Bilan

Roma et Portofino M, c’est la dolce vita chez Ferrari

Le cheval cabré est passé au galop ! Alors que Ferrari bat des records de vente, son ambition ne connaît pas de limites. En attendant de s’attaquer aux marchés des hybrides et des SUV, la marque lance coup sur coup deux modèles à moteur V8 destinés à conquérir un nouveau segment de clientèle, la Roma et la Portofino M.

Crédits: Dr

On avait connu les constructeurs de sportives italiennes bien plus avares en nouveautés. Dans les années 90, la sortie d’un nouveau modèle Ferrari s’apparentait à un évènement national. Ce temps là est désormais révolu. Depuis son introduction en bourse en 2016, plus rien n’arrête le constructeur de Maranello. Pas moins de cinq nouveaux modèles ont été présentés en 2019. Et alors que deux autres sont prévues cette année – dont la Ferrari Portofino M – de nombreux et mystérieux prototypes se bousculent en ce moment sous les yeux des paparazzi.

Jusqu’ici, la gamme au cheval cabré s’appuyait sur quatre axes. Côté moteur V8, le cabriolet et la berlinette sportive, rôles occupés par la Portofino et la F8 Tributo. Et du côté du noble V12, la majestueuse 812 Superfast, un coupé à moteur avant, et la GTC4 Lusso – qui tire sa révérence ces jours-ci – la grande voyageuse 4 places (qui offrait d’ailleurs le choix entre les deux motorisations). Restait donc de l’espace pour un coupé à moteur V8 central avant. Ce fut la Roma, un modèle développé en catimini et que personne n’avait vu venir. Il faut dire qu’il fallait garder un certain secret au vu de la puissance de la concurrence sur ce secteur. A travers la Roma, Ferrari s’attaque frontalement à Bentley, Aston Martin, BMW, Porsche et Mercedes-AMG, en faisant du pied aux clients qui rêvent du plaisir de conduire et des performances hors normes d’une Ferrari mais qui en sont repoussés par l’image « tape-à-l’œil ». A Maranello, on estime ainsi que la Roma sera la première Ferrari de 70% de ses acheteurs.

Pour ce faire, Flavio Manzoni, le chef du design de la marque, a donné à la Roma une robe moins exubérante mais plus élégante que les autres modèles Ferrari. Au bout d’un long capot, les phares reprennent la nouvelle signature lumineuse de la marque inaugurée sur la Monza. La calandre rompt avec la traditionnelle grille pour un canevas très voiture électrique. A l’arrière, les iconiques feux ronds cèdent la place à deux paires de galets hi-tech.

L’intérieur n’est pas en reste : une luxueuse sellerie en cuir se voit flanquée d’une batterie d’écrans entièrement digitaux bien dans l’air du temps. Un petit pavé tactile sur le volant permet de naviguer sur ces instruments comme sur un smartphone. Ils répondent aussi à une commande vocale que l’on déclenche d’un “Ciao Ferrari!” Double clin d’oeil au passé : les boutons qui pilotent la boîte reprennent le mythique dessin de la grille en alu et la clef du véhicule n’est autre qu’un blason de capot Ferrari venant s’intégrer dans la console centrale.

Une luxueuse sellerie en cuir mariée à une batterie d’écrans digitaux tactiles, y compris pour le passager : le luxe contemporain selon Ferrari. (Crédits: Dr)

Mais attention, sous sa robe de belle GT se cache une authentique super-car. Le V8 3.9lt biturbo maison, élu meilleur moteur du monde à plusieurs reprises, est porté à 620 ch pour un couple de 760 Nm. Il est couplé à la nouvelle et ultra rapide boîte de vitesses robotisée à 8 rapports maison étrennée sur la SF90 Stradale. Et pour la première fois sur une GT de la marque, le célèbre manettino inventé par Michael Schumacher se voit doté d’un mode Race. Les performances sont ahurissantes pour la catégorie : le 0 à 100 km/h est biffé en 3”2 et la vitesse maxi fixée à 320 km/h.

