Bilan

Retrouver l’esprit du Corbusier

Seul immeuble de logements réalisé en Suisse par le célèbre architecte, Clarté a vu 12 de ses 48 appartements rénovés Brigitte Jucker-Diserens et son bureau DVK. Avec brio.

  • La rénovation, effectuée par des artisans locaux, a respecté l’esprit minimaliste de l’époque.

    Crédits: Luca Fascini
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Installée depuis quinze ans dans l’unique immeuble réalisé en Suisse par l’architecte Le Corbusier et son cousin Pierre Jeanneret, Brigitte Jucker-Diserens dirige un bureau d’architecte de quinze personnes (10 architectes et 5 architectes designers). Alors que c’est son confrère Jacques-Louis de Chambrier (dont le bureau se situe aussi dans ce bâtiment iconique) qui s’est chargé de la restauration entre 2007 et 2009 des façades et des espaces communs, Brigitte Jucker-Diserens a œuvré plus récemment à la rénovation (partielle ou complète) de 12 des 48 appartements répartis au 2 et 4 de la rue Saint-Laurent. On retrouve les portes coulissantes en verre opaque, les poignées de porte signées Jean Prouvé ou encore les murs en plots de verres typiques. 

«Lorsque Le Corbusier a dessiné les plans de cet immeuble, il a choisi une typologie où les salles de bains et les cuisines étaient minuscules. La difficulté est de savoir comment ferait aujourd’hui Le Corbusier. Nous avons commencé par ouvrir la cuisine. Pour les salles de bains, nous avons parfois réussi à récupérer les lavabos d’époque, tout en modernisant le reste. L’option a été prise d’installer de petits miroirs, qui s’ouvrent. Il fallait préserver l’esprit minimaliste.» 

Dans un des appartements visités, un magnifique duplex, le bureau DVK a dessiné un sèche-serviette totalement inédit ainsi qu’un meuble en acier. Dans tel autre duplex, les armoires du dressing s’inspirent de Charlotte Perriand, qui avait rejoint le studio du Corbusier en 1928 et qui a contribué à la conception de mobilier. Ici, un meuble style des années 1950 rappelle le design industriel. Le miroir est coulissant. Dans le salon, à côté de l’entrée, DVK a dessiné une superbe armoire en forme de tube géant, en bois. Et Brigitte Jucker-Diserens de préciser: «Tout a été fait par des artisans locaux.» Dans les deux appartements visités, impossible de ne pas admirer la lumière naturelle, dénominateur commun à cet ensemble incroyablement moderne. «Il y a trois raisons à cela: ses façades rideaux, la structure en acier portante qui permet de se passer de piliers et la réalisation de dalles fines d’une épaisseur de 21 cm. Cela offre à Clarté une hauteur sous plafond de 260 cm, très confortable pour ses habitants», résume Brigitte Jucker-Diserens.

Polychromie architecturale

Le choix des couleurs n’a pas été laissé au hasard. Le Corbusier a développé une théorie de la couleur: la polychromie architecturale. En 1931, il avait conçu 12 claviers de couleurs individuels, chacun produisant un effet atmosphérique précis. Pour l’immeuble Clarté, deux couleurs avaient été privilégiées: le brun fonçé et le bleu clair. «Cette utilisation des couleurs a pour fonction d’affirmer des plans, de constituer la volumétrie de l’espace, corrigeant ou prolongeant la lumière.» Le résultat final est bluffant. Pas étonnant que de nombreux architectes, écrivains, artistes ou PDG aient choisi ce lieu unique pour s’y épanouir. 


Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO

Edifié entre 1930 et 1932, l’immeuble Clarté est l’un des 78 bâtiments construits par Le Corbusier dans 12 pays, mais c’est l’unique immeuble de logements réalisé en Suisse. Situé dans le quartier de la Terrassière à Genève, il faisait partie d’un plan urbain plus vaste qui ne vit jamais le jour. Le maître d’œuvre était le ferronnier d’art genevois Edmond Wanner, qui se chargea de réaliser l’ossature métallique. Aussi appelé maison de verre, ce chef-d’œuvre avant-gardiste a ensuite failli être rasé avant d’être classé monument historique le 12 novembre 1986. 

Depuis 2016, il est inscrit, avec 16 autres œuvres architecturales du Corbusier, sur
la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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