Bilan

Quand le sport devient une drogue...

L’addiction à une activité physique est une pathologie baptisée bigorexie. Mais cette dépendance peut aussi être saine. Comment faire la différence? Témoignages.

20% des sportifs d’endurance seraient bigorexiques.

Crédits: Simon Hofmann/Getty Images for Ironman

Médecin du sport à Genève, Laurent Koglin s’occupe de tous les sports d’endurance. Mais sa spécialité, c’est la discipline qu’il pratique: le triathlon. Après des années d’exercice, il estime qu’«environ 20% des sportifs d’endurance sont bigorexiques», c’est-à-dire dépendants de leur sport. Chiffre qui tombe à 2% dans sa clientèle tous sports confondus. Les coureurs de fond sont donc les «junkies» du sport. 

A l’Hôpital de la Tour, où le Dr Koglin travaille, une consultation baptisée «Triade de l’athlète» s’est ouverte pour les femmes dépendantes. «On reconnaît très vite les femmes bigorexiques. Elles sont dans la perfection et ne savent plus s’arrêter à l’entraînement. Elles présentent trois symptômes: anorexie, aménorrhée et ostéoporose.» Les hommes sont-ils moins bigorexiques? «Non, répond le médecin, ils cachent simplement mieux leur jeu.» 

Entrepreneur investisseur, Jean-Fabrice Mathieu est accro à l’endurance. Il en a conscience: «Si on veut progresser, quel que soit l’entraînement, il faut se rentrer dedans.» C’est-à-dire se défoncer! Physiquement et mentalement. Après quatre années de triathlon, ironman, et ultratrail, Jean-Fabrice Mathieu a décidé de devenir «moins obsessionnel».

« Il y a une forme d’esclavage dans le sport intensif. On se fixe des plans d’entraînement extrêmes: on va nager à 6 h du matin, on court la nuit. On ne s’arrête plus… Mais cette saison, j’ai décidé de lâcher un peu la performance au profit du plaisir.» Faire du sport pour le plaisir et non plus pour….l’ego?

«Bien sûr que l’ego joue un rôle central, ajoute l’homme d’affaires. On veut prouver aux autres et à soi-même qu’on est toujours performant. Mais il y a aussi le challenge, le dépassement de soi qui structure la vie. Les Grecs auraient appelé cela «hubris» (démesure).» 

«On perd ses repères»

Cédric Grand, lui, a bien failli perdre l’équilibre dans le sport. Ancien sportif de haut niveau en Suisse durant seize ans, ce médaillé de bronze en bobsleigh aux JO de Turin a fait une «grosse dépression» en prenant sa retraite en 2010. «J’étais tellement dépendant! Toute ma vie tournait autour du sport», reconnaît l’ancien champion qui a consulté un psychologue du sport pour sa «réinsertion».

«Quand on revient à la vie normale, on perd les repères. J’ai vu mes amis, sportifs comme moi, sombrer dans l’alcool, la drogue et faire des bêtises pour retrouver cette adrénaline qu’on avait à l’époque des compétitions.» Aujourd’hui reconverti dans le culturisme amateur, dont il est devenu vice-champion du monde en 2013, Cédric Grand a retrouvé son équilibre dans une grande salle de fitness où il travaille à Genève. 

«On pense que la dépendance est forcément malsaine, mais il y a des addictions saines, précise le médecin Laurent Koglin. La combinaison travail et sport est une très bonne chose. Avoir besoin de bouger pour se sentir bien est une dépendance positive. La pathologie commence quand le sport prend le pas sur tout le reste: la vie de famille, la vie sociale… et quand on continue à s’entraîner malgré une blessure. C’est là que ça devient malsain.»  

Nivez C Photoa
Catherine Nivez

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste en France depuis 1990, d’abord comme reporter et journaliste dans le secteur de la musique, puis dans les nouvelles technologies, internet et l’entrepreneuriat. Après 20 ans en France, j’ai migré en Suisse et à Genève ou je vis et travaille désormais sur ma nouvelle passion: l’alimentation et la santé.

J’ai fait l’essentiel de mon parcours dans l’audiovisuel français (France Inter, France Info, Europe1, ou encore Canal+). Désormais journaliste freelance en Suisse, j’ai signé une série d’articles pour le quotidien suisse-romand Le Temps et travaille désormais pour BILAN où je tiens la rubrique mensuelle « Santé & Nutrition ».

Vous pouvez aussi me retrouver sur mes blogs : www.suisse-entrepreneurs.com, galerie de portraits des entrepreneurs que je côtoie en Suisse, et sur LE BONJUS mon nouveau blog consacré aux jus et à l’alimentation.

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Xavier Casile, le pubard de la Suisse

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