Bilan

Rachel Weisz

Une déesse moderne

Une pluie incessante tombe sur Londres, ville natale de Rachel Weisz. Nous montons au cinquième étage de l’Hôtel Bulgari, joyau hôtelier fraîchement inauguré, le troisième après Milan et Bali. Dans l’une des suites, l’actrice nous accueille avec un sourire qui illumine son visage de Blanche-Neige. Pourtant, c’est une méchante sorcière qu’elle incarnera dans le prochain Disney du réalisateur Sam Raimi, à qui l’on doit déjà la trilogie Spider-Man. Pendant l’interview, la vidéo de sa nouvelle campagne pour une marque italienne tourne en boucle. A la femme fatale et mystérieuse du grand écran s’oppose une Rachel débordante d’ironie, aux manières chaleureuses et aux éclats de rire fréquents et sympathiques. Nous savons que l’actrice défend farouchement sa vie privée. Ses apparitions publiques sont extrêmement rares et son mariage avec Daniel Craig a été célébré dans le plus grand secret, en juin 2011, avec pour seuls témoins leurs deux enfants et deux amis. La beauté et le charisme renversant de l’actrice britannique ont été révélés au grand public par la saga La momie en 1999 et 2001. Par la suite, un oscar récompensera son interprétation dans le film The Constant Gardener en 2005. Aujourd’hui, elle a construit une filmographie aux registres variés, allant de comédies romantiques comme About a boy aux côtés d’Hugh Grant au thriller politique, The Whistleblower, en passant par les films d’espionnage et leurs poursuites rocambolesques: Jason Bourne : l’héritage. Maigre consolation pour ceux qui, depuis son union avec Daniel Craig, spéculent sur une apparition possiblement dévêtue dans la peau d’une James Bond girl.

Dès cet automne, vous serez l’égérie de la marque Bulgari pour la collection Serpenti. La campagne a été réalisée par la photographe Annie Leibovitz. Est-ce que cela a été difficile de travailler avec elle ? J’ai adoré cette expérience. C’est la quatrième fois que je collabore avec Annie Leibovitz, mais c’est la première fois que nous réalisons une campagne publicitaire ensemble. C’est une passionnée, avec une personnalité vraiment intense. Elle peut être dure et exigeante mais pas en ce qui concerne son modèle. De plus, elle sait rendre un shooting plus détendu, sans me laisser le temps de me figer dans des poses. Il devient donc plus facile de garder des expressions naturelles.

Elle utilise la symbolique du serpent à travers un univers esthétique qui nous fait penser à une Cléopâtre contemporaine. Le serpent est un symbole très fort, de sagesse, de renaissance et de vitalité. Si chaque bijou est conçu pour être un hommage à la féminité, celui-ci évoque une certaine audace. Annie a su sublimer l’image d’une déesse moderne, sensuelle et insaisissable, un rôle que j’ai beaucoup aimé interpréter. Regardez comme j’ai tout donné à la caméra (rires).

A propos de rôles féminins, y a-t-il un film, récent ou pas, que vous auriez vraiment voulu jouer ? Le premier qui me vient à l’esprit est l’interprétation d’Elizabeth Taylor dans Qui a peur de Virginia Woolf ?

Vous venez juste de finir le tournage du film Jason Bourne : l’héritage. Comment cela s’est-il passé ? Ce film m’a demandé un certain travail physique. Il n’y avait pas de doublures et j’ai dû effectuer toutes les cascades. Cela n’a fait que m’impliquer davantage dans l’histoire et m’a permis de m’attacher encore plus à mon personnage.

Mis à part ce film d’action, nous vous retrouverons également en 2013 dans Le monde fantastique d’Oz, annoncé comme le nouveau blockbuster Disney. Vous voilà dans un tout autre registre, 100% fantaisie. Je n’avais jamais joué un tel rôle et c’est ce qui m’a décidé à accepter ce projet. Je suis la méchante sorcière de l’Est. Attention, ce n’est pas rien! (rires…) Je me suis amusée comme une folle. Raimi est un réalisateur hors norme, qui travaille avec beaucoup de douceur et de respect, il est doté d’une imagination débridée mais garde la maîtrise de son style. Sur le tournage, j’ai été surprise de le voir tous les jours habillé en costume.

