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Ce n’est que sous forme de cabriolet, de roadster ou de spider que les voitures de sport dignes de ce nom trouvent leur vraie définition. Expérience vécue au volant de la McLaren MP4 12 C Spider.
  • McLaren MP4-12C Spider: le bolide imprégné de tradition de Formule 1 est vendu à partir de 230 000 euros. Crédits: Dr
  • McLaren MP4-12C Spider: le bolide imprégné de tradition de Formule 1 est vendu à partir de 230 000 euros. Crédits: Dr
  • Un physique musclé : rétroviseur extérieur de l’Aventador. Crédits: Dr
  • Une lady parmi les voitures de sport : l’Aston Martin Vantage dans sa version SP10. Crédits: Dr
  • 625 chevaux font accélérer le Spider de McLaren de 0 à 100 km/h en 3,3 secondes. Crédits: Dr
  • L’habitacle de la Lamborghini Aventador. Crédits: Dr
  • La Lamborghini Aventador Roadster : le monstre italien de 700 chevaux et traction sur quatre roues vaut 480 000 francs. Crédits: Dr

Le test décisif pour savoir si une super- voiture sportive mérite vraiment son nom, c’est la pluie. La plupart des ingénieurs qui construisent des voitures découvertes professent l’opinion erronée, surtout quand il s’agit de vrais bolides, selon laquelle ces véhicules seront plutôt utilisés quand il fait grand beau.

Par conséquent, les essuie-glaces sont souvent des accessoires superflus, nécessaires uniquement pour obtenir le permis de circulation. Chez McLaren, il n’en va pas ainsi : l’essuie-glace unique nettoie vraiment bien, presque sans bruit et, grâce au capteur de pluie, il le fait automatiquement dès les premières gouttes.

La McLaren, quelle voiture ! A vrai dire, le modèle porte un nom imprononçable : MP4-12C, c’est aussi sexy qu’un programme de relance économique français. On a déjà beaucoup glosé à son sujet : on la décrit volontiers comme une tueuse de Ferrari (surtout dans les médias britanniques, à qui nul ne songerait à reprocher de ne pas être patriotiques), un véhicule incroyable, sensationnel.

On peut tout à fait se rallier à cet avis, car il est vraiment étonnant que McLaren ait su mettre sur quatre roues à partir de rien (ou presque, si l’on excepte quelques décennies de formule 1) une bagnole aussi merveilleuse. D’autres grands noms s’y sont cassé la figure, tandis que McLaren prend sa place pour y rester.

Une machine de course

Il fut un temps où toutes les voitures étaient découvertes. Quand elles faisaient leurs premiers tours de roue dans le temps, il y a un peu plus de 125 ans, elles n’étaient guère plus que des calèches sans chevaux car leurs petits moteurs n’auraient jamais pu propulser un carrosse fermé. De nos jours, les voitures sans toit sont en minorité.

Elles ne représentent que quelques pourcents de parts du marché de l’automobile. D’aucuns adorent s’asseoir au volant de boîtes de conserve proprement soudées – on se demande bien pourquoi, peut-être parce que c’est un peu plus stable, peut-être un peu moins compliqué, car l’ouverture et la fermeture du toit ne sont pas pour tous les cabriolets, roadsters et spiders une tâche que l’on a envie de répéter à tout bout de champ. Mais, pour dire le vrai, une voiture « convenable » se doit d’être ouverte, le vécu est plus immédiat, plus intense, plus vivant, plus beau.

C’est vrai aussi pour la McLaren MP4-12C. Il va de soi que le modèle coupé est un véhicule raffiné, mais le spider disponible depuis cette année est un vrai bonheur.

On s’en rend compte quand le son du moteur se mêle au bruit des tracteurs qui labourent les champs, au gazouillis des oiseaux, au klaxon furieux du chauffeur de bus à qui on vient de couper la route, à l’odeur du foin et des tas de fumier, de l’asphalte chaud et de la gomme qu’on y a laissée, aux images fugitives des fermes et des moutons épouvantés, des cyclistes encore plus effarés, d’un arc-en-ciel de-ci de-là, ou tout simplement du soleil étincelant, de l’ombre, des arbres, des virages, des lignes droites, des stations d’essence. L’immersion est totale.

On peut sans peine éprouver quelque chose comme de l’humilité. L’humain a assujetti la nature, il la maîtrise, il la pille. Mais dans une McLaren décapotée il revient un peu en arrière. On y est certes un peu coupé de la réalité, enchâssé dans le carbone et le cuir fin, entouré de technique sous sa forme la plus belle. Mais quand même.

