Bilan

Rolls-Royce fait sa mue électrique

Rencontré lors du Salon de l’auto, le CEO du groupe britannique évoque le fait main et le sur-mesure de ses voitures, le Brexit, ainsi que le virage prévu au tout-électrique.

Torsten Müller-Ötvös, CEO: «Nos produits sont des pièces d’art. (...)Nos clients doivent sentir que leur Rolls-Royce est une pièce unique.»

Crédits: Simon Dawson/Bloomberg/getty images

Torsten Müller-Ötvös est Allemand. Mais il tient plus que tout autre à l’ADN britannique et aristocratique du constructeur automobile Rolls-Royce. Et pour le CEO, luxe et fait main n’interdisent pas d’innover avec une transition vers les motorisations électriques.

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Rencontre avec le dirigeant d'un des noms les plus emblématiques du luxe au sein du secteur automobile en marge du Geneva International Motor Show, où le constructeur a marqué sa présence dans une région où ses ventes, via le concessionnaire Rolls-Royce Motor Cars Geneva, restent solides au fil des années.

Bilan: Un nouveau modèle tous les trois ans de 2003 à 2013, un tous les deux ans de 2013 à 2017, un autre cette année: le rythme des nouveautés s’accélère? 

Torsten Müller-Ötvös: Il y a une logique. Nous avons un plan depuis dix ans pour renouveler la marque. Nous voulions des produits sur des secteurs où nous étions trop faiblement présents jusqu’alors (les coupés notamment). Les déclinaisons du Phantom puis le SUV Cullen sont les derniers modèles entrant dans cette stratégie. Nous n’allons pas présenter à l’avenir un nouveau modèle chaque année.  

Vous présentez justement cette année à Genève trois nouveaux modèles de la Phantom personnalisés. Est-ce que la customisation est votre définition du luxe?

Oui, le fait main et le sur-mesure sont notre marque de fabrique. Rolls-Royce a toujours été au service de ses clients en offrant l’exceptionnel, pas l’industriel. Il nous faut construire une histoire quand nous proposons un produit dans cette gamme de prix. Notre imagination et la vôtre sont sans limites, expliquons-nous à nos clients. Nos produits sont des pièces d’art, des chefs-d’œuvre qui doivent être pensés pour coller aux attentes des clients. Et eux doivent sentir que leur Rolls-Royce est une pièce unique.

Vous avez battu votre record en 2016 avec 4011 véhicules vendus. La hausse des volumes constitue-t-elle un objectif?

On ne vise jamais des volumes chez Rolls-Royce. Ce serait contraire à l’approche du luxe. Notre actionnaire veut que nous soyons profitables, nous avons évidemment un objectif de croissance, mais nous ne visons pas une hausse éternelle des volumes. Je ne vais par exemple jamais casser les prix pour accroître les volumes de vente. Mieux vaut vendre moins mais mieux.

Où voyez-vous encore des potentiels de croissance pour Rolls-Royce?

Nos plus gros marchés restent les Etats-Unis, devant la Chine et le Moyen-Orient. L’Europe va mieux après un passage à vide ces dernières années. Au sein de cet ensemble, le Royaume-Uni représente toujours 10% de nos volumes. Sinon, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie connaissent une belle croissance aussi. Nous avons pour stratégie de ne jamais mettre tous nos œufs dans le même panier. Nous investissons beaucoup, mais nous dépendons des cycles économiques des pays. Quand la croissance est là, nous en profitons. En période de crise ou d’incertitude, cela se ressent sur nos affaires…

Justement, comment vous positionnez-vous alors que le Brexit se profile?

Nous sommes une marque britannique. Cet ADN est essentiel et nous entendons rester Britanniques. Je suis très intéressé par les accords de libre-échange que Londres peut conclure. Il est important pour nous d’avoir des flux facilités au niveau mondial, mais aussi de disposer d’une main-d’œuvre compétente et accessible. Nous espérons un accord favorable à l’économie britannique avec Bruxelles. 

Cette année à Genève, les motorisations électriques sont reines. Comment vous positionnez-vous?

La prochaine Phantom aura sa version électrique. Nous allons engager une mue vers l’électrique pour la marque, mais sans passer par l’hybride. Nous sommes encouragés en cela par la législation des pays, notamment en Asie, qui poussent cette motorisation. Nous allons dans cette direction et rien ne pourra nous en détourner. Nul ne peut dire actuellement quand le marché va basculer des motorisations thermiques vers l’électrique. Mais nous aurons anticipé cette mue et nous serons au rendez-vous.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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