Bilan

Rallye automobile : les Princesses ont la cote

Pour sa 20e édition, le Rallye des Princesses Richard Mille a sillonné la France de Paris à Saint-Tropez. Le format de course 100% féminin basé sur la régularité a su séduire les amatrices de bolides vintage au fil des éditions. Reportage, sur les routes de France, entre chic et choc des cultures.

  • La cour intérieur tout en arcades du Château de la Crête à Audes accueillait les participantes pour la pause déjeuner de la deuxième étape du rallye.

    Crédits: Jules Langeard
  • Crédits: Renaud Corlouer
  • Crédits: Richard Bord
  • Ambassadrice Richard Mille, Aurora Straus est déjà championne auto GT4 sur circuits aux Etats-Unis (IMSA Continental Tire SportsCar Challenge)

    Crédits: Renaud Corlouer
Partenaire titre du Rallye des Princesses, Richard Mille a formé une dizaine d’équipages féminins. (Crédits: Renaud Corlouer)

Il est 17 h, en ce troisième jour de course, et sur la place des Thermes d’Aix-les-Bains, les « Princesses » prennent la pause. Au volant de leur bolide vintage, elles célèbrent l’arrivée de l’étape « Vichy - Saint-Lager - Aix-les-Bains » au passage de l’Arc de Campanus. Sous ce prestigieux vestige romain érigé au Ier siècle par le patricien Lucius Pompeius Campanus, tout juste assez large pour laisser passer les 90 équipages engagés dans ce rallye entièrement féminin, les concurrentes lèvent les bras au ciel, le sourire dominé par la satisfaction d’avoir réussi dans les temps l’ascension du Grand-Colombier, point culminant de cette 20e édition du Rallye des Princesses Richard Mille. Une coupe de champagne rosé à la main, la tenue à peine froissée malgré les kilomètres avalés, les fans de voitures anciennes se retrouvent, pressées d’échanger leurs anecdotes vécues au fil de l’étape, avant de rejoindre le point course et les détails de l’itinéraire du lendemain. Le but du rallye ? Rallier la mythique Saint-Tropez et son arrivée triomphale prévue place des Lices.

Si d’autres courses entièrement féminines existent à travers le monde, dont le raid hors piste du Rallye Aïcha des Gazelles du Maroc en véhicules tout-terrain ou celui des Gazelles organisé en Suisse, le Rallye des Princesses Richard Mille est le seul à offrir une formule sportive et tout confort, voulue par son organisatrice et fondatrice Viviane Zaniroli. Celle qui a imposé son expertise durant dix ans sur le Paris-Dakar – de 1995 à 2005 elle était chargée de l’écriture du roadbook des épreuves aux côtés de son mari Patrick Zaniroli, directeur de course du Paris-Dakar – l’a créé et pensé en tout point comme elle l’imaginait en tant que femme : « J’ai voulu un service bagages, car il était exclu de devoir se rationner au niveau des tenues et penser à transporter ses valises d’un hôtel à un autre. J’ai aussi voulu une assistance mécanique, de petits cadeaux et une coupe de champagne à l’arrivée de l’étape, bref, il y a un côté princesse qu’il est bien d’assumer, mais cela n’enlève rien au côté sportif du rallye. »

(Crédits: Richard Bord)

Et de sportivité, il en est question, même si la vitesse n’est pas un facteur déterminant, puisque c’est la régularité et la gestion du temps qui priment. Et sur ce point, Viviane Zaniroli peut compter sur le soutien de la marque horlogère Richard Mille, partenaire titre du Rallye des Princesses depuis cinq ans. La marque a d’ailleurs mis à disposition une dizaine de Porsche 356 des années 1960 pour une dizaine d’équipages de femmes du monde entier. Des clientes pour la plupart, souvent venues entre « mère et fille », du Moyen-Orient, d’Ukraine ou de Chine, tentées par le challenge sportif, l’aventure à la découverte des routes de France et pour passer un peu de temps ensemble.

Une jeune femme, Aurora Straus, à peine 20 ans et déjà championne auto GT4 sur circuits aux Etats-Unis (IMSA Continental Tire SportsCar Challenge), ambassadrice Richard Mille, a fait le déplacement pour vivre l’expérience rallye. Celle qui a l’habitude de vivre la course le pied au plancher sur sa BMW GT4 raconte le plaisir de voir défiler des paysages, des villages, et de vivre d’autres sensations au volant d’une voiture vintage, dont la vitesse de pointe ne dépasse pas les 100 km/h. En côte, on sent l’Américaine un peu frustrée de ne pas pouvoir « attaquer » davantage : « Je suis à fond, là, lance la championne accrochée au volant, la tête plongée vers le pare-brise, mais je vais me rattraper dans les virages sur le col ! » Ses performances de conduite sont visiblement exceptionnelles. 

