Bilan

L’or éthique brille davantage

Les fabricants suisses de montres et de bijoux sont toujours plus nombreux à miser sur un métal « éthique » et une information transparente. Mark van Huisseling

Le commerce et l’extraction minière équitables améliorent la condition des travailleurs dans les mines d’or ; ici, la fonderie Chopard.

Crédits: Dr

Avec le projet The Journey to Sustainable Luxury, nous entendons améliorer les conditions de vie des mineurs et de leur famille », affirme Caroline Scheufele, coprésidente de Chopard, dans la « SonntagsZeitung ». Depuis l’an passé, pour les montres et les bijoux produits dans les ateliers de son entreprise, on ne travaille plus que ce que l’on appelle « l’or éthique », métal issu exclusivement de sources responsables.

D’autres manufactures de montres font de même et en parlent : IWC publie un rapport de durabilité et indique au kilo près combien d’or est utilisé pour ses montres. Ce faisant, l’entreprise prend de l’avance sur d’autres : le groupe
Richemont, dont font partie les marques Cartier, Piaget, Vacheron Constantin et Jaeger-LeCoultre, publie aussi un rapport de durabilité, mais il n’indique pas encore d’où vient l’or ni combien il en utilise (source: sondage WWF auprès des quinze plus grands producteurs suisses sur leurs objectifs environnementaux, avec un accent particulier sur l’origine de l’or travaillé).

Y a-t-il un problème avec l’or ? Et si oui, où réside-t-il ? Le travail des enfants demeure répandu dans les mines d’or. En outre, l’extraction d’or s’accompagne le plus souvent de la dégradation de l’environnement, souligne le WWF dans son enquête. De telles conditions ne cadrent guère avec les intentions de bien des clients : de beaux bijoux ou des montres de prix sont souvent achetés et offerts à l’occasion de mariages, anniversaires et autres événements festifs ;
et vu que les consommateurs sont toujours plus nombreux à attacher de la valeur à l’équité et à la durabilité, le respect de standards élevés devient un avantage concurrentiel.

Luxe a demandé à Max Havelaar (Suisse), fondation qui s’engage en faveur du commerce équitable et, depuis 2014, aussi en matière d’or, comment elle évaluait les efforts des fabricants suisses de montres et de bijoux. Pour Patricio Frei, il existe diverses approches dans l’engagement en faveur de l’or durable. « Fairtrade se concentre sur l’or neuf de petites entreprises minières artisanales, traçable jusqu’à sa source. » Chopard, par exemple, se conforme aux directives de la Swiss Better Gold Association (SBGA) et de la Fairmined Gold. Fairtrade et Fairmined, entendent améliorer la situation des ouvriers des mines, poursuit Patricio
Frei. Ces organisations soutiennent le développement économique de la mine et de ses ouvriers à l’aide d’une prime supplémentaire sur chaque kilo d’or vendu.

Alors, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Presque, car il est probable que la majeure partie de l’or travaillé en Suisse pour les montres et les bijoux n’a pas été extrait hier mais a été recyclé. « Probable », car les représentants de bien des entreprises ne révèlent qu’avec timidité d’où provient leur or. Il s’agit souvent d’or refondu, bien sûr d’une impeccable qualité, quand bien même les fabricants redoutent que les clients ne partent de l’idée qu’il a moins de valeur. Possible que les clients le pensent. Pour en être sûr et certain, il faut du courage puisque, au bout du compte, il en va des ventes et des marges bénéficiaires.

Si les acheteurs pensent bel et bien que l’or neuf est meilleur que l’or recyclé, il faudrait les faire changer d’avis. Chez Max Havelaar, Patricio Frei décrit l’or recyclé comme un complément valable à l’or « fairtrade ». Son atout : une atteinte moindre à l’environnement. L’inconvénient : il n’est pas traçable jusqu’à l’origine. « Si bien qu’il peut également contenir de l’or d’origine non durable ou même problématique. »

« Nous ne nous fournissons pas en or issu d’une première transformation », assure la porte-parole de Bucherer. L’or utilisé dans ses ateliers provient de raffineries en Suisse et dans l’Union européenne ainsi que d’or ancien refondu. Bucherer informe sans ambages et constitue une exception.

Revenons à l’enquête du WWF. Les sondeurs ont jugé sévèrement au moins huit marques, dont quelques-unes de Swatch Group : elles ne fourniraient pas beaucoup d’informations sur les sujets touchant à l’environnement. A quoi Nick Hayek, patron du groupe, a répondu, en décembre dernier, dans l’émission « Kassensturz » sur SRF qui révélait ces résultats : selon lui, Swatch Group s’alimente en or de mines et raffineries certifiées. D’ailleurs, son entreprise a inauguré sa propre fonderie pour pouvoir contrôler l’entier de la chaîne du travail de l’or.

Chez les fabricants suisses de montres et de bijoux, tout l’or n’est sans doute pas de l’or équitable, mais il semble que la majorité des responsables visent un tel objectif.

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