Bilan

Pierres précieuses: valeur refuge en temps de crise

La crise actuelle renforce le secteur de la haute joaillerie qui devient une véritable valeur refuge. La tendance est également à l’upcycling. Amanda Castillo et Chantal de Senger

  • Bague Bucherer en or blanc rhodié noir, tourmaline Paraiba taillée en poire, 3,43 carats, 120 diamants de 2,5 carats et 51 diamants noirs de 1,04 carat.

    Crédits: Dr
  • Bracelet « Iznik Vert » Boghossian serti d'une émeraude de taille fleur de 4,49 carats en pierre de centre, de deux émeraudes de taille poire de 3,22 carats et 3,15 carats, perles et diamants.

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  • Collier « Blushing Wing » Gübelin composé d'un padparadscha rose-orange du Sri Lanka, 12,10 carats, 120 saphirs ronds ou marquise en forme de poire, de couleur pastel et de diamants taille brillant.

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  • Bague cocktail « Blushing Wing » Gübelin sertie d'un saphir padparadscha sri-lankais, 12,10 carats, de saphirs ronds, en forme de poire ou de marquise de couleur pastel et de diamants taille brillant.

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  • Broche « Aigle » Chopard de la collection Red Carpet 2020 en 18 carat or rose et or jaune éthique certifié Fairmined, sertie de diamants de couleurs.

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  • Collier Graff en perles d'émeraude et diamants blancs (émeraudes 163,88 carats, diamants 78,9 carats)

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  • Boucles d’oreilles « Extraordinary Tiffany » Tiffany & Co. serties de kunzites et diamants

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Dans cette période de crise sanitaire et d’instabilité économique, nous observons un réel intérêt pour les pierres et les bijoux d’exception », note Albert Boghossian, dont la famille est depuis 100 ans dans la joaillerie. « Notamment pour les diamants roses et bleus exceptionnels, ainsi que les rubis birmans, les saphirs du Cachemire ou les émeraudes colombiennes de très bonne qualité.» Que ce soit des rubis, des saphirs, des émeraudes ou des diamants, ces pierres précieuses se font de plus en plus rares, car les mines s’épuisent. Leur valeur augmentant en conséquence, certaines pierres précieuses deviennent un excellent investissement, notamment en ces périodes d’incertitudes politiques, sociales et économiques. « Je pense que les pièces de haute joaillerie ont toujours été un très bon investissement et cela principalement du fait de la valeur croissante des pierres précieuses » confirme Caroline Scheufele, co-présidente de Chopard.

Albert et sa fille Dalia Boghossian, qui travaille également dans l'entreprise familiale (Crédits: Ammar Abd Rabbo)

Ainsi, selon Albert Boghossian, les collectionneurs et clients recherchent une solution d’investissement afin de diversifier leur patrimoine et générer un potentiel retour sur investissement conséquent, en particulier dans cette période d’impression d’argent massive des banques centrales. « Bien que nous remarquions cet attrait depuis plus de quarante ans, je pense qu’avec la conjoncture actuelle cette tendance croîtra d’avantage », ajoute le patron éponyme de la maison dont certaines de ses pièces sont conçues comme des œuvres d’art, idéales pour les collectionneurs et les investisseurs. C’est le cas notamment d’un bracelet dont l’inspiration est venue d’un manuscrit allemand datant du XVe siècle. Mis en vente chez Christie’s en 2018, l’objet est parti à 5 millions de francs, alors que l’estimation de départ était de 2 millions. Un record du monde par carat pour un bracelet en diamants de couleur.

« L’avenir de la haute joaillerie est grand, car les pierres précieuses sont des produits naturels qui répondent au besoin de rareté du consommateur. Crise ou pas crise, ce besoin ne partira pas», estime le directeur du département joaillerie chez Bucherer, Jean-Luc Hardmeyer. « Les valorisations varient selon leur clarté, leur taille, leur origine et le traitement subi ou pas, ajoute l’expert. Il est cependant impossible de dire à l’avance si une pierre va prendre de la valeur avec le temps. J’ai en tête l’exemple d’un diamant très rare et précieux acheté par une dame il y a trente ans. Il a malheureusement perdu de sa valeur, car la coupe est aujourd’hui démodée. » Même constat chez Graff: « Les bijoux Graff sont toujours des investissements si vous achetez un design intemporel, c’est-à-dire des bijoux que vous pouvez continuer à porter pendant des années», souligne Matthieu Brichet, CEO Europe de Graff. Toutefois, une bague ou un autre bijou portés par une célébrité ou signés par un créateur connu ont de grande chance de prendre de la valeur, même si le design n’est pas classique, estime Martin Jullier, expert en pierres de la maison Bucherer. Pour Raphael Gübelin, de Gübelin, les pierres précieuses peuvent faire partie d’un porfolio diversifié. « Je recommande aux investisseurs d’acheter une grande pierre plutôt qu’une série de petites pierres et de les faire analyser par un laboratoire de gemmologie. »