(Crédits: Cristina d’Agostino)

Dans les tournants, aucun à-coup. Aurora Straus sait négocier à la perfection les courbes en épingle, la science de l’équilibre du poids avant et arrière du véhicule n’ayant manifestement plus aucun secret pour elle : « C’est une question de dosage entre les freins, le volant et la vitesse, explique la jeune femme entre deux changements de vitesse. Mais le plus important, c’est le réglage de la voiture avec les ingénieurs lors des essais. Leur donner un feed-back le plus précis possible au fil des tours de circuit est la clé ! » Celle qui a terminé deuxième au Pirelli World Challenge sur sa BMW M4 GT4 en 2018 et qui revient sur IMSA en 2019 n’a pas envie de jouer les dures sur le circuit : « Les pilotes me considèrent plutôt comme leur sœur, ils n’ont pas d’agressivité envers moi. Mon petit gabarit et mon allure féminine n’inspirent pas la méfiance. Mais sur circuit, il n’y a plus de différence, l’esprit de compétition est l’unique baromètre. Et si je dois dégager un pilote avant la ligne d’arrivée, je n’ai aucun scrupule. » La jeune virtuose du volant n’excelle d’ailleurs pas uniquement sur route. Brillante étudiante à Harvard en finance, elle jongle entre circuits et campus : « Harvard est la seule université aux Etats-Unis à autoriser mes longues absences lorsque je suis sur un circuit, c’est une liberté, mais sans ténacité, difficile d’y arriver. Le milieu automobile est une excellente école pour ça, il faut savoir exactement ce que l’on veut, se donner les moyens pour y arriver et savoir vendre ses qualités. »

(Crédits: Didier Gourdon)

La ténacité et l’esprit de compétition sont d’ailleurs les composantes principales qui animent le Rallye des Princesses Richard Mille depuis vingt ans. Viviane Zaniroli explique: «Les femmes qui participent pour la première fois au rallye attrapent toutes le virus à la fin de la course. D’ailleurs, on le voit, les équipages qui subissent un souci mécanique sont aussi frustrés que les hommes en compétition. Elles préparent leur course sur plusieurs mois, règlent leur voiture, cherchent des sponsors, peaufinent l’entente entre pilote et copilote. Et à la grande différence des hommes, qui annoncent souvent s’être inscrits à un rallye pratiquement la veille pour le lendemain, il est très compliqué pour une femme de partir une semaine. Elles doivent remplir le frigo, faire garder les enfants, gérer à l’avance les dossiers. Elles ont intérêt à avoir un bon réseau. Mais quand elles sont sur le rallye, c’est un exutoire. Et quand elles cassent, c’est compliqué. D’ailleurs, aujourd’hui 80% des participantes sont propriétaires de leur voiture, alors qu’il y a vingt ans, c’était très délicat pour elles d’emprunter la voiture vintage de leur mari… »

Le mot « Princesse » serait-il alors devenu obsolète ? « Les princesses, c’est vous, c’est nous. Cela a évolué, ajoute Viviane. Au Tour Auto (ndlr : course historique française qui a la particularité d’associer des épreuves sur route et des confrontations sur circuit), majoritairement masculin, il y a des équipages mixtes, mais ce ne sont en général pas les femmes qui tiennent le volant… Et sportivement, la régularité, c’est plus compliqué que la vitesse. Le Rallye des Princesses, ce n’est pas un rallye pour des femmes qui n’ont rien d’autre à faire. » Sur la route, en direction des Hautes-Alpes, les concurrentes mesurent d’ailleurs leur capacité à tenir la vitesse imposée dans les zones de régularité. L’épreuve qui mène au col de Parquetout à 1382 m d’altitude est la plus difficile, avec sa déclivité de 10% sur 7 kilomètres. Sur le roadbook, les indications sont précises: 370 m à 25 km/h en 53 sec, 5,55 km à 43 km/h en 9,47 min, les directions s’enchaînent, gauche, droite, virage en épingle, sur 12,39 km. A chaque indication, il faut remettre le compteur à zéro. Le « Tripy GPS » lui indique en permanence la position de la voiture à l’organisateur et informe des excès de vitesse éventuels, en zone radar. En cas de dépassement, les pénalités s’enchaînent aussi.

(Crédits: Renaud Corlouer)

Sur la route de Napoléon, les belles voitures siglées « Rallye de Princesses Richard Mille » font sensation. Porsche 356, Mercedes 190 SL, Ferrari 250 GTS, MG B, Ferrari Dino, Porsche 911, Triumph TR6, Jaguar Type E, AC Cobra, les amateurs sont aux anges, installés en bordure de route, table de pique-nique et téléobjectifs déployés. Les commentaires des amateurs, souvent masculins, fusent. Beaucoup lâcheront, de bonne foi : « Elles se débrouillent plutôt bien, ces femmes au volant ! » La championne Aurora Straus n’a jamais vécu ça, mais ça lui plaît. Elle aimerait d’ailleurs en vivre d’autres, séduite par «les prouesses et le dévouement de tant de concurrentes. Le rallye est extrêmement compétitif, beaucoup de ces femmes participent à des épreuves de régularité depuis des décennies. Je pense que beaucoup seraient surpris de voir à quel point elles sont compétitives dans un univers majoritairement masculin. Une partie de ce que Richard Mille et moi soutenons est de promouvoir les femmes qui aiment l’aventure et la compétition. Quand les femmes travaillent ensemble, des choses incroyables arrivent ! »

(Crédits: Jules Langeard)
Cristina d'Agostino

RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE EN CHARGE DE BILAN LUXE

Lui écrire

Licenciée en Sciences politiques à l’Université de Lausanne puis spécialisée en marketing et économie à HEC Lausanne en 1992, Cristina d’Agostino débute sa carrière dans l’industrie du luxe, et occupe les fonctions de responsable marketing et communication pour diverses marques horlogères. En 2008, elle décide de changer radicalement d’orientation, et débute une carrière de journaliste. En freelance d’abord, elle collabore aux titres Bilan, Bilan Luxe, Encore, avant d’intégrer la rédaction de Bilan en 2012. Depuis 2012, elle occupe la fonction de rédactrice en chef adjointe et responsable des hors-série Bilan Luxe.

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