Lorsque l’on vous a interrogé à propos de votre conception du métier d’actrice, vous avez déclaré que pour vous jouer équivalait à disparaître ? Oui, laisser place au personnage interprété est comparable à une sorte de fuite. Je m’évade de ma propre réalité, un peu comme les autres peuvent le faire avec la musique, la lecture, ou bien évidemment les films. Savoir se transporter ailleurs est important, même quand on a une vie chanceuse comme la mienne, car c’est mon travail de m’évader.

Seriez-vous de nature solitaire ? Pas vraiment. A l’exception de certains moments où j’ai vraiment besoin de m’isoler pour réfléchir. J’aime passer du temps avec mes amis et ma famille dans la campagne tout au nord de l’Etat de New York. C’est là que nous passons de précieuses journées, ponctuées par de belles promenades.

Dans vos films, vous avez souvent interprété des rôles de femme engagée. L’êtes-vous vraiment ? Ce n’est que de la fiction (rires…). Je suis passionnée et engagée seulement avec le cinéma. Disons que ce n’est qu’une demi-vérité.

Comment faites-vous pour choisir les rôles parmi les scripts qui vous sont proposés ? Il est très difficile de déconstruire les éléments qui influencent l’envie de raconter une histoire. C’est comme quand on lit un livre. Cela vous touche, vous secoue. Bien évidemment, un beau style d’écriture peut aider à se plonger plus rapidement dedans, mais souvent, même au-delà de la forme, c’est la force propre de l’histoire qui vous atteint.

A propos d’histoires, quel livre êtes-vous en train de lire ? C’est le dernier livre de Joan Didion intitulé Blue Nights. Il s’agit de mémoires. Depuis quelque temps, je préfère lire des histoires vraies, m’inspirer de la vie incroyable vécue par d’autres personnes. Mais je suis aussi en train de lire les aventures d’Astérix à mon enfant. Quand j’étais petite, il a été mon livre préféré. Des fois, j’ai l’impression que tout ce que je sais de l’Histoire, je l’ai appris dans Astérix (rires…).

Mis à part les grands personnages du cinéma, qui vous a marqué quand vous étiez enfant ? Je me rappelle que, enfant, je trouvais exceptionnelles les photos en noir et blanc du magicien Houdini. On le voyait dans son petit maillot de bain, la peau du corps tout huilée et liée par des chaînes dont il parvenait à se délivrer pendant son numéro. Je pense encore qu’il a été l’un des plus grands showmen de tous les temps. Mais je ne peux pas dire qu’il m’ait vraiment influencée, étant donné que je ne suis pas une showwoman, bien que mon travail serve à divertir les gens. Votre père était inventeur. Il a réalisé de nombreuses machines : détecteur de métaux, respirateur artificiel, etc. Avez-vous assisté à la création de ces objets, est-ce que cela a influencé votre imaginaire d’enfant ? J’ai certainement hérité de sa grande curiosité mais il était ingénieur et, enfant, je ne connaissais pas grand-chose aux sciences ou aux mathématiques, je ne suivais pas de près le développement de ses inventions. Encore aujourd’hui, je ne suis pas particulièrement intéressée par le fonctionnement des machines en général.

Par contre vous aimez les voitures de sport et de collection. Effectivement, j’ai la chance de posséder un coupé bleu Jaguar de 1978. Il est équipé d’un V12.

Alors c’est un peu comme dans le film Une arnaque presque parfaite, avec Adrien Brody et Mark Ruffalo en irrésistibles et poétiques escrocs, où l’on vous voit rouler dans des mécaniques de rêve ? Oui, j’aime les voitures manuelles, car j’adore changer les vitesses (rires…).

Crédit photo: Dr

Francesca Serra

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