Bilan

Nager dans l’eau glacée, un frisson très à la mode

En cette période de pandémie, de plus en plus de courageux se baignent en plein hiver dans les lacs. Pourtant, cette pratique qui semble avoir un effet bénéfique sur le moral n’est pas dénuée de risques.

  • Crédits: François Wavre/lundi13
  • Des membres du Morges Natation profitent d’une eau à 6 degrés, soit 3 degrés de plus qu’à l’extérieur.

    Crédits: Boogert Fotografie
  • Des membres du Morges Natation profitent d’une eau à 6 degrés, soit 3 degrés de plus qu’à l’extérieur.

    Crédits: Boogert Fotografie

A 8 h 30, un mardi matin, au bord du lac Léman, quelques promeneurs bravent le froid pour sortir leur chien. Ils sont tous emmitouflés dans leur doudoune en plein mois de janvier, bonnet vissé sur leur tête. La bise souffle alors que la neige est perceptible sur les cimes. A Lutry (VD), deux femmes quadragénaires, toutes guillerettes, se déshabillent et se dirigent en maillot de bain vers les flots. Sans l’ombre d’une hésitation, elles se jettent à l’eau et barbotent. Les passants s’arrêtent. Certains lancent des bravos d’admiration. Un monsieur semble interloqué. «Ce n’est pas dangereux de rester dans l’eau en plein hiver?» demande-t-il inquiet.

Les naïades expliquent leur démarche. «Je me sens bien pour affronter toute la journée après avoir fait quelques brasses dans l’eau fraîche», dit l’une. «C’est mon antidépresseur naturel», ajoute la deuxième.

Contemplation et apaisement

S’immerger dans l’eau glacée fait de plus en plus d’adeptes. Le goût du challenge et du dépassement de soi est dans l’air du temps. Même si, à Genève, la 82e Coupe de Noël prévue le 20 décembre 2020 a été annulée en raison des mesures sanitaires, cette course attire chaque année toujours plus de nageurs. Ils étaient 2300 courageux à y participer en 2019, contre trois fois moins il y a dix ans. Le coronavirus a accéléré la tendance. «En ces temps de Covid, comme les activités sont plus restreintes, j’ai décidé de tenter l’expérience. Pour moi, c’est une occasion de rigoler et de voir du monde. Cela me donne une énergie incroyable», témoigne Véronique qui entraîne volontiers sa fille dans ses escapades lacustres.

Il y a du mimétisme dans cette pratique aquatique. On a envie d’essayer en voyant les autres. «J’ai toujours aimé nager. L’eau froide, on s’y habitue. Cela pique durant quelques secondes. La respiration devient plus courte. Puis on ressent une certaine chaleur», confie Karin. Cette sportive préfère se baigner seule, les soirs de semaine, en écoutant de la musique classique. Elle ne déroge pas à cette pratique, quelle que soit la météo. «J’entre dans un état méditatif où j’observe les oiseaux, les canards, le flux des vagues. C’est une contemplation intérieure et extérieure. J’ai une alarme dans mes écouteurs pour me rappeler quand je dois sortir de l’eau.» Elle s’est imposé une règle: à 7 degrés, Karin nage 7 minutes; à 6 degrés, 6 minutes.

S’immerger dans l’eau froide aurait-il un effet thérapeutique? Cette pratique semble apaiser, calmer tout en redonnant de l’énergie. Selon les spécialistes, il y aurait effectivement des effets sur l’humeur. «Lorsque l’on se baigne régulièrement, un phénomène d’accoutumance s’observe. Les hormones liées au stress augmentent de moins en moins. En revanche, l’hormone du bien-être reste à un niveau élevé. D’où l’envie d’y retourner», constate Benoît Desgraz, chef de clinique au Service de cardiologie et spécialiste en médecine subaquatique et hyperbare du CHUV.

Risque de troubles respiratoires

Grâce à cette pratique, certains nageurs estiment qu’ils ne tombent jamais malades. «Il n’y a pas de lien démontré entre la stimulation du système immunitaire par l’eau froide et l’efficacité de la réponse immunitaire, tempère Benoît Desgraz. Toute activité physique en extérieur améliore, de manière générale, le bien-être.» Le spécialiste estime qu’il est indispensable de faire un bilan de santé au préalable. En cas de pathologie cardiaque sous-jacente, comme de l’hypertension mal contrôlée, une insuffisance cardiaque ou un problème respiratoire, il faut absolument éviter de se baigner dans l’eau froide.

Si le bilan de santé le permet, il y a des règles à respecter: il faut s’immerger progressivement et éviter de se baigner seul. «Alors que l’eau sur le visage active le système parasympathique, un changement brusque de température va induire une stimulation du système nerveux sympathique en parallèle. Le conflit entre ces deux systèmes peut favoriser la survenue d’une arythmie cardiaque, avertit Benoît Desgraz. De plus, l’eau froide et les projections d’eau au niveau de l’arbre respiratoire peuvent induire une hyperventilation qui n’est pas dénuée de risques. Elle peut même entraîner des comas.»

De plus, l’immersion induit une redistribution du sang de la périphérie vers le cœur. «Ce phénomène est encore plus important dans l’eau froide et peut conduire à une insuffisance cardiaque et des troubles respiratoires. Même chez des personnes en parfaite santé, on voit des œdèmes pulmonaires d’immersion», ajoute Benoît Desgraz. Ainsi, avant de se lancer un défi et de plonger tête la première dans l’eau glacée, mieux vaut être averti.


(Crédits: François Wavre/lundi13)

«L’homme de glace»

Le Néerlandais Wim Hof a appris à contrôler son corps par l’esprit pour endurer des températures extrêmes. Aujourd’hui, il enseigne ce singulier talent autour de lui. Celui qu’on surnomme «l’homme de glace» détient plusieurs records. Parmi ses exploits, il est resté 6 minutes et 20 secondes en apnée sous la glace polaire et a participé, en 2007, à un semi-marathon en Finlande, pieds nus et en short.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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