Bilan

Plonger dans l'univers de l'horlogerie

Découvrir les plus belles mécaniques et les histoires passionnantes des horlogers: dans l'arc jurassien, les manufactures ouvrent leurs portes et les artisans font découvrir leur savoir-faire.

Le travail minutieux des ouvriers de manufactures horlogères de l'arc jurassien.

Crédits: Zenith

Le méticuleux travail de l'émailleuse, l'ouvrage délicat de l'ouvrier qui pose les aiguilles, le savoir-faire précis sur le cadran ou la découpe minutieuse des centaines de composants qui permettront d'assembler une grande complication: l'univers de l'horlogerie suisse regorge de métiers, de techniques, de trésors de secrets dans ces temples que constituent les manufactures horlogères.

Au coeur de l'arc jurassien, certaines de ces manufactures ouvrent leurs portes aux passionnés et aux curieux. «Nous avons d'abord engagé une première collaboration avec Corum en 2014, qui a accepté une visite chaque mardi à La Chaux de Fonds. Nous cherchions une deuxième collaboration avec une autre entreprise de renommée internationale: ça s’est fait avec Zenith au Locle», situe Gabrielle d’Aloya, de Neuchâtel Tourisme. Des visites en petits groupes, car ces sites restent avant tout industriels et il ne s'agit pas de perturber la concentration et le travail des horlogers de ces maisons d'exception.

Au fil des couloirs, les esquisses se muent en minuscules pièces, les blocs de métal sont polis, les visiteurs observent les ouvriers saisir chaque pièce au bout d'une petite pince et la placer délicatement à l'emplacement prévu. La concentration est à son paroxysme. La loupe fixée sur l'oeil, chacun des ouvriers reste focalisé sur sa tâche, ne remarquant la présence des visiteurs qu'après de longues minutes.

Le travail semble se dérouler comme à l'aube du XXe siècle. Pourtant, au détour d'un couloir, le petit groupe de huit visiteurs se retrouve propulsé au XXIe siècle: des automates carapaçonnées d'une coquille de verre bleu turbinent des pièces dans un léger vrombissement. «Respecter l'histoire et l'ADN de la marque n'interdit pas de recourir aux technologies de pointe les plus innovantes», glisse la collaboratrice de la manufacture qui guide au fil des ateliers.

Soudain, on se dirige vers un petit escalier et le groupe se rertrouve dans un grenier. Là trônent plus de 150 étampes sur des tables et des étagères. «Voici le trésor de Charles Vermot. En 1970, quand le propriétaire américain de l'époque décide de miser sur le quartz et de renoncer aux montres mécaniques, il donne l'ordre de détruire les moules, dessins et pièces servant à fabriquer les mouvements. Le responsable de l'atelier 4 de la manufacture, Charles Vermot, après avoir échoué à convaincre sa hiérarchie de conserver les étampes, décide de désobéir et, un soir, il cache dans des caisses en bois dans un grenier les 150 étampes, soit plus d'une tonne qu'il a portée patiemment, à l'insu de ses collègues. Et neuf ans plus tard, quand les nouveaux propriétaires ont voulu reprendre la production de montres mécaniques et notamment du célèbre mouvement El Primero, ils étaient bien dépourvus. C'est Charles Vermot qui leur a alors ouvert le grenier et a permis de reprendre la production avec ces moules de métal», narre la guide.

Les successeurs de Charles Vermot, le visiteur les croise au fil de sa visite: plusieurs d'entre eux quittent leur atelier et viennent expliquer leurs rôles respectifs dans l'enfantement d'une mécanique de précision. Pas moins de 80 métiers se relaient pour donner naissance à une montre mécanique. En trois heures de visite, le visiteur peut comprendre l'ensemble du processus.

Et pour ceux que cette découverte ne suffirait pas, Neuchâtel Tourisme dégaine une autre carte: des ateliers horlogerie. Plusieurs offres coexistent: «Nous avons un atelier au cours duquel le participant peut monter sa propre montre, faisable le week-end, avec initiation à l’horlogerie qui dure 1h. C'est l'idéal pour appréhender la complexité du travail, le besoin de précision et de patience. Sinon, nous proposons un autre atelier de 4h pendant lesquelles on choisit les composants d’habillage d’une montre, on les assemble et on repart avec son garde-temps», détaille Gabrielle d’Aloya.

Visites de manufactures, ateliers, mais aussi des musées ou encore des rencontres avec des artisans, dont une émailleuse sur cadrans. Et pour ceux qui ne seraient pas rassasiés, direction La Chaux de Fonds pour une visite urbanistique et architecturale. Au fil des rues de la cité haute du canton, le patrimoine témoigne de la vocation horlogère du bâti local. Un patrimoine reconnu à l'échelle mondiale avec l'inscription au Patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO. Mais un patrimoine qui n'appartient pas qu'au passé: 27% des actifs de la cité travaillent dans le secteur horloger et les marques prestigieuses continuent de miser sur l'expertise locale. Au fil du parcours dans les rues de la Chaux de Fonds, passé et présent se mêlent et s'entremêlent sans cesse.

Toujours ces deux notions croisées si l'on passe du Musée international de l'horlogerie, avec ses magnifiques pièces d'exception et son travail didactique, aux restaurants et chambres d'hôtes de la ville, installés dans d'anciens sites horlogers. De quoi oublier le temps qui passe, sans jamais omettre de le mesurer, l'espace d'un week-end.

 

 

 

«»

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

"Tout ce qui compte.
Pour vous."