Bilan

Quand la ferveur populaire fait valser l’étiquette

Si le golf devenait enfin populaire? Tous les deux ans, à la Ryder Cup, les champions du green vivent une petite révolution en jouant leur meilleur golf au milieu des clameurs. La recette, unique, pourrait bien faire bouger les lignes.

  • Vue plongeante sur le parcours de l’Albatros et le spectaculaire départ du trou N°1.

    Crédits: Chris Turvey
  • En 2010, l’Anglais Paul Casey, Témoignage Rolex, est devenu l’un des six golfeurs de l’histoire à inscrire un trou en un à la Ryder Cup.

    Crédits: Thomas Lovelock

Il y a d’abord ce grondement sourd. Ce bourdonnement vibrant à l’approche du « Tee » N° 1. Il est tôt encore, mais la foule, dense, forme une gaine mouvante le long des cordons qui ceinturent le départ du Golf national près de Paris, en ce 28 septembre 2018, premier jour du troisième plus grand événement sportif mondial, là où seuls les Jeux olympiques et le mondial de football sont capables de faire mieux. Il est 8 h du matin, et l’arène de 7000 personnes est prête à accueillir ses champions: Tiger Woods, Tommy Fleetwood, Ian Poulter, Francesco Molinari, Phil Mickelson, Rory McIlroy, Dustin Johnson, Sergio Garcia, entre autres superstars du golf, sont prêts à s’affronter pour l’honneur. En tout, 24 joueurs (12 Européens et 12 Américains), dont les performances aux classements PGA et européen ont permis leur qualification.

Le golf, sport si souvent joué dans un silence absolu dompté par des convenances codifiées, va vivre la ferveur, comme au meilleur d’une finale de Ligue des champions. Dans les tribunes, vertigineuses, les chants patriotiques soulèvent les ardeurs et se font écho. Les « American Marshals » scandent leur hymne face aux supporters européens habillés de bleu et de jaune prêts à chanter en retour. Les écrans géants aux lumières vibrantes sont dignes des plus grands concerts rock. La promesse est belle: le meilleur du golf européen face aux champions américains. Cette recette, gagnante, fait la bonne fortune du pays hôte. Cette année, c’est sur l’Albatros de Saint-Quentin-en-Yvelines que le Vieux-Continent avait une revanche à prendre, après une défaite 17 à 11 lors de la dernière rencontre outre-Atlantique en 2016.

La Ryder Cup, inventée en 1927 par Samuel Ryder, richissime homme d’affaires anglais, pour institutionnaliser les rencontres informelles qui se jouaient entre Américains et Anglais après la Première Guerre mondiale, va d’emblée connaître le succès. Dès la première édition de la coupe jouée à Rochester (USA) et remportée par les Etats-Unis, les amateurs affluent. En 1929, 30 000 personnes accourent sur sol anglais pour assister à la revanche. D’abord uniquement disputée entre Américains et Britanniques jusqu’en 1971, la Ryder Cup va s’ouvrir à d’autres nations européennes dès 1979. Dès lors, la compétition bisannuelle organisée en alternance par le PGA of America et la Ryder Cup Europe a vu l’Europe s’imposer 11 fois et les Etats-Unis 8 fois. Partenaire du tournoi depuis 1997 lorsqu’il se déroule sur sol européen et partenaire de l’équipe européenne de la Ryder Cup depuis 1995, l’horloger suisse Rolex, très impliqué dans le milieu golfique depuis plus de cinquante ans, a amplement participé à sa notoriété, la compétition attirant aujourd’hui non moins de 300 000 spectateurs sur l’ensemble de la semaine.

La Ryder Cup a été largement remportée par l’Europe 17½ à 10½  en septembre dernier à Paris. (Crédits: Chris Turvey)

Et le pari a été encore gagnant pour l’Europe cette année. Le drapeau bleu à douze étoiles, si souvent malmené sur d’autres fronts, a flotté victorieux dans le ciel de Paris. L’équipe européenne, menée par le duo magistral surnommé « Moliwood love » – paire constituée par l’Italien Francesco Molinari et l’Anglais Tommy Fleetwood – a remporté cette 42e édition 17,5 à 10,5. Le team européen a su tirer parti des compétitions en duo: les fourballs (partie où deux équipes de deux joueurs s’affrontent, chaque joueur jouant sa propre balle) et les foursomes (partie où deux paires s’affrontent, les deux joueurs d’une même équipe jouant tour à tour la même balle) qui composaient les matches des deux premiers jours. Si les Américains avaient commencé fort le premier matin, les Européens se sont rapidementéchappés grâce à un jeu plus homogène. Si peu habitués à jouer en duo, les cracks du golf, ces titans d’ordinaire solitaires, ont su mettre de côté leur ego pour jouer le drapeau. Aidés par une foule compacte de fans postée le long des 18 trous, les joueurs ont manifestement trouvé dans cette ferveur un élan nouveau.

Keith Pelley, CEO de European Tour (Crédits: Chris Turvey)

Cet engouement populaire, ce sport spectacle géré comme une finale de NBA ou de Coupe du monde de football, participerait-il d’une vision plus contemporaine de ce que devrait être le golf aujourd’hui pour attirer les jeunes générations et les milieux sociaux encore peu intéressés par ce sport à l’image élitaire ?

