Bilan

Les trails, ces défis de l’extrême

De plus en plus d’amateurs participent aux éprouvantes courses à pied de montagne organisées dans la région. Parmi eux, de nombreux patrons, attirés par des épreuves hors norme.
  • Course au-dessus de Grindelwald. Les trails exigent une préparation physique et mentale très poussée. Crédits: Thomas Senf/visualimpact.ch, George/Pyrenees Heliski
  • Challenge personnel: il faut parfois parcourir jusqu’à 300 kilomètres en terrain accidenté. Crédits: Thomas Senf/visualimpact.ch, George/Pyrenees Heliski

Pour les amateurs de trails et d’ultratrails, le marathon, avec ses 42,195 km, est presque trop court. Il manque d’exigence. De technicité. D’endurance. Ils lui préfèrent les courses à pied en haute montagne. Où ils peuvent relever des défis hors norme: parcourir jusqu’à 300 kilomètres en terrain accidenté pendant des dizaines d’heures, de jour comme de nuit, subissant des dénivelés de plusieurs milliers de mètres.

L’une de ces courses très célèbres est l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) au départ de Chamonix. Elle rassemble chaque année 2300 coureurs qui franchissent 166 km à travers les Alpes françaises, italiennes et suisses avec pas moins de 9400 m de dénivelé positif. Alors qu’il faut environ sept jours à un bon randonneur pour boucler le fameux parcours pédestre du Tour du Mont-Blanc, les vainqueurs de l’UTMB l’emportent généralement en un peu plus de vingt heures de course.

Ce trail connaît d’ailleurs un succès tel que certains ironisent sur le fait qu’il est presque plus facile de le terminer que d’y obtenir un dossard.

Pour mesurer l’engouement que suscitent ces courses, il suffit de constater le nombre d’épreuves organisées dans la région (lire l’encadré). Ainsi, une nouvelle compétition exceptionnelle a vu le jour cette année à Zermatt, le Matterhorn Ultraks. La première partie, consacrée au ski-alpinisme, s’est tenue le 20 avril dernier. Arrivée 17e sur 45 concurrentes à la course 2K, Fouzia Giannotta est ravie: «J’adore l’excitation qu’on ressent avant le départ et après à l’arrivée.

Il faut s’adapter à tout, être humble, s’habituer à l’effort, à la fatigue, aux changements de météo, de rythme, de pente, d’altitude. Tout est en mouvement. Et c’est puissance mille dans une course. C’est aller encore plus loin et dépasser ses limites.» Des capacités d’adaptation que la jeune femme utilise également dans son travail, à la tête de la société Diafin à Neuchâtel, spécialisée dans les pierres précieuses.

Car pour être un bon trailer, il est nécessaire de posséder les mêmes qualités qui font un bon chef d’entreprise: mental d’acier, polyvalence, organisation, sens de l’improvisation, capacité d’adaptation. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles on trouve tant de patrons dans les courses de trail. Egalement au départ de Zermatt, on a pu voir des dirigeants tels que Christophe de Kepper, directeur général du Comité international olympique (CIO), Jonathan Stent-Torriani, le coCEO de Newrest (service de catering aérien) ou encore Christian Bédat, de Bédat Watches.

 

«J’ai fait trois fois la Patrouille des Glaciers et cela a chaque fois été une belle aventure humaine et sportive. J’aime avoir un objectif ambitieux pour la saison car cela motive à l’entraînement», confie Gilles Besse, des vins Jean-René Germanier à Vétroz, qui a réussi à se hisser à la 85e place (sur 176) du 2K hommes.

Ambiance conviviale

«Le défi personnel est un point très important, notamment pour les participants à la course la plus accessible (1K)», selon Michel Hodara, de la société Done, l’un des organisateurs du Matterhorn Ultraks. L’ambiance d’un trail n’a en effet rien en commun avec celle d’un marathon, centré, lui, avant tout sur le chronomètre personnel et la compétition.

Entraide ou encouragements mutuels, solidarité entre coureurs et convivialité sont toujours présents en trail, le but premier de la plupart des participants étant avant tout de réussir à terminer la compétition.

«Lorsque vous assistez à ces courses, il est fort intéressant de voir les coureurs défiler. Les premiers sont équipés de matériel dernier cri ultraléger, puis on voit passer des silhouettes moins affûtées, plus traditionnelles, un matériel moins performant, mais toujours avec cette idée de faire quelque chose d’extraordinaire, de bousculer son quotidien, raconte encore Michel Hodara. Les premiers regardent leur montre à l’arrivée alors que les suivants s’embrassent, passent la ligne avec leurs enfants dans les bras, pleurent en relâchant leur effort. Et cela c’est beau, c’est rafraîchissant.»

Grâce à, notamment, la popularité de l’épreuve phare qu’est l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, les courses longue distance s’inscrivent dans un trend croissant établi avec une ouverture vers le «grand public», ce qui se traduit par nombre de magazines spécialisés, campagnes de publicité pour les marques autour du trail (Scott, Salomon ou Asics par exemple) et la création d’un vrai segment de marché.

Depuis la Dipsea Race, premier trail officiel qui se court aux Etats-Unis depuis 1905 déjà, les courses de trail sont devenues de plus en plus dures et ambitieuses. La surenchère née de la compétition entre les très nombreuses courses met les participants à rude épreuve. Le trail et l’ultra-trail poussent le corps humain à l’extrême limite de ses capacités et demandent une préparation physique et mentale hors du commun. 

 

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