Bilan

Moto, du grand art

De la trempe des café-racers, des garagistes d’un nouveau genre donnent un supplément d’âme aux motos. Oubliez les chromes rutilants et la vitesse, c’est l’histoire que raconte le deux-roues qui compte.
  • Monkee #55 - YAMAHA XRJ 1300 des Danois Wrenchmonkees

    Crédits: Dr
  • La Royal Enfield du new-yorkais Maxwell Hazan, construite pièce par pièce par l’artiste. M.A.D. Gallery à Genève

    Crédits: Dr
  • La Chicara Art One a sacré Chicara Nagata champion du monde de custom bike design en 2006. Parti d’un moteur Harley-Davidson de 1939 il a fallu plus de 500 pièces créées par le japonais pour atteindre l’oeuvre finale. M.A.D. Gallery, Genève

    Crédits: Dr
  • La Nine T de BMW, un roadster finitions «Manufactures» pile dans l’esprit d’un cafe racer personnalisé.

    Crédits: Dr
  • BMW R100 Traker de Blitz Motorcylces pimpée entre autres par un guidon d’une Triumph et un réservoir Honda CB 125S

    Crédits: Dr
  • La B-Rocket, prototype présenté à Baselword par Bell & Ross, créée par l’équipe anglaise de Shaw Harley-Davidson.

    Crédits: Dr

Si la customisation de motos n’est pas novatrice pour les choppers et Harley-Davidson, depuis le milieu des années 2000 des garages démembrent des motos aux allures vintage, les épurent en mélangeant, sans gêne, les marques. Un réservoir Yamaha sur une BMW, même pas peur.

L’idée, personnaliser et rendre chaque moto unique. La frime et la vitesse n’ont rien à faire avec les amateurs de ces bécanes rétros et intemporelles. Elles foncent vers un eldorado difficile à trouver dans notre société: la liberté et la cool attitude.

Jusqu’à peu, les motards demeuraient dans un univers hermétique et clanique. On était un biker ou pas. Désormais, les motos séduisent un public plus large, à la recherche de nouvelles valeurs que ces engins incarnent. Le retour à la nature, le luxe de savourer le temps sans chrono à battre. L’amour du beau qui dure, mais sans les fastes financiers. Etre plus qu’avoir.

Dans un monde professionnel toujours plus compétitif, ces deux-roues sont l’antithèse de la compétition et du bling-bling. Fred Jourden, l’un des deux associés de Blitz Motorcycles à Paris, est le reflet idéal de ces néomécanos devenus garagistes par passion. Diplômé d’une grande école de commerce, cadre dans une entreprise, il bricole une vieille BMW.

Mordu par ce qui n’était alors qu’un hobby, il prend des cours, passe un diplôme de mécanique et, durant sept ans, mène une double vie. Avec Hugo Jezegabel, ils montent en 2011 leur label. «Dans mon ancien travail, à la fin de la journée j’avais envoyé des mails. C’est tout. Maintenant, le soir, j’ai vraiment fait quelque chose de tangible.» Dans cet antre de cow-boys, la clientèle cherche avant tout à ce que l’objet raconte une histoire, la leur.

Chaque modèle est unique, on y trouve une signature selon les manufactures. Fred Jourden explique: «Chez nous, rien ne brille, il y a de la rouille sur certaines pièces. L’ensemble est esthétique et à l’image de son propriétaire à qui nous avons posé au préalable des questions banales sur sa vie. Ce qu’il mange, la musique qu’il aime ou ses films préférés. On fouine sur le site Le Bon Coin, on fait des vide-garages. Par le biais d’une moto, on raconte une histoire à notre client.»

Avant eux, le trio de Danois The Wrenchmonkees dépèce par exemple une Laverda SF 250 ou une Yamaha XS 650, les remonte avec une minutie chirurgicale. Le bolide unique renaît en Monkee accolé à un numéro. En Australie, Deus Ex Machina, fondée en 2007 par deux sexagénaires, Dare Jennings et Rod Hunwick, est devenue une société internationale. «Nous ne sommes pas une marque. Nous sommes une culture.  »

Cet état d’esprit traverse les continents, plaît aux magazines de mode, intrigue les journaux économiques. Les marques flairent la nouvelle vague. En mars dernier, BMW a signé un roadster aux finitions « Manufacture », la Nine T. Le film tourné pour cette machine bavaroise dégage un vrai moment d’émotion. Virilité et grands espaces, tels des Marlon Brando chevauchant les grandes plaines.

Chez Vida Loca, réputé garage chablaisien en customisation de Harley-Davidson, on ne croit pas à ces motos rétros. «Ces customs à 15 000 euros perdent trop de valeur si on veut les revendre deux ans plus tard.» Et Fred Jourden de rétorquer: «Nos motos n’ont aucune valeur spéculative. Nos clients n’achètent pas dans ce but.»

D’autres parieront-ils sur l’art qui roule? La galerie d’art mécanique M.A.D. Gallery à Genève expose actuellement deux artistes, le Japonais Chicara Nagata et l’Américain Maxwell Hazan. Des œuvres d’art sur roues, des motos aux airs d’antan où chaque pièce – des pédales au siège – est fabriquée par eux. Achetées 85 000 francs par deux clients, elles ne connaîtront peut-être jamais le bitume. La moto vrille aussi au concept avec la marque horlogère Bell & Ross.

Présentée à Baselworld ce printemps, la B-Rocket, mélange hybride d’avion à réaction et de moto, fascine par sa puissance et ses airs SF. La bête, réalisée avec l’équipe britannique Shaw Harley-Davidson, est leur deuxième invention après la Nascafe Racer.

La moto amorce clairement une nouvelle courbe qui la libère des carcans dans lesquels elle s’embourbait.

Sarah Jollien-Fardel

Aucun titre

Lui écrire

Aucune biographie

Du même auteur:

Unique
Ce que veulent les hommes

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."