Chez nous, l’Association suisse de golf (ASG) constituée (fin 2017) de 98 clubs et 11 associations affiliées, compte 90 725 golfeurs enregistrés, dont 5200 juniors. La discipline, partout dans le monde, a besoin de se renouveler.

C’est la mission que s’est donnée le numéro un du golf en Europe Keith Pelley, nommé en 2015 CEO de l’European Tour, dont Rolex est partenaire depuis plus de 20 ans. Keith Pelley a notamment accompagné avec succès la création des compétitions premium Rolex Series en 2017. A la Ryder Cup, il a sensiblement augmenté les surfaces et structures d’accueil et fait monter en puissance la popularité de l’événement golfique.

En quoi la Ryder Cup et les avancées que vous avez apportées en termes de capacité, de divertissement et d’organisation autour de l’événement se rapprochent-elles de la nouvelle mentalité à apporter au golf aujourd’hui ?

Le golf est un jeu éminemment individuel. Tout au long de l’année, le golfeur joue pour lui-même et soudain, à la Ryder Cup, il joue pour le drapeau, pour l’équipe. C’est unique. C’est au-dessus du reste. Ce ne serait pas réaliste d’en faire une généralité.

La Ryder Cup a réuni 280 000 supporters, dont 7% de spectateurs venus spécialement des USA. (Crédits: Mike Ehrmann)
Vous souhaitez pourtant orienter davantage les compétitions dans une approche « sport spectacle ». Expliquez-nous ?

Le golf doit être une plateforme d’activités et de divertissements pour le consommateur. Oui, les gens aiment le golf, mais c’est parce qu’ils y trouvent de la distraction, de l’intérêt dans leurs loisirs. Beaucoup de spectateurs adorent la Ryder Cup pour cela. Nous sommes en plein business du spectacle: les joueurs sont la recette du succès, et les spectateurs notre sauvegarde, notre ligne de vie. Le but et l’aspiration de l’European Tour et, bien sûr, de la Ryder Cup, c’est d’élargir cet engouement à un plus large public.

(Crédits: Stuart Franklin)

Quelles sont les solutions pour y arriver ?

Avoir organisé la Ryder Cup dans une ville aussi iconique que Paris, c’est particulièrement intéressant. Des événements ont eu lieu à la tour Eiffel, un village au milieu de Paris était consacré à la Ryder Cup. Nous aurions pu davantage tirer parti de la Fashion Week qui se déroulait en même temps, mais la dynamique était très bonne. Le dîner d’ouverture et les autres événements qui ont eu lieu au château de Versailles étaient exceptionnels. C’est percutant, mémorable, bien au-delà de ce que le golf représente.

En quoi le golf doit-il évoluer ?

Les choses changent, en termes d’engouement pour le sport. Les générations « millennials » et « Z » sont multifonctions, multitâches, multiconsommations. Cela doit nous forcer à réfléchir sur le golf afin de leur offrir des expériences golfiques sur différents temps et durées. Des tournois plus courts sont déjà expérimentés aux Etats-Unis. Une manière moins formelle de s’habiller en est une autre. L’héritage et les bonnes traditions du jeu doivent être respectés, mais certains règlements peuvent être changés. Alors que de très grands espoirs du golf sont en train d’émerger, il faut continuer à faire connaître ce sport auprès des plus jeunes, leur dire à quel point il offre des aptitudes, des connaissances sur soi, sur la vie, sur la compréhension et le contrôle des émotions. Les dernières études montrent qu’il améliore la santé et les capacités de concentration mentale.

La technologie est-elle un atout à développer dans ce sens ?

La technologie est évidemment importante dans le jeu, elle ouvre l’imagination. Il ne faut pas en avoir peur. Imaginer faire porter une caméra miniature à un joueur pourrait permettre au spectateur de voir tous ses coups. Toute information, toute donnée peut ajouter à l’intérêt. Il faut simplement savoir quelle est la taille de « l’arène » que vous voulez exploiter.

Quel autre sport vous inspire dans cette idée du spectacle et de l’importance de la couverture médiatique ?

Le Super Bowl est vraiment un modèle, dans sa façon d’aborder un événement sportif. Il y a des shows avant et durant la semaine de compétition pour tous les publics. Encore une fois, c’est d’abord un événement dans lequel un match de football a lieu, il y a bien sûr deux équipes qui s’affrontent, mais beaucoup de spectateurs y vont car c’est avant tout un spectacle. A la Ryder Cup, le mercredi avant le début des compétitions, il y avait déjà 40 000 personnes ! C’est parlant, c’est bien plus qu’un événement sportif.

Tiger Woods, Témoignage Rolex, était très attendu après sa remontée spectaculaire cet été et son 80e titre empoché. (Crédits: Thomas Lovelock)
Cristina d'Agostino

RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE EN CHARGE DE BILAN LUXE

Lui écrire

Licenciée en Sciences politiques à l’Université de Lausanne puis spécialisée en marketing et économie à HEC Lausanne en 1992, Cristina d’Agostino débute sa carrière dans l’industrie du luxe, et occupe les fonctions de responsable marketing et communication pour diverses marques horlogères. En 2008, elle décide de changer radicalement d’orientation, et débute une carrière de journaliste. En freelance d’abord, elle collabore aux titres Bilan, Bilan Luxe, Encore, avant d’intégrer la rédaction de Bilan en 2012. Depuis 2012, elle occupe la fonction de rédactrice en chef adjointe et responsable des hors-série Bilan Luxe.

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