Bilan

L’illusion du toujours plus

Une tendance instinctive nous pousse à additionner plutôt qu’à soustraire. Parfois en dépit du bon sens.

Lorsqu’on est petit, on apprend d’abord à compter dans le bon ordre.

Crédits: Elva Etienne/Getty images

Pourquoi on en veut toujours plus? Probablement parce que les gens préfèrent additionner que soustraire. C’est la conclusion de huit expériences conduites par des scientifiques américains pendant lesquelles ils ont demandé aux participants de trouver des solutions à divers problèmes.

Un constat qui fait écho à notre vie quotidienne. Ainsi, pour améliorer une recette de cuisine ou un texte écrit, le commun des mortels aurait souvent tendance à rajouter des ingrédients ou des mots, et non à les enlever, quand bien même ce serait beaucoup plus simple, et le résultat meilleur.

Plusieurs raisons pourraient expliquer ce manque de bon sens. La première est que c’est plus facile d’additionner. «Lorsqu’on est petit, on apprend d’abord à compter dans le bon ordre, et non à rebours: un, deux, trois, etc. Cette opération où l’on remonte les nombres est, de fait, une addition. L’apprentissage de la soustraction arrive dans un deuxième temps. Et les nombres négatifs étant moins simples à traiter, le recours fréquent à l’addition devient un automatisme», explique Catherine Thevenot, professeure de psychologie à l’Université de Lausanne.

La deuxième raison qu’invoque cette chercheuse, spécialisée dans le développement des apprentissages, est l’aversion naturelle des humains à l’idée de perte. «L’opération de soustraction durant laquelle on doit enlever et non rajouter des éléments est inconsciemment associée à ce sentiment négatif de dépossession. Un amalgame qui peut également faire commettre des erreurs dans la vie économique et financière en privilégiant des acquisitions finalement peu rentables. Ou encore, le refus de vendre un bien devenu obsolète et encombrant en dessous de sa valeur d’acquisition initiale.»

Aussi dans le monde du travail

Notons tout de même que la soustraction semble être valorisée dans le monde du travail durant les crises, ou pas, comme en attestent les licenciements de personnel qualifié, ces employés étant perçus comme moins rentables que l’économie des montants de leurs salaires. «En règle générale, ce qui nous appartient, banal ou pas, a plus de valeur à nos yeux que les biens des autres», conclut cette psychologue, en ajoutant que favoriser les aptitudes de soustraction pourrait enfin apporter un meilleur équilibre entre notre capacité assoupie de donner et notre envie toujours en éveil de prendre.

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