Bilan

Pérenniser les savoir-faire

Une responsabilité essentielle des horlogers
Crédits: Dr

Former, développer et transmettre. Une nécessité tellement évidente en matière de gestion du capital humain et des savoir-faire qui lui sont associés qu’elle en vient – de temps à autre – à être négligée. Si la santé resplendissante de l’horlogerie suisse assure à ses acteurs une prospérité enviée, il lui incombe – en partenariat avec les filières de formation classiques – de veiller à la transmission des connaissances et des bonnes pratiques, en particulier les plus rares d’entre elles.

Lorsqu’une maison – telle Vacheron Constantin, par exemple – multiplie par dix ses effectifs en quinze ans, le sujet devient hautement stratégique pour le soutien de son impressionnante croissance. C’est pourquoi la plus ancienne manufacture horlogère au monde s’est récemment dotée d’un Institut pour le développement du capital humain et des métiers.

Une manière d’assurer le transfert des savoir-faire sur le long terme, de favoriser la création de réseaux internes de compétences plus informels mais tout aussi essentiels, et d’offrir des perspectives de développement à certains talents afin de les fidéliser. Toutefois, si Vacheron Constantin a reçu en 2013 le Prix de la meilleure entreprise formatrice décerné par l’Etat de Genève, son engagement en la matière ne date pas d’hier. Jean-Marc Vacheron, son fondateur, a en effet embauché son premier apprenti dès le début de son activité, en 1755 déjà.

Parmi les nombreux métiers d’art – comme le guillochage, la gravure, l’émaillage ou encore le sertissage – qui trouvent avec la production horlogère un terrain d’expression naturel, il en est qui ont bien failli disparaître, trop dépendants pour leur survie d’une demande à la merci des modes. Ainsi l’émaillage – peu en vogue pendant plusieurs décennies – a vu le nombre de ses spécialistes diminuer dramatiquement au fil du temps.

C’est grâce au soutien inconditionnel de certains acteurs – dont Patek Philippe, qui continua de passer des commandes régulières à des experts externes renommés pour des travaux sans débouché commercial assuré – que ce savoir-faire très particulier a pu perdurer jusqu’à aujourd’hui.

Certaines spécialisations essentielles à la restauration de pièces anciennes notamment nécessitent quant à elles, en plus d’une solide formation horlogère, une longue pratique pour être exercée à leur plus haut niveau. Ainsi en va-t-il du pivotage, savoir-faire ancestral qui se transmet chez Patek Philippe de maître à élève, sachant qu’il ne faut pas moins de sept ans à un horloger confirmé pour en percer tous les secrets. Une nécessité fondamentale néanmoins pour une manufacture qui souhaite assurer à sa clientèle un service de restauration couvrant l’ensemble de sa production, initiée en 1839.

La transmission des savoir-faire n’est cependant pas l’apanage des seuls acteurs horlogers à l’histoire plus que centenaire. Parmigiani Fleurier, en effet, fondée en 1996, en a ainsi fait dès ses débuts un objectif prioritaire. Avec le soutien actif de la Fondation de famille Sandoz, la jeune manufacture s’est rapidement dotée d’un appareil de production complet permettant à de nombreux artisans d’exercer – et donc de perpétuer – leur précieux savoir-faire. Une stratégie volontariste doublée d’une politique de formation qui en dit long: les apprentis – présents dans tous les départements de la manufacture – représentent plus de 5% des effectifs totaux.

Si l’adoption de mesures internes visant à perpétuer les savoir-faire s’avère essentielle, elle reste cependant insuffisante. C’est pourquoi certains acteurs s’engagent également à collaborer avec des partenaires externes. Il en va ainsi pour Patek Philippe notamment, qui chaque année depuis 2009 convie une vingtaine d’élèves de six écoles d’horlogerie suisses au « Concours de bienfacture et précision » de la maison, qui s’étale sur plusieurs jours. Une manière de confronter la relève aux exigences du monde de la haute horlogerie, de contribuer activement à sa formation et de promouvoir un savoir-faire très spécifique en matière de réglage et de chronométrie.

Dans un champ d’action différent encore, Vacheron Constantin apporte son soutien en qualité de mécène aux Journées européennes des métiers d’art (JEMA). « La richesse culturelle n’est pas uniquement déterminée par les œuvres d’art. Elle l’est également par l’intelligence manuelle des artisans, par ces savoir-faire de l’ombre indispensables à la concrétisation d’un projet artistique. Valoriser l’artisanat d’excellence, c’est assurer son avenir en démontrant sa pertinence dans la création contemporaine », précise Juan-Carlos Torres, directeur général de la marque.

Une manière de plus d’exprimer son attachement à un patrimoine fragile mais ô combien riche et essentiel à l’horlogerie suisse.

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Sébastien Ladermann

FONDATEUR DES EDITIONS ALPAGA

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Editeur, journaliste indépendant et spécialiste en communication, Sébastien Ladermann est passionné de gastronomie et de voitures anciennes notamment. Deux thèmes qui l’inspirent au quotidien dans ses diverses activités, au point de nourrir une intense réflexion sur l’art de (bien) vivre et d'avoir consacré aux plus prestigieux chefs de cuisine lémaniques un ouvrage novateur (Portraits (intimistes) de chefs, paru aux Editions Alpaga) préfacé par F. Girardet, Ph. Rochat et G. Rabaey.

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