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Nouveau lustre pour l’âge d’or des maharajas

Le joaillier des maharajas fait revivre faste et apparat des dynasties royales indiennes à New Delhi et convie les passionnés de old timers au plus chic des concours d’élégance. Bilan Luxe a fait le voyage, en exclusivité.
  • Crédits: Frank Kappa
  • Le maharaja de Patiala et son collier de cérémonie créé par Cartier en 1926 qui compte 2930 diamants.

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  • Le modèle Minerva AL 40HP de 1933 appartenait au rajah de Mahmudabad avant d’être restauré par son propriétaire actuel Diljeet Titus.

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  • La femme ailée, mascotte de la Cadillac V16 Séries 90 de 1938.

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  • La cygogne ailée, mascotte de l’Hispano-Suiza.

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  • Les Américaines étaient en bonne place dans la centaine de véhicules vintage exposés à New Dehli

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  • Stanislas de Quercize (CEO de Cartier) a fait le déplacement pour la 3e édition du Cartier Travel with Style

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  • Son Altesse Royale le Prince Michael de Kent (Président du concours)

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New Delhi. Les premiers rayons percent l’air encore vif de ce mois de mars. Lavée par les pluies des dernières heures, la lumière pâle réveille les limousines et cylindrées d’un autre temps, ces « carrosses sans chevaux » chargés de la toute-puissance des maharajas d’antan. Purs produits de leur amour inconditionnel pour les belles européennes ou américaines d’avant et après-guerre, elles sont moins d’une centaine, parquées sur le terrain du Jaipur Polo, en plein cœur de New Delhi, savamment protégé du contraste extrême qui frappe la mégapole de 20 millions d’habitants. 

Une Rolls Phantom II de 1937 entièrement plaquée de métal argenté donne le ton. La Chevrolet rose étire sa silhouette chromée sur le gazon taillé à l’anglaise. Une Hispano-Suiza de 1925 pointe sa symbolique « mascotte » en forme de cigogne ailée à la gloire des années folles. La Minerva de 1933 carrossée par Vanden Plas aux intérieurs capitonnés de velours bleu océan attire déjà les regards experts. Le Cartier Travel with Style édition 2015 peut commencer. 

Sur le terrain, autour des chefs-d’œuvre automobiles ou sur les gradins, la bonne société indienne se retrouve, satisfaite de contempler ce qu’il reste encore de la glorieuse époque d’avant 1947. Ratan Tata, le magnat industriel surpuissant, Diljeet Titus, l’avocat d’affaires réputé et Son Altesse le maharaja Gaj Singhji de Jodpur sont là. Car depuis 2008, année de la première édition du concours d’élégance initié par Cartier, l’engouement pour le patrimoine automobile indien a grandi. Propriété de la royauté et de collectionneurs privés, les voitures les plus rares et les plus extravagantes sont exhibées tous les deux ans.

Exceptionnel, ce concours d’élégance dépasse même celui de Pebble Beach ou de Goodwood par l’extraordinaire richesse de l’histoire qu’il révèle. Car aucune des voitures exposées n’est jamais sortie d’Inde ou n’a été importée par acquisition aux enchères. Les automobiles étant considérées des biens nationaux, toute importation et exportation était interdite jusqu’à peu. 

L’automobile indienne, un siècle de flamboyance et de tourment

Toutes relatent le parcours chaotique du sous-continent indien et de leurs nobles propriétaires, depuis leur date de commande – pour la plus ancienne ce jour-là une Rolls-Royce Silver Ghost de 1913 – jusqu’à nos jours. Un siècle de vie, de flamboyance, de tourments et de renaissances. Premiers témoins et experts de ces pans d’histoire roulants, les membres du jury, éminents connaisseurs venus goûter au plaisir de cet exotisme automobile.

Son Altesse Royale le prince Michael de Kent en figure tutélaire de cet âge d’or réunissait autour de lui Jean Todt, président FIA, venu en Inde parler sécurité routière, Sandra Button, directrice de Pebble Beach, appelée pour son influence indéniable en matière automobile, Simon Kidston, grand spécialiste genevois du marché des enchères et des collectionneurs de très haut vol comme Michael Kadoorje et Nigel Matthews.

Même si tous ne sont pas amoureux des voitures d’avant-guerre, comme l’avoue Jean Todt qui « préfère les bolides à partir du milieu des années 1950 car ce sont ceuxqui le faisaient rêver quand il était gamin », tous admirent le travail titanesque de ces collectionneurs indiens. Remettre en état des véhicules complètement décatis, dans un pays qui ne possède aucun club automobile ni littératures spécialisés, relèverait presque de l’acte militant, tant la tâche est ardue. 

