Bilan

Oser la rupture

Oser la rupture

Le luxe, temple de la tentation, est-il encore capable de tenter, d’oser, quitte à choquer ? 

Dans l’histoire, les objets iconiques reconnus aujourd’hui comme emblèmes d’un luxe classique ont toujours vécu une naissance à contre-courant des mœurs et habitudes. C’est dans la force du message, le parti-pris esthétique et le point de vue sociétal que la maison de luxe a toujours fait mouche. 

Dans l’horlogerie, la joaillerie, la mode, la maroquinerie ou l’automobile, l’objet des convoitises racontait l’histoire en mouvement. Un smoking pour femme, une jupe pour homme, un bijou unisexe, poser un regard sur le monde qui change et en restituer la symbolique dans un langage unique a longtemps fondé le succès d’une marque. Mais cela impliquait se ranger du côté de l’offre, de la pure proposition créative et non de la demande et des marchés. 

Et aujourd’hui, qu’en est-il ? Les maisons de luxe revisitent les icônes, mais ne créent guère de fulgurances. L’industrie du luxe, avec ses réalités digitales, ses impératifs de marché et le dictat des résultats financiers au trimestre, a passablement dilué le sens symbolique que le luxe doit pouvoir porter vers ses publics, jeunes ou matures : la prise de risque, le regard et le fondement culturel. Seul le produit « viral » que l’on s’arrache sur le net semble primer désormais. Ce dernier, nourri à l’ère des collaborations entre marques de luxe et labels venus d’autres univers ou calé sur la énième création vintage revisité a pourtant déjà tendance à lasser. Du côté de l’horlogerie suisse, même constat. Beaucoup de vintage et peu de remises en question. Et le piédestal du Swiss Made et l’aura du savoir-faire helvétique semblent représenter pour la profession un bouclier indestructible contre la concurrence asiatique. Oser le penser, c’est déjà trop. Ce numéro fait le choix de montrer que c’est dans la rupture, dans une manière d’oser, que l’on trouve un nouvel élan. Ariane de Rothschild (en couverture), a fait le choix pour sa banque de ne plus spéculer, mais d’investir de manière durable avec un impact socio-économique positif. Junya Ishigami, architecte japonais, veut libérer l’architecture, décloisonner les espaces ou encore Sheku Kanneh-Mason, le violoncelliste prodige de 19 ans qui milite pour la diversité. Oser, comme un acte libérateur, c’est être à nouveau créateur de valeurs.

Cristina d'Agostino

RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE EN CHARGE DE BILAN LUXE

Lui écrire

Licenciée en Sciences politiques à l’Université de Lausanne puis spécialisée en marketing et économie à HEC Lausanne en 1992, Cristina d’Agostino débute sa carrière dans l’industrie du luxe, et occupe les fonctions de responsable marketing et communication pour diverses marques horlogères. En 2008, elle décide de changer radicalement d’orientation, et débute une carrière de journaliste. En freelance d’abord, elle collabore aux titres Bilan, Bilan Luxe, Encore, avant d’intégrer la rédaction de Bilan en 2012. Depuis 2012, elle occupe la fonction de rédactrice en chef adjointe et responsable des hors-série Bilan Luxe.

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