Bilan

On se loue une vie?

En entreprise ou à la maison, tout s’emprunte: services, objets du quotidien et même œuvres d’art. Mode d’emploi.

L’Helvète est-il prêteur? C’est la question épineuse que se posent les sociétés pionnières en matière de consommation participative en Romandie. Si le phénomène, avant tout d’ordre culturel, est déjà pleinement installé outre-Atlantique, il commence seulement à poindre en Suisse et demeure un vrai pari lancé aux habitudes d’achat des Suisses. Né il y a environ cinq ans, il dépasse largement le cercle des indignés du consumérisme. Aujourd’hui, louer ou troquer permet de découvrir à moindre coût des mondes artistiques, tester des nouvelles technologies, partager des connaissances ou développer des capacités sous-évaluées dans le milieu professionnel. Plusieurs plates-formes suisses d’échange ou de location de biens et de services ont vu le jour ces dernières années. Mais cette philosophie ne passe pas uniquement par Internet. Certaines locations méritent conseil. Dans l’art, une société romande s’est même spécialisée dans le prêt d’œuvres contemporaines en entreprise.

Consommer écoresponsable

Pourquoi acheter un équipement de bureau, une voiture, un canapé, une Power Plate, une piscine si l’on peut les louer ainsi que les services qui les accompagnent? Patron d’Easyliz, ingénieur en informatique, Mustafa Sel croit en cette nouvelle tendance. Fondée en 2010, mais réellement opérationnelle depuis mars 2011, Easyliz compte aujourd’hui plus de 2500 objets et services en location, essentiellement en Suisse romande. «Potentiellement, j’estime le nombre d’objets à louer entre 40 000 et 60 000 en Suisse. Nous sommes loin du million et demi de biens et services loués en Allemagne! C’est avant tout un réflexe d’ordre culturel, et le Suisse n’est pas vraiment prêteur. D’ailleurs, le pourcentage de biens ou services mis en location provient encore très largement de professionnels, et seuls 200 privés le font régulièrement.» Mais Easyliz est à quelques jours d’un tournant. Début mars, le site connaîtra un lifting complet de son image et la plate-forme sera officiellement opérationnelle en France. «Nous visons un élargissement de la gamme à 15 000 voire 40 000 objets. Mais uniquement grâce au travail actif de deux commerciaux employés à plein-temps sur Paris. Sans ces forces vives, il n’y a pas d’évolution possible sur ce genre de plate-forme.» Prochain marché visé: les Etats-Unis. «Mais l’idée n’est pas de louer un tapis à Los Angeles si l’on habite en Suisse. Notre système de géolocalisation permet une consommation participative de proximité et écoresponsable.»

Comment ça marche? On s’inscrit sur le site. La mise en ligne d’un objet ou service est gratuite ou payante selon les avantages, conseils et référencements proposés. On télécharge un contrat type et on attend. Ce qu’on peut y louer? De la fête de mariage ou d’anniversaire clés en main au canapé, de la tondeuse au palmier, du scooter au lave-linge, en passant par une baby-sitter ou un prof de maths. www.easyliz.com

Décoration  Nathalie Hecker et Maude Freymond Wanner ont créé Murs Porteurs en 2008.

Quand les murs en disent long

Quel patron n’a pas souhaité balayer d’un claquement de doigts les tableaux souvent devenus moroses qui peuplent ses murs, sans pour autant y investir du temps et son argent? Consciente ou non du message que délivre une œuvre, l’entreprise positionne forcément son image à travers elle. Bien géré, ce mode de communication peut être un outil de valorisation auprès du client et de stimulation auprès des employés. Murs Porteurs, société créée en 2008 par Nathalie Hecker et Maude Freymond Wanner, s’est profilée au fil des ans comme l’interface professionnelle entre le monde réel de l’entreprise et celui, très abstrait, de l’artiste. Loué, l’art contemporain devient abordable. Son approche se désacralise. Nathalie Hecker: «Nous travaillons avec plus d’une centaine d’artistes contemporains. Et notre rôle est de créer une rencontre entre deux univers qui fasse sens. Après avoir bien étudié l’image et les valeurs d’une société, nous proposons un choix d’artistes qui partagent et expriment un même ressenti.» Un exemple? Maude Freymond Wanner se souvient de ce client confronté à une expansion internationale nécessitant de nouvelles adaptations de la part de ses collaborateurs. «Nous lui avons proposé d’exposer les œuvres d’un peintre suisse, Olivier Saudan, qui lui aussi, pour les besoins d’un travail, avait dû sortir de sa zone de confort en allant capter des impressions dans sept pays différents, sans jamais avoir réellement voyagé auparavant. La rencontre fut porteuse de sens, les collaborateurs se sont sentis compris et valorisés.»

Murs Porteurs propose de changer d’artiste tous les six mois, s’occupe de l’accrochage, organise des rencontres avec l’artiste. Le coût varie en fonction de l’œuvre, mais Nathalie Hecker ajoute: «En général, ça ne dépasse pas le budget de 20 cafés quotidiens en entreprise.» www.mursporteurs.ch  

Sur-mesure  Une œuvre du photographe Mathieu Bernard-Reymond créée spécifiquement pour un client.

L’art à la portée de tous

Pour votre salon ou tous les murs de votre appartement, la galerie Art et Emotion, à Lausanne, loue un vaste choix de sculptures, peintures, collages ou encore photos d’une cinquantaine d’artistes contemporains. Dans sa galerie showroom de 250 m2, Patricia Joly se propose de vous guider dans vos choix et de venir accrocher les œuvres chez vous.

www.galerie-artemotion.ch.

Sylvie Bernaudon

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