Bilan

Prêter à un étudiant: le pari gagnant

En Suisse alémanique, une association met en contact des investisseurs et des futurs diplômés qui ont besoin de financement. Un rendement moyen de 5% et de belles rencontres.
Lars Stein dirige l’association saint-galloise studienaktie.org. Crédits: Christian Klant

Un étudiant se rend compte qu’il n’arrivera pas à financer ses études jusqu’au bout. Il décide alors de vendre des parts de ses premiers salaires de diplômé. Cette histoire est celle de Lars Stein qui, à l’époque, avait réussi à convaincre 15 investisseurs de croire en lui.

Aujourd’hui, il dirige studienaktie.org, une association saint-galloise à but non lucratif qui met en relation des investisseurs et des étudiants qui cherchent à financer leurs études. L’association existe depuis quelques années, mais, ces derniers temps, l’activité prend beaucoup d’ampleur.

Une année de scolarité coûte en moyenne 25 000  francs. Une somme conséquente, d’autant plus qu’elle doit être multipliée par le nombre d’années que dure le cursus choisi. L’association Studienaktie.org propose aux étudiants d’écoles publiques ou privées de soumettre leur projet éducatif à des investisseurs.

Pas de critère de sélection particulier mais trois pièces à joindre au formulaire de demande: un plan financier, une justification de l’adéquation entre le projet éducatif et le plan financier, et, enfin, un essai dans lequel l’étudiant doit se projeter à l’âge de la retraite, dans un fauteuil à bascule, et contempler rétrospectivement l’expérience.

Lars Stein et son équipe animent un réseau d’investisseurs qui choisissent de soutenir des projets avec un financement allant de 1000 à 10 000  francs. Il peut parfois y avoir jusqu’à cinq investisseurs pour un étudiant, mais cette source de financement ne doit pas dépasser 70% du montant total du projet. «Le retour sur investissement n’est pas que financier. On perçoit également l’importance d’un investissement social qui produit un impact», tient à préciser Lars Stein.

Pour certains, l’aspect humain revêt également une certaine importance. Par exemple, Michael Tuil, consultant au sein d’un grand cabinet de conseil stratégique et passionné d’opéra, a investi 1000  francs dans le projet éducatif d’une étudiante en chant.

«Une belle rencontre et un projet qui touche en moi une corde sensible», explique Michael Tuil. La relation peut aussi, selon les envies, prendre une dimension de mentoring. Partager des conseils ou son réseau constitue un moyen de réduire le risque induit.

Risque de 3%

Les investisseurs retrouvent leur mise accompagnée d’un taux d’intérêt qui oscille entre 1,25 et 9,25%, avec une moyenne avoisinant les 5%. Le montant du taux est fixé à partir d’une projection du salaire potentiel de l’étudiant, après cinq ans d’activité. Ce modèle s’assure que l’étudiant ne sera pas asphyxié: le remboursement ne commence qu’une fois que le salaire a franchi un plancher fixé au préalable.

Les deux principaux risques résident dans l’éventualité que l’étudiant ne finisse pas son projet éducatif ou qu’il ne trouve pas le travail qui lui permettra de rembourser son (ses) investisseur(s). Selon Lars Stein, sur les 110 projets financés, seuls trois étudiants éprouvent des difficultés à rembourser dans les délais fixés. Jusque-là, 100% des étudiants ont rempli leur mission éducative comme leur obligation de remboursement. Ce chiffre devrait atteindre 97% à long terme.

Pour l’instant, l’association déploie son activité uniquement en Suisse alémanique. Des barrières législatives ont empêché le projet de s’exporter en Autriche et en Allemagne. Et en Suisse romande? Avec un investissement à impact social qui paie dans environ 97% des cas, une telle solution pourrait voir le jour.

Yves Smadja

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