Bilan

Où voir les plus belles collections privées

De plus en plus de fortunes européennes choisissent de créer des musées ou des fondations ouvertes au public. Une façon de valoriser leurs chefs-d’œuvre tout en réduisant leurs impôts.
  • Saatchi Gallery, Londres: Associé à son frère Maurice, Charles Saatchi a construit sa fortune dans l’univers de la publicité. Ensuite, le discret collectionneur anglais s’est consacré à sa passion pour l’art au travers de sa galerie londonienne. On lui doit les expositions des Young British Artists qui ont fait émerger dans les années 1990 quelques-uns des plasticiens de pointe actuels, dont Damien Hirst. En 2007, Charles Saatchi a racheté l’imposant ancien quartier général du duc d’York pour y ouvrir son musée gratuit de 6500 m². On y recense plus de 800 000 visiteurs chaque année. A ses débuts, il s’était assuré la collaboration du commissaire-priseur suisse Simon de Pury (désormais dissocié de la maison de vente new-yorkaise Phillips avec laquelle il a longtemps collaboré). Crédits: Matthew Booth/Saatchi Gallery, Dr
  • Fondation Deste, Athènes: Agé de 72 ans, le collectionneur grec Dakis Joannou a fait son apparition dès 2010 dans le classement des 100 personnalités les plus influentes du monde de l’art que publie chaque année «ArtReview». Son patrimoine provient de ses activités industrielles, et de ses placements dans l’hôtellerie et la construction. Il est surtout le distributeur officiel de Coca-Cola dans 27 pays, dont la Suisse. En 1983, il a créé la Fondation Deste à Athènes. Il possède des pièces signées des plus grands artistes du moment, dont Mike Kelley, Maurizio Cattelan ou Jeff Koons, qui est un ami. L’artiste américain a notamment décoré son yacht baptisé «Guilty».
  • Palazzo Grassi et Punta Della Dogana, Venise: François Pinault possède l’une des principales collections d’art contemporain du monde avec près de 2500 œuvres. Andy Warhol, Jeff Koons, Lucio Fontana: celle-ci est un condensé de ce qui se fait de mieux en la matière. Pour rappel, l’homme d’affaires français avait acquis Christie’s pour 1,9 milliard d’euros en 1998. Après avoir cédé le contrôle de son groupe Kering (ancien Pinault-Printemps-Redoute) à son fils François-Henri en 2001, le détenteur de la 27e fortune d’Europe a pu se focaliser sur sa passion. En 2005, il a racheté pour 29 millions d’euros ce palais vénitien, ancienne propriété de la famille Agnelli. Il y a injecté 5 millions d’euros supplémentaires pour les travaux de rénovation des 40 salles. En 2007, il a soufflé la reprise de la Punta della Dogana à la Fondation Guggenheim. Chaque année, plus de 370 000 visiteurs sont accueillis dans ces espaces d’exposition. Crédits: Nic Lehoux/Astrup Fearnley, Dr
  • Astrup Fearnley Museet, Oslo: Hans Rasmus Astrup est le plus grand collectionneur d’art scandinave. L’ancien musée Astrup était établi depuis 1993 dans le centre d’Oslo. L’architecte Renzo Piano a signé le nouvel édifice orné d’un toit en forme de voile blanche qui a ouvert l’automne dernier au cœur du port de cette même ville. Le coût de cet élégant bâtiment de 4200 m² s’est élevé à 88 millions d’euros. Agé de 74 ans, Hans Rasmus Astrup est l’héritier d’une lignée d’armateurs qui ont toujours été des collectionneurs d’art. Il a également été très actif dans le monde de la finance. Il possède, lui aussi, des œuvres d’artistes de premier plan, tels que Cindy Sherman, Richard Prince ou Gerhard Richter. Crédits: Nic Lehoux/Astrup Fearnley, Dr

Albrecht V de Bavière fut l’un des pionniers européens en matière de création de musées privés. Vers 1560, il fonda sa célèbre «Kunstkammer» afin de faire étalage de sa puissance. Plus près de nous, les familles Whitney, Frick et Guggenheim avaient repris cette approche afin de sublimer leur fortune industrielle et financière. Ce trend n’a cessé de croître en Europe durant les deux dernières décennies. Depuis 1995, l’Allemagne, à elle seule, a vu s’ouvrir une douzaine de lieux de cette nature.

«Durant la période de croissance économique, le marché spéculatif a conduit passablement de personnes à placer leur argent dans l’art. Elles ont commencé à acquérir plus d’œuvres qu’elles ne pouvaient en héberger chez elles. Elles auraient pu bien sûr les stocker dans des entrepôts, mais cette formule leur aurait ôté tout plaisir», commentait il y a peu Anna Somers Cocks, la fondatrice et éditrice d’Art Newspaper.

Du point de vue de la transmission, les donations aux établissements publics ont longtemps constitué la règle. En contrepartie, une aile de l’édifice en question était baptisée à leur nom. A l’usage, il était toutefois fréquent qu’un pourcentage conséquent de ces pièces ne quittât jamais les réserves. Musée ou fondation, l’institution privée s’est alors imposée comme la formule la plus viable.

L’avantage: en cédant leurs œuvres à une entité juridique qu’ils contrôlent, ces esthètes contribuables échappent dans bien des pays à tout ou partie de l’impôt sur la fortune. La valorisation de leurs collections figure en outre parmi leurs motivations moins avouables: montrer leurs pièces augmente leur valeur.

«Ce n’est pas nécessairement que ces personnes désirent faire de la publicité à leurs œuvres, mais cette dimension ne doit pas se situer non plus à des années-lumière de leurs réflexions», confirme Anna Somers Cocks.

François Praz

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