugatti offre désormais sur sa Chiron une garantie de quatre ans, service compris, alors que la Veyron n’en bénéficiait pas. Mieux : il fallait auparavant changer les quatre roues (jantes et pneus) tous les 4000 km ou à chaque fois que la voiture dépassait les 400 km/h, une opération devisée à 40 000 francs. Ces exigences ne sont plus de mise sur le nouveau modèle, dont le prix du train de pneus s’élève à 14 000 francs. Le prix du service a, lui, été divisé par deux, passant de 24 000 à 12 000 francs.

La spéculation dans le viseur

Nous en arrivons à la bonne surprise que peut réserver l’achat d’un tel véhicule: le prix. Il est en effet possible de rouler en hypercar gratuitement. Comment? Le simple fait de disposer du cash ainsi que d’avoir le pedigree nécessaire à son achat peur s’avérer bancable. Ainsi, la Ferrari LaFerrari, dont les 500 exemplaires produits étaient proposés à 1,2 million d’euros en 2013, se revend aujourd’hui entre 2,5 et 3 millions de francs. Soit de quoi faire un joli bénéfice, même en ayant payé tous les coûts d’utilisation. Sa petite sœur Aperta, datant de l’année passée et vendue neuve aux alentours des 2 millions d’euros hors taxes, fait encore mieux: certains exemplaires sont déjà en vente pour 6 millions d’euros ! Même sur une Bugatti Chiron, dont pourtant certains des 500 exemplaires prévus sont encore disponibles, il est possible de faire un bénéfice: certains clients sont prêts à dépenser un demi-million de plus pour ne pas avoir à attendre les délais de livraison!

Mais attention à ne pas tomber dans le piège. Alors qu’une nouvelle génération d’hypercars s’apprête à arriver sur le marché, dont la Mercedes-AMG One et l’Aston Martin Valkyrie, les constructeurs prennent des mesures contre ce type de spéculation, en insérant dans le contrat de commande une clause de revente interdite dans un laps de temps donné. Entre coup de cœur et coup d’assommoir, l’hypercar a encore une longueur d’avance.

Jorge Guerreiro

FONDATEUR DE JSBG.ME

Lui écrire

Après avoir travaillé dans des domaines aussi variés que l'industrie du disque ou l'hôtellerie, Jorge S. B Guerreiro a lancé en juin 2010 le blog JSBG.me (JSBG, comme ses initiales). Depuis, toute une équipe de chroniqueuses a rejoint le projet. Devenu petit à petit un véritable webzine, JSBG.me se décline désormais également, en plus du français, en anglais et brésilien et couvre un choix éclectique de sujets: de la mode à la musique, en passant par les voyages, le design, l’horlogerie ou le cinéma.

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