Pour Simon Kidston, ces véhicules rutilants sont un miracle, le fruit d’une obstination dans la passion qui le sidère : « Ici, les voitures ne sont pas restaurées aux mêmes normes que dans d’autres concours comme Pebble Beach où je suis juge également. Elles sont restaurées malgré un manque total de pièces détachées et de main-d’œuvre qualifiée, mais avec une grande inventivité, typique de l’Inde. En Angleterre, le propriétaire appellerait son restaurateur et lui dirait : voilà vous avez un an pour faire le travail. Ici, non, tout est difficile. » 

Légendes et folies des maharajas

Ces automobiles, justement, incarnent une légende, celle des maharajas. On connaît l’amour inconsidéré des rois d’entan pour Rolls-Royce, qui au milieu des années 1940 en avait construit plus d’un millier pour le marché indien. Une surenchère de luxe, de dorures et de caprices dont le summum de l’extravagance avait été cette Rolls en forme de signe du maharaja de Nabha qui parcourait les rues en éloignant les passants par de la vapeur sortant du bec du volatille ou cette Rolls décapotable exposée au Cartier Travel with Style 2015 surmontée d’une grande ombrelle de velours et de broderies.

Une des voitures qui gagnera les faveurs du jury, la Hispano-Suiza H6B, appartenait au maharaja de Mysore, le deuxième homme le plus riche du sous-continent indien, à la tête de l’Etat de Mysore, qui avait pour habitude de tout commander en multiple de 7 exemplaires et jusqu’à 28 commandes identiques. Le constructeur Rolls-Royce, heureux de cette lubie lucrative, inventa d’ailleurs l’expression « faire un Mysore » en référence à ces commandes en série. Elle appartient aujourd’hui à l’industriel G.D. Gopal. 

Mais c’est la Minerva de 1933, l’une des marques les plus luxueuses de l’entre-deux-guerres, restaurée par son propriétaire actuel, l’avocat d’affaires international Diljeet Titus, qui rafle les suffrages. Il raconte : « C’est une Minerva type AL, la catégorie la plus luxueuse. Elle appartenait au rajah de Mahmudabad dans l’Uttar Pradesh (personnage politique important du mouvement de l’indépendance de l’Inde). Son état était méconnaissable, presque tout était détruit et en lambeaux. Je l’ai restaurée pendant cinq ans. Il y a même une vraie montre de poche Minerva à l’arrière ! J’adore la proportion des lignes des automobiles des années 1930 et 1940. Je la conduis souvent, pour aller à Jodhpur, en week-end. »

Il y a aussi cette Triumph 2000 Road-ster de 1947 dont on ne voit plus trace de l’arbre qui poussait en son milieu ou cette Mercedes 290 Pulmann de 1936, une limousine « qui a été récupérée des eaux par un jeune de 20 ans, raconte Simon Kidston. Il ne restait pas grand-chose. Ses parents pensaient qu’il était devenu fou, et aujourd’hui il participe avec elle au concours d’élégance Cartier. Ça, en Europe, vous ne le voyez jamais ! C’est aussi un concours démocratique. »

Ou cette Rolls-Royce Phantom I de 1928 qui appartenait au maharaja de Bhavanagar, dont la carrosserie en aluminium retravaillée pour des parties de chasse a été entièrement restaurée par son propriétaire actuel, Gupreet Singh, architecte d’intérieur réputé. Deux fusils d’époque figurent d’ailleurs encore sur le côté de l’automobile.

« C’est une très grande et longue restauration de sept ans !, souligne Gupreet Singh, à la stature imposante et au turban bleu parfaitement enroulé autour de sa chevelure. Elle est un peu grande pour nos routes, mais nous la conduisons une fois par semaine. Pour nous, promouvoir l’héritage de notre pays est important, car il a été négligé pendant des années. » Et son fils, tireur professionnel et athlète olympique de la discipline aux derniers JO de Londres, de renchérir : « Leur présence ici peut aisément faire doubler leur cote ! »

C’est aussi la old timer préférée de Stanislas de Quercize, CEO de Cartier venu soutenir la résurgence du patrimoine automobile indien. Mais pas uniquement. Le pays est très prometteur pour la maison : « L’histoire qui lie Cartier à l’Inde remonte à 1911, quand Jacques Cartier venait y rencontrer les maharajas et étudier les émeraudes, diamants, rubis et saphirs que ces derniers souhaitaient voir monter en style parisien. »

Des joyaux magistraux et aujourd’hui mythiques sont nés de ces rencontres. En 1926, Cartier crée le collier de cérémonie du maharaja de Nawanagar qui arbore l’extraordinaire diamant blanc « La Reine de Hollande » de 136,25 carats couplé à des diamants de couleur ou le collier d’apparat du maharaja de Patiala, l’homme le plus riche du pays, qui comptait 2930 diamants pour un poids total de 962,25 carats.

« Il est aujourd’hui dans la collection Cartier. Le maharaja l’arborait lorsqu’il traversait son territoire à dos d’éléphant pour montrer sa puissance. Les maharajas de l’époque sont les entrepreneurs d’aujourd’hui. Récemment, l’un d’eux a offert 500 montres Cartier à son mariage, une par convive. L’Inde compte plus de 1,3 milliard d’habitants dont la moitié a moins de 25 ans. C’est un marché porté sur la célébration, donc très prometteur pour Cartier. Mais il reste encore à conquérir, car plus de 80% achètent encore de la joaillerie générique, non signée. »  

Cristina d’Agostino

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