Bilan

Ma journée avec... les bijoux de la duchesse de Windsor

Récit
Crédits: Duchess of Windsor, 1937 by Cecil Beaton ©The Cecil Beaton Studio Archive at Sotheby’s

S’il est admis que la vente des bijoux du duc et de la duchesse de Windsor à Genève transforma l’univers de la vente aux enchères en 1987, je pense pouvoir affirmer qu’elle bouleversa le mien.

A l’instant où j’apercevais pour la première fois les bijoux de la duchesse, je savais que ce moment allait être gravé pour toujours dans ma mémoire. En cette journée glaciale de décembre 1986, deux collègues et moi-même marchions le long de l’imposant bâtiment de la Banque de France à Paris, impatients de découvrir les réjouissances qui nous attendaient.

A l’intérieur, les bijoux que nous étions sur le point de découvrir comptaient parmi les plus admirables et célèbres au monde. Mais je ne réalisais pas encore que l’histoire d’amour qui leur était liée – un homme ayant renoncé au trône d’Angleterre pour pouvoir vivre avec l’amour de sa vie – allait transformer ma vie de manière irréversible.

A l’intérieur de la Banque de France, guidés jusqu’au vaste hall souterrain, nous avons pris place autour d’une table proche du coffre-fort. Les premiers boîtiers commencèrent à affluer : d’imposants étuis à bijoux en cuir maroquin rouge portant le monogramme de la duchesse de Windsor.

Dès le premier bijou entre mes mains – un bracelet sublime rehaussé de rubis et de diamants, commandé à Cartier par l’héritier du trône d’Angleterre – je découvris une série de détails qui allaient me laisser sans voix : dissimulée sous la languette du bracelet, une gravure reproduisait l’écriture du duc : « Hold tight » (« Tiens bon »), avec la date, mars 1936… La preuve que le couple était déjà lié l’un à l’autre alors qu’Edouard venait d’être sacré roi depuis le mois de janvier et que Wallis Simpson était encore mariée. Si cela s’était su, quel scandale!

A cet instant précis je réalisai que le monde ne connaissait, en réalité, qu’une partie de l’histoire. Là, esquissés sur les bijoux des deux amants, des fragments intimes de leur histoire d’amour allaient être révélés au grand jour.

Nous avons quitté Paris, grisés par cette incroyable révélation. Peu après, quelques moments marquants de ma vie s’enchaînèrent. La naissance de ma seconde fille le jour de Noël tout d’abord, puis deux jours plus tard mon départ pour Paris afin de commencer mes recherches, la vente ayant été fixée pour avril 1987.

J’y rencontrai Jacques Arpels, de Van Cleef & Arpels, qui m’ouvrit généreusement les portes des archives de la marque grâce auxquelles je pus décrypter les messages, parfois très énigmatiques, secrètement échangés entre le duc et la duchesse. Ma quête me mena également à la rencontre d’anciens amis du couple, et je découvris les créations, aujourd’hui si prisées, de l’éminente joaillière Suzanne Belperron, un nom qui figura pour la première fois dans notre catalogue.

La vente eut lieu à Genève. Le monde des enchères n’avait encore jamais rien vu de tel. Elle fut d’ailleurs très vite baptisée « la vente du siècle ». L’engouement fut énorme et l’événement filmé par des équipes de télévision venues des quatre coins du globe. La foule était si dense qu’une immense tente fut érigée au bord du lac, devant l’Hôtel Beau-Rivage. Je me souviens que ce jour-là, parmi les personnalités qui enchérissaient par téléphone, il y avait Elizabeth Taylor nous parlant depuis Malibu sur une chaise longue au bord de sa piscine.

De toute ma carrière passée chez Sotheby’s, ce sont ces quelques mois inouïs et intenses qui se démarquent. Découvrir ces fantastiques bijoux, mais surtout contribuer à révéler ce côté intime et secret de l’histoire royale d’Angleterre, fut, je pense, ce moment si particulier où je goûtai vraiment, et pour la première fois, à l’opium que représente l’univers des enchères.  

* David Bennett : Ses ventes record font les grands titres de la presse internationale. Parures ou pierres de qualité unique, chacune de ses collections exceptionnelles reste le témoin très privé d’une histoire intime que lui seul connaît. David Bennett, expert en haute joaillerie chez Sotheby’s depuis plus de quarante ans et récemment nommé président mondial du Département international haute joaillerie, en dévoile quelques souvenirs pour Bilan Luxe, à chaque numéro. Des récits de rencontres vécues aux quatre coins du globe, là où il part chasser ses trésors. 

David Bennett*

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