Bilan

Places to be

La Biennale des antiquaires de Paris, organisée tous les deux ans seulement au fastueux Grand Palais, est une des plus belles foires d’art du monde. Mais parmi les pèlerinages de la jet-set internationale de l’art, figurent aussi l’European Fine Art Fair de Maastricht et l’Art Basel Miami Beach.

L’art est un rejeton du mariage d’amour entre le luxe et la mode : on le sait depuis que Christie’s a vendu aux enchères la collection d’Yves SaintLaurent, pour un prix record de 374 millions d’euros en plein hiver de crise financière 2009. A Paris, depuis l’Exposition universelle de 1900, les événements glamour de cette taille sont célébrés au Grand Palais. Pas de quoi s’étonner alors que la plus belle foire d’art et d’antiquités du monde, la Biennale des antiquaires, ait elle aussi pour écrin l’éclat de ce palais Belle-Epoque et l’attrait des plus grands maîtres vivants de la mode. Cela sert tout simplement à attirer au somptueux vernissage tout l’authentique – et élégant – gratin du monde entier.

Karl à la mise en scène

Superstar de l’univers de la création, Karl Lagerfeld a été choisi comme scénographe de la biennale parisienne qui se tient pour la vingt-sixième fois du 14 au 23 septembre. Quant à savoir si ce choix est à mettre en rapport avec les récents mamours politiques franco-allemands ou plutôt avec certains frottements franco-allemands plus anciens dans le monde des exposants, c’est une question spéculative réservée aux initiés. Ce qui est sûr, c’est que Lagerfeld va aménager, pour les cent cinquante exposants de renom et leurs raretés s’étendant sur 10’000 ans de la plus haute antiquité jusqu’à l’avant-garde, un écrin monumental. Et cet écrin devrait être garni cette année aussi à hauteur des espérances. Parmi les chefs-d’œuvre dignes de musées que l’on a pu admirer ici figurent par exemple un chat angora peint par Jean-Honoré Fragonard et Marguerite Gérard, proposé pour 1,5 million d’euros, et la sculpture de polyester coloré de Niki de Saint Phalle « Big Lady », à 650 000 euros. Des monarchistes, comme avant eux Louis XV, se sont délectés de l’album de gravures sur cuivre « Grande galerie de Versailles » de Charles Le Brun, étiqueté 220 000 euros, dont il n’existe que trois exemplaires au monde. Et à côté d’un buste de quartzite vieux de près de 4000 ans du pharaon Sésostris III, d’une valeur de 7,5 millions d’euros, on trouve le torse de marbre grandeur nature, d’une juvénile élégance, d’un prêtre de Grèce orientale, datant du VIIe siècle av. J.-C., proposé par un marchand genevois pour 9 millions d’euros. En fouinant, on trouve bien sûr aussi des raretés au prix plus modeste, telle cette « Chaise surréaliste » du pionnier du design Fabio De Sanctis (65 000 euros) ou la tête de pierre peinte d’un saint espagnol du XVIIe siècle pour seulement 5750 euros. Mais il va de soi que personne ne se rend à l’inauguration de la biennale pour examiner les œuvres d’art de près. On y va pour rencontrer d’autres célébrités et, bien sûr, pour s’y faire voir. C’est bien pourquoi nul autre lieu n’évoque autant le cousinage entre art, luxe et mode.

Applique représentant une gorgone, milieu du VIe siècle av. J.-C. (Phoenix Ancient Art, Genève et New York)