En conséquence, celle que l’on qualifiait d’entrée de gamme Ferrari, la Por-tofino, se devait de se mettre au diapason. C’est ainsi qu’à peine deux ans et demi après sa sortie elle bénéficie d’une remise à niveau technique ac-compagnée d’un léger restylage esthétique. Désormais baptisée Portofino
« M » – pour Modificata – elle se voit équipée du même ensemble moteur / boîte que la Roma.

Tant cette Portofino M que la Roma sont capables de rentrer au trot après avoir galopé. Dans un grand confort acoustique, on peut s’attaquer sans arrières pensées à des voyages au long cours à des vitesses légales. Et une fois en ville avec la boîte passée en mode automatique, les mener n’est pas plus complexe que d’aller au travail en petite citadine. Lecture des panneaux, caméras 360° et alertes de franchissement simplifient la tâche. Ferrari a pensé à tout, même à l’éventuelle réticence des clients à l’achat d’une italienne, en promettant sept ans d’entretien à la signature du bon de commande.

Le constructeur italien ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Au-delà de cette attaque massive sur le segment des grand tourisme, Maranello a déjà annoncé la sortie prochaine de son premier véhicule hybride tout comme celle de la Purosangue, le futur SUV de la marque voué à la conquête de nouveaux marchés.

Cette stratégie de multiplication de l’offre semble porter ses fruits. Alors que la valeur initiale de l’action Ferrari avait été fixée à 43 euros lors de son introduction en bourse le 4 janvier 2016, le cours actuel flirte avec les 160 euros, ce qui porte la valorisation totale de l’entreprise à plus de 34 milliards de dollars. Une somme à mettre en perspective avec celle de FCA (ex-groupe FIAT et actionnaire de Ferrari), qui plafonne à 20 milliards de dollars malgré des ventes attei-gnant le million de voitures par an, 100 fois plus que Ferrari. Maranello a en effet franchi pour la première fois de son histoire la barre des 10’000 ventes en écoulant 10’131 véhicules à travers le monde en 2019, un chiffre en progression de 9,5% sur un an (9251 véhicules en 2018). Il faut ajouter à cela son exceptionnelle rentabilité : une marge opérationnelle de 23,2 %, soit l’équivalent de € 86’369 euros de profit sur chaque voiture vendue. C’est simplement 67 fois plus que Mercedes…

Remise à niveau technique et restylage esthétique justifient l’ajout de l’appelation Modificata au cabriolet Portofino. (Crédits: Dr)

Ferrari a démarré 2020 sur les chapeaux de roue en livrant 2738 unités sur les trois premiers mois de l’année, soit une augmentation de 4,9% par rapport à 2019. Une hausse interrompue au second trimestre suite à la fermeture de l’usine pendant le confinement. Un arrêt de la production qui a entraîné une baisse de 48% des livraisons sur ces trois mois. En conséquence, Ferrari a annoncé revoir ses objectifs financiers à la baisse pour l’exercice en cours. Ce qui n’a visiblement pas trop affecté l’humeur des clients : selon Luigi Camilleri, le CEO de la marque, les commandes ont elles augmenté significativement sur la même période, de l’ordre d’un « pourcentage à deux chiffres ». Le cavallino n’a pas fini de se cabrer.


10’131

Ferrari livrées en 2019, un record absolu

7

le nombre de nouveaux modèles dévoilés entre 2019 et 2020

Jorge Guerreiro

FONDATEUR DE JSBG.ME

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Après avoir travaillé dans des domaines aussi variés que l'industrie du disque ou l'hôtellerie, Jorge S. B Guerreiro a lancé en juin 2010 le blog JSBG.me (JSBG, comme ses initiales). Depuis, toute une équipe de chroniqueuses a rejoint le projet. Devenu petit à petit un véritable webzine, JSBG.me se décline désormais également, en plus du français, en anglais et brésilien et couvre un choix éclectique de sujets: de la mode à la musique, en passant par les voyages, le design, l’horlogerie ou le cinéma.

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