Bilan

Retour vers le Futura

Rencontré à Zurich à l’occasion du lancement du cognac Hennessy dont il a relooké l’édition limitée, l’artiste new-yorkais Leonard McGurr alias Futura catalyse la sympathie. Arborant les labels status symboles de son rang, veste Moncler, lunettes Prada et baskets All Star, ce vieux jeune de 57 ans captive l’auditeur. Retour sur un parcours étonnant.
  • Crédits: Dr
  • Futura 1984, « Eliminator », spray sur toile. Crédits: Speerstra Collection et Futura
  • Crédits: Speerstra Collection et Futura
  • Futura 1990, « Electric Storm », spray et acrylique sur toile. Crédits: Speerstra Collection et Futura
  • Hennessy en graffiti Crédits: Dr

Pionnier de la peinture urbaine, connu sous le pseudonyme de Futura 2000 d’abord puis Futura tout court, l’artiste new-yorkais Leonard McGurr se fait connaître au début des années 80 avec ses graffitis sur les rames du métro No 5 à New York.

Graffeur de la première génération, il accompagne l’explosion du hip-hop avec ses amis Keith Haring et Jean-Michel Basquiat et gagne rapidement l’attention du monde de l’art grâce à son style expressionniste abstrait.

A la même époque, sa popularité flambe grâce à ses performances de peinture live sur la scène de la tournée européenne du groupe britannique punk-rock The Clash. Mais à partir de 1985 il est éclipsé par la cote de ses amis, « plus personne n’était intéressé à mon travail, les gens voulaient du Basquiat et du Keith Haring, je suis tombé dans l’oubli et les prix de mes œuvres étaient au plus bas ».

C’est la styliste parisienne Agnès B. qui le sort de cette traversée du désert au tournant des années 90 en le soutenant financièrement puis en remettant ses œuvres sur le marché dans sa Galerie Du Jour. Le come-back de Futura coïncide avec la disparition de ses amis Basquiat et Haring et du mouvement graffiti dont ils étaient issus.

La fin d’une époque marque paradoxalement pour l’artiste new-yorkais le début d’une nouvelle vie. Il recommence petit à petit à exposer et découvre l’ordinateur comme outil d’expression artistique. Durant cette période de transition, il franchit le pas entre l’art et le graphisme en même temps que se développe la « street culture community ».

Dans le contexte de cette nouvelle scène, Futura sait se faire une place. Représentant d’une génération qui n’est plus, il est respecté des plus jeunes pour qui il reste une référence du street art. Loin d’être has been, il est contacté par les labels pour mettre son empreinte sur des disques, vêtements, sneakers et autres joujoux-toys.

Le nouveau millénaire marque le retour à la peinture de l’artiste qui inaugure en 2012 à New York sa première grande exposition depuis plus d’une décennie. Les prix s’envolent et les toiles partent à plus de 100 000 dollars.

De l’underground new-yorkais aux galeries les plus réputées, le graffiti s’est imposé petit à petit comme un art à part entière. Mais pour comprendre comment le street art est arrivé dans les galeries il faut remonter aux sources du phénomène. « C’est mon ami Keith Haring qui a été le premier à faire la transition vers 1981-1982.

Dans les années 70, il n’y avait pas de galeries d’art pour nous, il n’y avait que le système officiel ou le métro, pas d’autre alternative. Mais ce système nous était fermé et les jeunes artistes cherchaient des lieux pour s’exprimer. La rue s’est alors vite imposée comme une vitrine libre à ciel ouvert.

Puis des artistes plus « éduqués » ont fait leur apparition sur la scène, issus d’écoles d’art ou qui connaissaient l’histoire de l’art comme Keith et Basquiat. C’est grâce à eux que les collectionneurs et les galeristes ont commencé à s’intéresser à nous.

Ils ont été mes maîtres. Puis les marchands d’art européens très réceptifs à cette nouvelle forme d’art se sont vite rendu compte du potentiel artistique (et commercial). »

Graffeur dès l’adolescence, s’exerçant dans les espaces publics et sur les wagons de métro, Futura est aujourd’hui un artiste de renom qui n’a plus de raison d’être un rebelle, à son grand regret, car selon lui « la rébellion vient de la rage, et je ne suis plus fâché ».

Normal, car après avoir exposé aux côtés des étoiles montantes de l’époque auxquelles il a survécu, Futura, qui vit et travaille toujours à Brooklyn, constate : « J’ai plus de succès maintenant qu’avant, et ma carrière est sur une bonne voie par rapport à mes débuts il y a quarante ans dans le métro. »| 

La Fondation Speerstra à Apples (Vaud) possède l’une des plus importantes collections d’œuvres sur toile, emblématiques du mouvement graffiti américain, dont Futura.

www.fondation-speerstra.ch

 

Patricia Lunghi

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