Bilan

Monaco: des yachts plus luxueux... et l'arrivée timide de l'électrique

Avec 4 milliards de valeur exposée, le Monaco Yacht Show, salon annuel de la Principauté monégasque, attire les admirateurs de palais flottants. Certains naviguent déjà à l’électrique.

Les plus beaux et les plus modernes navires de croisière de particuliers se retrouvent chaque année dans le port de Monaco.

Crédits: Tankoa S501, 50m, 2019

N’entre pas qui veut au Monaco Yacht Show de la Principauté: il faut débourser 300 € par personne pour apercevoir les 125 super-yachts alignés dans le Port Hercules. A ce prix-là, il n’est même pas prévu de monter sur le pont de ces «villas flottantes», dont le prix moyen tourne autour de 27 millions d’euros: «C’est le plus grand salon au monde, commente Eric Althaus, CEO de Barnes Yachts, la branche nautique du leader de l’immobilier de prestige. Cette année, le marché est stable, mais l’on ne sait pas ce qui nous attend demain».

Les ressortissants des pays arabes écoulent moins d’or noir, les Russes et les Britanniques ont vu leurs monnaies plonger, les Allemands et les Scandinaves donnent dans le luxe discret. Bref, le marché n’est pas facile et il faut négocier patiemment avant de tomber d’accord sur le prix. Souvent, il est moins cher de louer un bateau avec tout l’équipage que de l’acheter. Il existe même des sites spécialisés, comme Yotha.com, une plate-forme numérique basée à Nice qui met à disposition 200 yachts de 50 à 90 m de long avec leur équipage.

Hélicoptères et oeuvres d'art

Mais avant de monter à bord, il faut négocier avec le vendeur et si possible se faire passer pour un acquéreur potentiel: «Bienvenue à bord!», lance finalement le gardien des lieux qui ouvre la passerelle du «Bintador», un yacht de 50m. Ce bateau hybride est propulsé par un moteur diesel capable de charger les batteries tout en naviguant: «Il a été construit sur le chantier naval Tankoa à Gênes, explique l’un des neuf membres d’équipage. Le propriétaire est un riche Français qui possède son brevet d’hélicoptère».

En effet sur le pont avant trône une machine volante qui permet de se rendre à terre par les airs dans les meilleurs délais. C’est la complémentarité des transports version luxe. Le design est italien. Madame en a supervisé l’aménagement. On y trouve même des œuvres d’art dans la cage d’escaliers et la table de la salle à manger est prévue pour dix personnes, soit un hôte par membre d’équipage. Acheter et entretenir un yacht n’est pas tout, il faut encore assurer les salaires de l’équipage. Un capitaine de bateau de plaisance gagne 7 à 8'000 €, presque autant qu'un pilote d’avion.

Location rime avec exonération

La tendance actuelle due aussi à la mégalomanie de certains propriétaires impose des yachts toujours plus longs. La moyenne est aujourd’hui de 50 mètres. Lors du premier Monaco Yacht Show en 1991, la longueur moyenne était de 31 mètres. A côté du «Bintador» est amarré le «Syzygy 818», basé à Londres. Comme son nom l’indique, il mesure près du double, soit près de 82m. Son design est néerlandais et sa forme révolutionnaire avec un large usage du verre.

Mais il n’est de loin pas le plus long du marché, une catégorie où les émirs du Golfe tiennent la corde. Appartenant au cheikh Khalifa ben Zayed, l’émir d'Abu Dhabi et fils du fondateur des Emirats Arabes Unis, l’«Azzam» mesure 180 m. Achevé en 2013, il a été conçu par le chantier Lürssen Yacht à Brême. Ce yacht à six étages a coûté la bagatelle de 560 millions de dollars. Il est propulsé par un moteur de 94'000 chevaux et peut atteindre la vitesse de 30 nœuds (55 km/h) avec des réservoirs d’un million de litres de contenance.

L’«Azzam» peut héberger 36 invités dans 18 suites princières et 60 membres d'équipage dans 30 cabines. Pour des raisons fiscales, le plus grand yacht privé du monde serait à louer, mais le prix de la location n'est pas communiqué. Tout comme l’«Eclipse» de l’oligarque russe Roman Abramovitch, l’astuce est destinée à éviter la fiscalité européenne, les yachts de location étant exonérés de l'impôt foncier! On ne prête qu’aux super-riches…

Place aux bateaux électriques

Des yachts glissant sur l'eau, sans bruit, sans vibrations, sans odeurs et sans dégagement de CO2, le bateau électrique cumule les atouts, mais peine à décoller en raison du prix encore élevé et de contraintes techniques limitant son usage. Mais c’est certain, il n’y a pas de raison pour que le nautique ne suive pas le secteur automobile: «C’est toute la conception du bateau qui doit et peut être revue, analyse Maxime Ninio, architecte d’intérieur monégasque dans le secteur nautique. Que ce soit le chauffage, la climatisation, la circulation d’eau, la production d’électricité, etc. Mais cela a un coût et celui des batteries n’est pas le moindre.»

Au Monaco Yacht Show, seuls trois bateaux en étaient pourvus, mais l’un d’eux a connu des incidents mécaniques qui ont empêché les démonstrations. Un litre de diesel équivaut à 25 kg de batterie au lithium. Le bateau électrique se développe plus facilement dans le fluvial, où il est plus facile de trouver des bornes de chargement. A Monaco, le chantier suédois X Shore présente un bateau tout-électrique aux lignes épurées, assurant que les coûts en énergie sont jusqu'à 10 fois moins élevés.

Selon Konrad Bergtröm, les moteurs électriques nécessitent beaucoup moins d'entretien. Le marché des bateaux tout électriques ou hybrides devrait croître rapidement sous la pression des mesures de restriction à venir, notamment en matière d'émissions d'oxydes de soufre (SOx), d'oxydes d'azote (NOx) et de gaz à effet de serre.

Oliver Grivat

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