Sans doute sait-on à nouveau mieux apprécier les petites choses de la vie quand on a eu le privilège d’expérimenter 1,4 tonne d’ingénierie d’exception, car cette voiture possède une force et un pouvoir inexplicables : c’est une révélation automobile.

Parmi les voitures de sport dignes de ce nom, il en existe quelques autres qui sont décapotables. Porsche ne propose sa 911 – un modèle qui fête son cinquantenaire cette année – sous forme de cabriolet que depuis 1983, mais la version a sa clientèle fidèle de gens qui n’achèteraient jamais une 911 au toit rigide.

Ferrari a aussi à son programme la 458 Italia sous forme de spider et la California au toit d’acier escamotable, mais c’est plutôt fait pour les sentimentaux.

La Lamborghini Aventador

Chez Lamborghini, tout se présente aussi toujours sous forme découverte. L’Aventador Roadster, 700 chevaux, est à coup sûr l’engin sans toit le plus insensé. Oui, bon, tout en haut on trouve encore la Bugatti Veyron et ses 1250 chevaux en variante échevelée, mais la Lamborghini est plus impitoyable, du grand cinéma, incroyablement bruyante, incroyablement brutale.

Elle est large de 2,03 mètres, rétroviseurs non compris, et haute de 1,14 mètre, sa ligne est tellement effilée, tellement plus acérée que n’importe quel autre véhicule. C’est en version roadster que cette furie trouve sa meilleure expressivité, que les détails retiennent encore davantage le regard. L’Aventador Roadster coûte 480 000 francs.

Mais même ceux qui auraient la somme sous la main patienteront jusqu’à début 2015, car Lamborghini n’a actuellement pas les capacités d’honorer les commandes. Mais on a ici la matière première propre à tricoter les légendes : en version roadster, l’Aventador a trouvé sa véritable définition.

L’essentiel, c’est le chemin

Cela dit, retournons auprès de notre McLaren. Le moteur V8 arrière est mis sous pression par deux puissants turbocompresseurs, on change de rapport à l’aide d’une transmission à double embrayage de sept rapports. Le moteur centré entre les essieux prend une brève inspiration et, dès 3000 tours, les deux turbos le mettent sous pression maximale.

Il va de soi que 625 ch propulsent puissamment, mais on s’étonne encore plus de voir ce 3,8 litres monter les tours. Les 8500 tours/minute sont atteints en moins de temps qu’il n’en faut à un conducteur de limousine pour faire un appel de phares.

Les douze cylindres accélèrent sans à-coups : selon le constructeur, les 200 km/h sont atteints en 8 secondes. Le diamètre des disques de freins est de 37 centimètres à l’avant, 2 de moins à l’arrière.

Donc, on y va pleins gaz. Mais que se passe-t-il ? D’un coup, il fait tout sombre dans l’habitacle ! C’est l’« airbrake », l’aérofrein, qui procure aux occupants une ombre bienvenue suivant la position du soleil. A partir de 110 km/h, au prix d’un coup de frein énergique, l’aileron arrière se met en position presque verticale contre le vent.

Il s’agit de s’y habituer, car c’est assez bruyant. Ce spoiler n’aide pas uniquement à mieux freiner mais, à très haute vitesse, sa position permet aussi d’exercer plus de pression sur l’essieu arrière, ce qui accroît le contact des roues avec l’asphalte. Mais pour le conducteur, la sensation d’entendre le travail de freinage grâce au toit ouvert n’est pas mal non plus.

Puis il se remet à pleuvoir. Mais seules des poules mouillées fermeraient alors le toit car, tant qu’on roule, il ne pleut pas dans l’habitacle. Or, c’est bien au mouvement que l’on s’attend quand on pilote une McLaren MP4 12C.  On va donc s’offrir un petit détour car, c’est bien connu, l’essentiel n’est pas au bout du chemin, l’essentiel est le chemin.

Le parfum enivrant de l’asphalte mouillé pénètre les narines, puis celui de l’herbe coupée. On ne voudrait plus descendre de voiture, plus jamais. D’ailleurs, les hommes, les vrais, roulent avec le toit ouvert en hiver aussi. Car il n’y a pas de mauvais temps qui tienne, il n’y a que des vêtements inadaptés.

Peter Ruch

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