Le surcyclage

«Il nous arrive de faire des bijoux sur mesure pour répondre aux besoins d’un client important ayant un ancien bijou qu’il souhaite transformer de manière plus créative», note Albert Boghossian dont la maison s’est spécialisée dans l’art de l’incrustation. «Il nous arrive également de transformer d’anciens bijoux dont le style n’est plus au goût du jour afin de leur donner une seconde vie. Nous aimons aussi fusionner des anciens bijoux avec des interprétations créatives modernes», ajoute celui dont la marque revendique une identité teintée d’Orient et d’Occident. La maison Bucherer reçoit également de nombreuses commandes pour des bijoux sur mesure. Ce service «haute couture» plaît particulièrement aux clientes qui possèdent des bijoux de famille qu’elles souhaitent remettre au goût du jour. Il est aussi dans l’ère du temps, puisqu’il s’agit de surcyclage (une tendance qui consiste à récupérer des matériaux pour les transformer en quelque chose de qualité supérieure). «Notre atelier élabore plusieurs propositions en boutique. Au final, la cliente repart avec un bijou exclusif, pensé et créé pour elle», explique Jessica de Ry, cheffe du design chez Bucherer. Chez Gübelin, un service sur mesure assure une prestation sur mesure. Les clients participent au design de leur bijou, ils sont cocréateurs en quelque sorte de leur objet.

Les pierres à la mode

Toutes les pierres aux couleurs pastel sont très en vogue depuis cinq ou six ans, estime Martin Jullier, expert en pierres de la maison Bucherer, telles qu’aigue-marine, morganite, mais aussi les saphirs dans les tons doux (jaune clair, etc,). Parmi les best-sellers, on retrouve depuis toujours les solitaires et les rivières, notamment, pour la clientèle qui aime les formes classiques et intemporelles. «Sur le podium, on retrouve sans surprise la triade rubis-émeraude-saphir», estime quant à lui Raphael Gübelin. «Outre ces trois pierres, le padparadscha, une variété de saphir orange-rosé originaire du Sri Lanka rare à l’état naturel, est très recherché, de même que la tourmaline paraíba et les diamants. S’agissant de la forme, les clous d’oreilles et les boucles pendeloques sont très appréciés, de même que les bagues cocktail.» Pour créer des pièces innovantes, Gübelin s’inspire des pierres elles-mêmes. Par exemple, s’il est observé au microscope, le padparadscha révèle des inclusions appelées plumes. C’est en observant attentivement ces plumes par photomicrographie que les designers de Gübelin ont eu l’idée de créer le collier Blushing Wing (aile rougissante).

Les femmes s’imposent

Depuis quelques années, de plus en plus de femmes s’offrent leurs propres pièces et n’attendent plus qu’un homme joue les princes charmants. «Elles achètent toutes seules leurs bijoux, véritables symboles de leur émancipation», confirme la cheffe du design chez Bucherer Jessica de Ry. «Les clientes au pouvoir d’achat élevé, qui siègent dans des conseils d’administration ou qui ont des postes de direction, recherchent des parures qu’elles peuvent porter au quotidien. Ces bijoux uniques sont le reflet de leur réussite professionnelle et sociale», confirme Jean-Luc Hardmeyer, directeur du département joaillerie chez Bucherer. Une tendance qui tend à s’inscrire dans la durée.

Pendentif « Extraordinary Tiffany » Tiffany & Co. en platine serti d’une tanzanite taille émeraude de plus de 42 carats et de diamants. (Crédits: Dr)
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Amanda Castillo

Journaliste

Lui écrire

Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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