  Maastricht la rivale

Ceux qui songent moins à contempler de beaux êtres humains que de belles œuvres d’art attendront quelques mois, jusqu’en mars prochain l’ouverture d’une foire qui, faute d’être la plus belle, est à coup sûr la meilleure pour l’art et les antiquités, The European Fine Art Fair (TEFAF) de Maastricht. Certes, son vernissage ne manque pas non plus d’éclat puisqu’on y croise au coude-à-coude les plus riches collectionneurs, les directeurs des plus importants musées et les meilleurs marchands d’art, mêlés aux personnalités de la finance et de l’économie internationale (y compris suisse). Bien que la différence entre la flamboyante métropole française et la bien sage province du sud des Pays-Bas soit criante, il existe quand même un lien glamour entre les deux événements : les pièces de joaillerie magistrales de Cartier jusqu’à Chan, parfois anciennes mais le plus souvent neuves, rappellent ici et là-bas la finalité ultime de la plupart des trophées artistiques mis en vente, à savoir décorer leurs propriétaires et rayonner sur eux. Pour le reste, l’offre de Paris et celle de Maastricht présentent des différences de degré plus que de nature. Tandis que Maastricht propose davantage de peintures d’anciens grands maîtres et d’œuvres de l’Antiquité, à Paris c’est les meubles de designers du XXe siècle qui occupent le devant de la scène.

«Sômen», masque d’armure japonaise du XVIIIe siècle  en fer (Galerie Jean-Christophe Charbonnier, Paris)

  Voir et être vu

En décembre, entre Paris et Maastricht, il faut se rendre à Art Basel Miami Beach qui, pour ce qui est du scintillement glamour, a depuis longtemps supplanté sa sérieuse et un brin vieillissante génitrice bâloise. La comparaison entre la plus que quadragénaire Art Basel et sa fille américaine prépubère fournit aux ethnologues de la culture des aperçus saisissants sur les profondes différences entre Vieux-Continent et Nouveau-Monde. C’est ainsi que, par exemple, dans l’humaniste et puritaine cité de Bâle, les acheteurs et collectionneurs vraiment importants font preuve d’une réserve distinguée, érigeant la discrétion et le silence au rang de vertus majeures. En revanche, les multi-collectionneurs américains avouent avec une fierté presque enfantine leurs achats d’œuvres d’art, célébrant sans complexe leurs acquisitions (et eux-mêmes) au fil d’innombrables invitations, visites de collection et autres événements du genre. Les visiteurs de foires zélés pourront étendre et affiner à l’envie leurs investigations anthropologico-artistiques. Lors du 100e Armory Show de New York, en mars 2013, on observera par exemple, les comportements distincts des collectionneurs de la Côte Est et des chasseurs de trophées de la Côte Ouest. De son côté, la Masterpiece Fair de Londres, qui succède à la légendaire Grosvenor House Fair, illustre les particularismes respectifs des célébrités insulaires et continentales.

De telles comparaisons sont encore plus passionnantes si on considère les événements artistiques naissants sur les marchés de l’art du futur, au Proche- et Extrême-Orient. En achetant la majorité du capital d’Asian Art Fairs, société mère de la jeune ArtHK de Hongkong, Art Basel a d’ores et déjà pris en compte cette évolution. Si diversifiés que soient, de par leurs spécialisations et leur caractère, ces passages obligés pour les beaux et les riches, la plupart ont une chose en commun : leurs journées d’inauguration éblouissantes – là où il importe de voir et d’être vu – ne sont pas accessibles à tous les publics. Une invitation personnelle, des prix d’entrée élevés ou un nombre de billets strictement limité se chargent d’assurer le caractère exclusif souhaité. Vouloir en être à tout prix signifie donc soigner tout au long de l’année ses relations amicales avec l’un ou l’autre exposant, en vue de s’assurer une mention dans la liste des clients VIP.

 

Les lieux de rencontre des hautes sphères de l’art

43e Art Basel, Messe Basel, du 14 au 17 juin 2012, www.artbasel.com

Masterpiece 2012, Londres, du 28 juin au 4 juillet 2012, www.masterpiecefair.com

26e Biennale des antiquaires, Grand Palais, Paris, du 14 au 23 septembre, www.sna-france.com

11e Art Basel Miami Beach, Miami, du 6 au 9 décembre, www.artbasel.com

26e European Fine Art Fair, Tetaf, MECC Maastricht, du 15 au 24 mars 2013, www.tetaf.com

The Armory Show 2013, New York, du 7 au 10 mai 2013, www.thearmoryshow.com

Honkong International Art Fair, ArtHK13, Hongkong, annoncée pour mai 2013, www.hongkongartfair.com

Crédits photos: Dr

Christian von

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