Bilan

Milan, le nouvel élan

Battant Shanghai, Helsinki et Vancouver, Milan s’est vu décerner en janvier dernier le Design Award de la meilleure ville par Wallpaper. Le magazine anglais a salué le dynamisme culturel et la renaissance de la cité lombarde à travers son architecture. Aperçu de ce nouveau souffle.

Le nouveau Gucci Hub par Piuarch

Crédits: Andrea Martiradonna
La Fondation Prada et sa tour dorée signée Rem Koolhaas. Projet architectural de OMA. (Crédits: Bas Princen)

Les années 1990 marquent le début de la mutation du chef-lieu lombard. A partir de cette date, les chantiers se sont succédé comme jamais depuis les années 1950, à l’époque de la grande recontruction de l’après-guerre. Ce second élan marque la transition post-industrielle de Milan et, à l’instar des grandes villes européennes, passe principalement par la réhabilitation de sites industriels désaffectés, ces « vides » urbains laissés par la récente déstructuration du tissu industriel du XXe siècle ainsi que par la profonde transformation du système productif. Grâce à la récupération de ces espaces abandonnés, les cités freinent leur expansion vers l’extérieur, évitant ainsi l’apparition de nouvelles périphéries. Elles créent plutôt de nouveaux axes de développement à l’intérieur de la ville. 

Centre névralgique de l’activité économique et industrielle de l’Italie au siècle dernier, Milan abonde en friches, usines et manufactures à l’abandon, situées généralement en marge de l’hypercentre, mais désormais englobées dans la ville. Pour l’architecte milanais Sebastiano Brandolini, « Milan est une ville cultivée et riche en merveilleuses architectures du XXe siècle. Elle s’est encore améliorée ces dernières années grâce à divers grands projets de réhabilitation urbaine. En outre, la cinquième ligne du métro est presque terminée. Tout cela est phénoménal, surtout en comparaison avec Rome où, du point de vue urbanistique, il ne se passe pratiquement rien. Ces grands projets prouvent que Milan est en train de devenir une véritable métropole. »

La Tour Generali de Zaha Hadid Architectes dans le quartier de Citylife (Crédits: Hufton+Crow)

Cette métamorphose trouve ses origines dans une forte volonté politique de renforcer le positionnement de Milan en tant que mégapole moderne au cœur de l’Europe. Placé sous le signe de l’architecture, le nouvel élan se fait à coup de grands noms, ce qui constitue, selon Nicola Braghieri, directeur de la section architecture de l’EPFL et Milanais pure souche, « une excellente opération économique et culturelle, mais qui mise plus sur l’image que sur la qualité, ce qui est en contradiction avec son passé. Milan est le paradis de l’architecture moderne (années 1920-30 jusqu’à 1960-70) ; aucune ville au monde, à part peut-être Londres, ne possède un tel patrimoine et de cette qualité. »

La métamorphose architecturale

Après une première accélération à la fin du XXe siècle en vue de l’Exposition universelle de 2015, l’orgie architecturale s’est poursuivie à travers des initiatives privées. Les géants de la mode y ont développé des projets au fort impact culturel et architectural, comme la Fondation Prada avec sa tour dorée signée Rem Koolhaas, le Musée Armani Silo par Tadao Ando et le tout récent Gucci Hub par Piuarch. Beaucoup de signatures prestigieuses enrichissent la skyline de la métropole, notamment la Fondation Feltrinelli par Herzog & De Meuron, l’Apple Store par Foster + Partners, la tour Generali par Zaha Hadid et celle d’Allianz par Arata Isozaki, le nouveau campus universitaire Bocconi par SANAA, ainsi que le gratte-ciel incurvé de Daniel Liebeskind actuellement en construction.  

Le nouveau quartier de Porta Nuova conçu par Piuarch (Crédits: Andrea Martiradonna)

Aux quatre coins de la ville, de nombreux quartiers renaissent. Au nord, là où les imposantes usines Pirelli occupaient jusqu’à 20’000 ouvriers au début du XXe siècle, figurent maintenant le campus universitaire Milan-Bicocca, un hôtel, un multiplex et l’excellent centre d’art contemporain HangarBicocca. Le quartier Bovisa a poussé lui aussi sur un site industriel délaissé par le départ du groupe chimique Montecatini et abrite une succursale du Politecnico (Polytechnique). Mais selon Nicola Braghieri, ces grandes transformations n’ont pas toutes su tenir compte de la mixité sociale existante. C’est en particulier le cas du très central quartier de Porta Nuova qui, avec ses tours de verre et d’acier, ses commerces et ses fontaines clinquantes, est fortement contesté. Pour Nicola Braghieri, ce type de métamorphose n’est que marketing, « les meilleures opérations de réhabilitation sont celles qui respectent le tissu social environnant, tandis que ces grands projets spectaculaires s’en sont totalement déconnectés. » Abondant dans son sens, Sebastiano Brandolini considère que Porta Nuova «ne va pas plus loin que l’exhibitionnisme et le commerce ». 

Pour les deux observateurs critiques, un projet fait l’unanimité. « Mêlant les bâtiments historiques d’une ancienne distillerie de 1910 avec de nouvelles constructions, située dans un quartier isolé, mais à seulement trois kilomètres à vol d’oiseau du Dôme de Milan, la Fondation Prada est à mon avis la meilleure œuvre de réhabilitation architecturale de ces dernières années », poursuit Brandolini. « Certes, elle profite de l’absence d’un musée d’art contemporain à Milan et de la notoriété de la marque qui finance l’opération. Mais, je pense que c’est un bon projet parce qu’il prouve que le vieux et le moderne peuvent cohabiter et qu’il est possible de faire une architecture intelligente et populaire à la fois. De plus, malgré le nom du mécène, ici art et mode ne se confondent pas.

La Fondation Feltrinelli signée Herzog&De Meuron. (Crédits: Filippo Romano)

Par ailleurs, l’arrivée de la Fondation Prada est en train de donner un élan dynamique à un quartier peu fréquenté. A l’opposé de la ville, Zona Tortona fait figure de pionnier. Cette ancienne banlieue industrielle des années 1950 fut la première à attirer des personnalités du design et de la mode à la recherche de grands espaces. Riche en cathédrales de l’ère industrielle, le quartier s’est transformé déjà dans les années 1980 en pôle créatif et a su conserver le tissu social et culturel existant. C’est ici que s’est installé le Musée Armani Silo par Tadao Ando, dont la réfection à la fois spectaculaire et ultraminimaliste d’un ancien entrepôt de céréales par le célèbre architecte japonais est une ode à la rigueur du couturier italien et à son œuvre. 

En trois décennies seulement, Milan, pôle historique de la production nationale, s’est transformé en centre de services à l’avant-garde et de nouvelles pratiques productives et créatives, et ce à travers la transformation de son riche patrimoine bâti. Pour le magazine anglais Wallpaper, la ville est en train de vivre une excitante renaissance. A voir les tribus bariolées qui se sont rendues en masse et comme jamais à la dernière Design Week en avril, Milan est sans nul doute « The Place to be en 2019 » !

« La Sequenza », installation monumentale de l’artiste Fausto Melotti dans les jardins du centre d’art contemporain Pirelli Hangar Bicocca (Crédit. Dr)
Patricia Lunghi

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